Chapitre JV
M. Hipp donne, dans le Technologiste W, au sujet du tissage électrique, des documents historico-tecbniques sur rétat actuel de cette modification au système jusqu'alors employé. Le .tissage électrique s'appliquerait principalement aux tissus façonnés el brochés, rclcctroaimant, emplgyé dans le système Bonelli, agirait pour repousser, dans Tordre déterminé par le dessin, les crochets auxquels s'attachent les lisses du métier.
Le système général de tissage mécanique étant découvert, il fallait l'approprier aux différents tissus que réclament l'industrie et le commerce; aussi le nombre des métiers spéciaux est-il considérable : nous ne pouvons les passer tous en revue, nous citerons seulement les principaux. L'un d'es plus ingénieux est le métier à tulle, qui devait produire ce tissu si léger, si délicat, jusqu'alors l'œuvre des habiles ouvriers et ouvrières de Valenciennes, Malines, Alençon, etc., et non seulement produire le tissu, mais encore le couvrir de dessins, de fleurs et autres détails plus ou moins variés et compliqués.
Malgré la difficulté, on y est arrivé; les premiers métiers à tulle parurent à Lyon en 1791 ; vinrent ensuite le système de MM. Bonnard père et fils, de Lyon, en 180G; celui de MM. Gillel et Jourdan, de Bruxelles, en 1812 ;
industrielle d'Armengaud, p. 389 et suiv. Voir aussi le XVI* vol. de cette publication.
(1) Tome XVIIÏ, p. 318. — 1857.
m) Le Coton.
de M. Coutan,de Paris, en 1813; de M. Alais, de Lyon, en 1825; de M. Healhcoath, de Tiverton (Angleterre), en 1820; de M. Ambroise Brewin, de Saint-Quenlin, en 1832; de M. Pearson, à Calais, en 1810
La France, sous le rapport de la finesse du tissu et de la richesse du dessin, n'a rien à envier aux nations voisines.
Le tulle, la dentelle, sont des fantaisies de luxe. Ces tissus ne sont pas indispensables; il n'en est pas de même des tricots de laine ou de coton : que ce soit bas, chaussettes, camisoles, jupons, voire môme le vulgaire bonnet de coton, chanté par Béranger, et dont se coiffent les vieillards et même les villageoises de la basse Normandie, aux environs de Bâyeux.
Le tricot de ces vêtements se faisait autrefois au moyen d'aiguilles, travail monotone et long, relativement à la quantité d'objets produits. Il fallait donc invente^- une machine qui pût entrelacer les fils de coton et de laine, de telle façon qu'il suffît de réunir, pour en faire un étui, un cylindre, les deux côtés de la chaîne.
Quel est l'heureux inventeur de cette machine ingénieuse? On ne le connaît pas exactement; selon Fergusson , cette découverte aurait été due à l'amour, et voici en quelles circonstances :
Un jeune ministre protestant, du comté de Nottingham, William Lee, aurait été épris des charmes d'une tricoteuse de bas à la main, Marie Patson, qui habitait Woodborough, petit village non loin de Calverton, sa résidence. Allant voir fréquemment la jeune fille, il la
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trouvait toujours occupée soit à relever le$ mailles, soit à <^ompter les points, et prêtant plus d'attention à son travail qu'aux tendres propos du jeune homme.
William, impatienté, réfléchit aux moyens de substituer une action mécanique au travail des doigts, et inventa une machine qui agissait en leur lieu et place, sans absorber Tattention de Touvrière.
Les tricoteuses du comté essayèrent- de lapider le pauvre inventeur, prétendant qu'il leur enlevait leurs moyens de subsistance, et le pasteur, repoussé de tous, résolut de passer en France. Là il fit part de sa découverte à Sully, son coreligionnaire, ministre de Henri IV, qui lui facilita les moyens de monter des métiers. William offrit, en 1610, à la reine Marie de Médicis, une douzaine de paires de bas de soie.
