Chapitre I
l'on voulait inscrire les noms affectés au coton par les peuplades sauvages de l'Afrique, de l'Amérique et de rOcéanie, mais nous aurions pu facilement, en compulsant les vocabulaires, augmenter considérablement la liste ci-dessus. Ce travail nous a semblé inutile. Le coton offre un sujet d'étude plus sérieux que la recherche du nom qui le désigne chez les habitants de la Nigritie, les Hottentots, les peuplades à demi-sauvages du centre de l'Amérique et les habitants des nombreux archipels de rOcéanie.
M. Hilthouse, employé supérieur de la Guyane anglaise, visitant les Araouaaks, peuplades sauvages de ce pays, raconte que « d'après la tradition de ces Indiens, sur la création , le Grand-Esprit s'étant posé sur un cotonnier de soie, détacha des morceaux de l'écorce de cet arbre qu'il jeta dans un ruisseau au-dessous de lui , et qui, bientôt animés, prirent la forme de tous les animaux. L'homme fut le dernier des êtres qu'il anima Ce cotonnier de soie était-il un gossypiumy il
serait difficile de le dire.
Avant d'aborder l'histoire du coton sous le rapport scientifique, qu'il nous soit permis de faire en quelques lignes son histoire littéraire, s'il est permis de s'exprimer ainsi, et de dire l'usage qu'ont fait du mot coton nos auteurs du moyen âge et des temps plus rapprochés de nous.
Le moelleux de cette substance végétale ne pouvait manquer de servir de terme de comparaison aux poètes et aux prosateurs, il devait souvent être employé au
figuré, et on le retrouve dans nos plus anciens chroniqueurs.
Dans le Roman du Riche et du Patwre (xiv), on lit :
Si tu veux un hoqueton, Ne l'emplir mie de coton Mais d'œuvres de miséricorde, Afin que diable ne te morde.
Et G. Guiarl(xiv, c.) :
La veissiez
Lances brandir et dards ruer, Qui transpercent coton et bourre.
Villehardouin écrit (xl) : ^ Et U attachièrent la crois « en un grand chapel de coton, pour ce que il volait « que tous le veissent 0). »
Joinville, dans ses mémoires : « Ils li lancèrent le feu a gréjois qui se prit en la tour qui estoit faite de planches a de sapin et de telle (toile) de coton. »
Au Livre des Mestiers (251), on lit : a Quiconque est a chapelier de coton à Paris, il doibt jurer sur sains « qu'il fera bonne œuvre et léal. »
Montaigne a dit, au figuré : « Bien des femmes se (c donnent un embonpoint de coton. » Je crois qu'il est inutile d'expliquer le sens de cette phrase, dont l'exac-
(1) M. Paulin Paris, dans son édition de la « Conqueste de Constantinople, » conteste la ressemblance entre le coton dont parle Villehardouin et le produit du gossypium.