MODES ET MOYENS DE TRANSPORT
LE NORIMON ET $SES PORTEURS. — LES CANTINES DE VOYAGE. BARQUE FLUVIALE. — COOLIES. — PAYSAN.
Il y a deux sortes de palanquins au Japon : le #orimon et le cango.
Ce dernier n’est qu’un panier, tout ouvert sur les côtés, et n’exigeant pas plus de deux porteurs; on est obligé de s’y asseoir sur les talons à la manière japonaise. Il y en a de plus ou moins petits, mais ils le sont tous, et on y est peu à l’aise; quoiqu'il ne soit qu’à l'usage des gens qui ne sont pas de condition, ceux qui ont le droit d’user du norimon préfèrent souvent cependant prendre le cango pour voyager. On franchit avec cette voiture des endroits où l’on aurait de la peine à passer à cheval; en ces occasions, pour les pas difficiles, on prend trois porteurs. Dans tout autre cas, l’équipe ordinaire suffit sans peine pour promener cette chaise en bambou, à toit plat, à fond concave, où non seulement on a les jambes repliées, mais encore la tête courbée. Elle est si légère, que, si le retour se fait à vide, chacun des porteurs, à tour de rôle, la porte seul sur son épaule, suspendue à une extrémité de son axe de bois. Le norimon ou #orimono (littéralement, machine de transport) est la voiture de première classe, à l’usage exclusif de la noblesse. Des modifications de détails établissent entre les norimons des différences tenant au rang de la personne ; il en est du reste de même pour le cango, car tout est réglé au Japon, et on y est très observateur des règlements. La qualité du norimon est indiquée. par la longueur et la forme du balancier, la manière de le porter, le nombre et le pas des porteurs, etc., ete. Marlevoix et Thunberg (1788-1813) ont donné des descriptions très détaillées de ce véhicule que nous allons analyser.
Le norimon est une espèce de caisse de carrosse, faite de planches et de cannes de bambou, n’ayant que deux fenêtres latérales, en sorte qu’on ne voit pas en avant ; on s’y asseoit. à l'aise, on peut même s’y coucher à demi; le fond est capitonné, recouvert de velours, et le dos et.les coudes s’appuient sur des traversins. Sur le devant il y a une ou deux tablettes,
portant ce qu'il faut pour écrire, des livres eb de menus objets; des stores permettent de se clore entièrement. L’extérieur de la voiture est vernissé. La grosseur et la longueur du balancier dépendent de la qualité du propriétaire ; il est fait de quatre ais d’un bois mince, proprement joints, courbés en arc; il est laqué et orné. Le nombre des porteurs du norimon, la manière même dont il esb supporté sont également des indices de la qualité : un norimon un peu important exige quatre hommes, et on y en emploie dans certains cas jusqu’à douze à la fois. Quand c’est un prince du sang ou le seigneur d’une province qui occupe le carrosse, les hommes d'équipe supportent le bâton avec la paume de leur main; pour ceux d’une qualité moindre, on le porte sur l’épaule. L'équipe est toujours double pour se renouveler sans interruption. Les porteurs chantent en marchant, ce qui leur sert à soutenir le pas en mesure. Les Japonais quand ils ne voyagent pas en cérémonie, mais en poste, trouvent à chaque étape, des relais de porteurs tout prêts. Ces hommes, qui ont quelquefois jusqu’à dix-sept heures de marche à fournir sur vingt-quatre, sont tous dans l’usage de relever leur vêtement jusqu’à la ceinture, et comme ils n’ont pas d'autre vêtement de dessous que cette ceinture étroite dont le devant est simplement relié à l'arrière par un bandeau passant entre les jambes, tout le bas de leur corps se trouve exposé à l'air à peu près intégralement. Ces coolies agiles offrent un spectacle singulièrement étrange, celui d’une danse bouffonne que l’on exécute en marchant à l’approche d’un bourg ou à la rencontre d’un cortège d’un autre seigneur, Si l’on porte un prince, cette danse, à laquelle prend part toute la valetaille, et qui consiste pour celle-ci à jeter un pied en arrière et à le relever jusqu’au dos à chaque pas accompli, en étendant les bras en avant comme s’il s’agissait de nager, tout en agitant les piques, les chapeaux, les parasols, enfin tout ce qu’on a en main, est plus curieuse à voir du côté des porteurs; ces derniers retroussent leurs larges manches jusqu'aux épaules, puis de leurs bras nus, le bâton du norimon portant sur la paume de leur main, ils l’élèvent au-dessus de leurs têtes. Pendant qu'ils le soutiennent ainsi, ils étendent horizontalement l’autre bras dont la main est rigide, horizontale aussi, et se mettent à marcher à pas comptés, avec des genoux raidis, affectant une circonspection, une crainte, dont tout le monde se réjouit. Le peuple japonais aime à rire ; ce pays est un des plus gais de la terre,
Bien que le norimon soit, par excellence, le véhicule de la noblesse, il n’admet pas d'ornements de luxe. Celui que nous représentons est un type élégant, appartenant à un Japonais d’un ordre élevé. Il n’est pas en tenue de cérémonie et il a six porteurs ; car les deux hommes, accroupis au-devant de la scène, ne sont pas des cookies, ce sont des domestiques ayant droit de porter l'épée, et qui accompagneront le norimon en marche en se tenant à la portière, de chaque côté, L’un d’eux tient en main le sabre de grande taille appartenant à son seigneur qui n’en a conservé qu'un pour la commodité. L’attitude des porteurs doit être remarquée ; ce qu’ils exécutent là c’est le véritable salut japonais non pas seulement imposé aux gens de vile condition, mais exigé par l'étiquette entre les citoyens d’égale condition. Dans une visite du matin, celui qui reçoit ainsi que celui qui arrive
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