Après l'assassinat de Henri IV, William Lee, privé de son protecteur, retourna en Angleterre, où il put, cette fois, faire comprendre à ses compatriotes tout l'avantage qu'on devait retirer de son invention.
Telle est l'histoire de William Lee, rapportée par Fergusson; d'autres auteurs attribuent cette invention à un moine; d'autres à un serrurier, qui vivait, paraît-il , sous le règne dé Louis XIV.
Ces derniers s'appuient sur une lettre que rapporte à ce sujet le Journal économique, pour l'année 1767, et que nous citons textuellement :
«* Comme vous m'avés demandé que je vous misse « par escrit ce que je scais touchant les bas au mestier , « voicy ce dont je me ressouviens.
'.çjrwpp-
222 Le Colon.
c( M. François, qui a gagné la maîtrise d'apothicaire « à PHostel-Dieu de Paris, au commencement de ce « siècle, m'a dit avoir cogneu l'inventeur du mestier à c< 'faire les bas. C'estait un compaignon serrurier de la « basse Normandie, qui remit à M. Colbert une paire t( de bas de soie, pour la présenter au Roy. Les mar- « chands bonnetiers, alarmés de cette découverte, « gagnèrent un valet de chambre du Roy , qui donna c( plusieurs coups de ciseaux dans les mailles, de sorte a que le Roy, chaussant ces bas, les mailles coupées (( firent autant de trous, ce qui fist rejeter l'invention. (i Cet homme donna son mestier aux Anglois, qui en (c ont fait usaige et qui s'en disent les inventeurs..., (( l'inventeur est mort à l'Hostel-Dieu dans un âge « avancé. »
Ce n'était sans doute qu'un ouvrier ayant travaillé en Angleterre. Si la machine à tricoter n'y était pas déjà connue, on cite la date de 1656, comme celle de son importation en France, par le nommé Jean Hindr^l ou Hindres, dont le père avait, paraît-il, été apprenti chez William Lee.
On sait quel intérêt le ministre de Louis XIV portait à l'industrie et au commerce. Il ne sera pas hors àe propos de donner, ici quelques fragments de la correspondance qui lui était adressée, à ce sujet, par les intendants des provinces, les prévôts des marchands et les échevins des villes manufacturières.
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Le prévôt des marchands et les échevins de la ville de Lyon, à Colbert :
Le 16 janvier 16G5.
(( Nostre fabrique de bas de soye va tous les jours « augmentant, et je puis vous asseurer que le sieur <i Fournier en fera icy de touttes les qualitez et boutez, « qui se font en Angleterre et à bien meilleur prix. »
Le lieutenant général à Caen, à Colbert :
Le 2 dëceml)iv l(H>5.
« ..... Pour le sieur Jemblain, je treuvay sou travail « fort en désordre : il n'y avoit qu'un seul mestier i dressé, un autre rompu, qui n'estoit pas monté, et un « autre, qui travailloit à des cotions, et quelques ou- « vriers qui travailloient à apprester les laines »
Chamillard, intendant, à Colbert :
A Baieux, le 3 avril 1666.
a Ceux qui travaillent à la manufacture des bas,
c( trouvent le débit plus qu'ils ne scauroient faire de
c( marchandises et ceux de Constances font estât
« d'en envoler au premier jour à Paris. Je leur ay re- « commandé surtout de n'envoier que de la marchana dise choisie, afin de donner réputation à cet establisa sèment. »
Baieux, le 17 iiovciiiba'.
c( J'ay donné les ordres nécessaires pour establir
-:sË-
%U Le Coton.
^ dans tous les bourgs proche des villes ou j'ay faicl le a département (des tailles), la manufacture des bas (.( d'Angleterre, et je peus vous asseurer qu'ils sont <i incomparablement meilleurs en cette généralité, qu'ils c( n'ont jamais esté en Angleterre. »
Le 20 novembre.
« Comme le Roi désire que je l'informe par toutes « mes lettres des progrès dés manufactures estrangères, « je vous peus dire en vérité que la manufacture du a bas d'Angleterre, qui à présent est establie à Caen, a Baieux, Sainct-Lo, Constances, Valongnes, Bèuzeville, « Cherbourg, Grandville, Thorigny, Cerisy, Trevières, « Louviers, Coigny, Sommervieu, Neully, commence à c( se répandre dans tous les autres lieux voisyns. »
On voit par ces extraits que ces manufactures n'étaient pas négligées sous l'administration de Colbert, et que la France avait la supériorité dans ce genre de fabrication.
Les premiers métiers au tricot mécanique furent établis à Rouen et dans le château de Madrid , au bois de Boulogne, près de Paris. Ils furent accueillis dans toutes les fabriques. En 1808, un sergent-fourrier du 52^ régiment de ligne, nommé Wiedman, perfectionna ce métier, mais il présentait toujours un inconvénient, celui de ne donner -que des surfaces de tricot planes, qu'on était obligé de réunir par des coutures pour obtenir les vêtements fermés.
On finit cependant par modifier le mécanisme primitif,
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en changeant te mouvement alleinatif en mouvement continu, et le métier circulaire à mailles, qu'on appelle aussi tricoteuse continue, fonctionna dans les fabriques, en même temps que l'ancien métier.
Il semble inutile de diie que, là encore, de nombreux perfectionnements ont eu lieu et se font encore chaque jour. 11 suffira 4e citer, en France, les noms de MM. Viardot, Dautry, Julien Le Roy, Andrieux, Braconnier, Gillet, Berthelot et Jacqmin, Barlhey, Mallet, Fouquet et Motte, et plusieurs autres, qui ont pris des brevets d'invention pour des métiers spéciaux : métiers de tissage pneumatique, destinés à chasser la navette au moyen de l'air comprimé 0), métiers rectilignes automatiques, métiers circulaires de divers systèmes, machines à remmailler et à coudre le tricot, métiers mus par la vapeur, etc., etc. L'emploi des métiers mus par cette force est encore peu usité en France.
Dans certains pénitenciers, on utilise le loisir de quelques catégories de prisonniers en les faisant tricoter à la main, occupation habituelle des vieilles femmes, et fout le monde se rappelle la louchante histoire de Maroncelli, le compagnon de captivité de Silvio Pellico, qui avait choisi ce genre de travail pour avoir la liberté de.se livrer à ses réflexions.
Ce fut un simple pêcheur de Bourgthéroude (Orne), ne
(1) Technoloijiste , 1865, p. i!25. Le métier devait fonctionner au taux de 240 duites par minute.
sachant même pas lire et écrire, qui inventa le métier pour faire des filets de pêche, métier qui figura à l'Exposition de 1806, et qu'on peut voir au Conservatoire. Il fut d'abord modifié par l'ingénieur Pœcqueur; depuis, il a reçu encore d'autres améliorations.
Jusqu'à présent, on n'était pas parvenu à construire un métier à tisser, pouvant produire un changement de trame, dùite par duite, c'est-à-dire un métier à tisser ayant deux boîtes de chaque côté, ou, comme il est appelé en Angleterre, pick and pick.
Un industriel vient de découvrir (1880) un système de tissage appelé probablement à un grand succès.
Le mécanisme du nouveau métier est combiné de telle sorte que, pour une cause ou pour une autre, les navettes peuvent s'arrêter à n'importe quel point de leur course sans produire de dégâts, ni à la chaîne, ni au mécanisme du métier. Mais le plus grand avantage, c'est qtfil peut marcher à une vitesse bien supérieure à celle qu'atteignent les métiers pick and pick.
Tandis que ceux-ci peuvent à peiae atteindre les Vitesses de 20 à 100 coups de battants à la minute, le métier dont il s'agit, à boîtes fixes, atteint la vitesse dé 130 à 150 coups par minute pour les articles lourds, et atteindrait sans doute 160 coups pour les articles légers.
Ce système de boîtes peut être appliqué à toute espèce d'articles qui se font avec deux sortes de trames; il s'emploie pour un genre de velours plein , fort recherché sur la place d'Amiens.,
La broderie sur tissu de soie, de lin ou de coton, se