Chapitre Vf
Dans un rapport fait par M. Méline, député, au nom de la commission spéciale, à l'industrie cotonnière, ce savant industriel fait remarquer que les frais de premier établissement sont moitié plus élevés en France qu'en Angleterre; que la différence d'entretien entre une broche française et une broche anglaise s'élève à 5 fr. 50, chiffre également constaté par M. Alcan; qu'un métier de 151 fr. dans ce pays, revient en France à 235 fr.; que les machines préparatoires sont également plus chères : broches, ourdissoirs, encolleuses, métiers à rentrer^ à retordre, presses hydrauliques, machines à plier, etc.
La main-d'œuvre, continue le même économiste, est également plus chère, en ce sens qu'il faut sans cesse changer les articles dans une fabrique, à cause des débouchés restreints, et qu'on ne peut donner à un ouvrier la conduite de plus de deux métiers, alors que chez nos voisins d'Outre-Manche ils peuvent en conduire trois ou quatre.
Les autres frais sont aussi plus élevés : l'entretien, la réparation de la fabrique, les impôts, les transports, les intérêts du fonds de roulement, les frais de vente, etc. Dans la discussion sur le tarif des douanes, il a été constaté, à la Chambre des députés, que la France tire de l'Angleterre pour sept millions de coton, tout le reste venant des États-Unis et des Indes, et que le prix de la broche, dans les filatures, étant de 35 fr. chez nos voisins, s'élève chez nous jusqu'à 60 fr.
. Cet exposé en quelques lignes fait voir sommairement
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la situation de Tindastrie cotonniëre. Les conclasions sont naturelles. Il faut que les tarifs soient calculés de telle sorte que la France puisse lutter avec les nations rivales, et la production française doit être naturellement ^ favorisée par une combinaison judicieuse des droits^
tant sur les matières premières que sur les filés et sur les tissus, ainsi que sur les machines destinées à les produire.
A l'abri d'un tarif douanier, dit M. Pouyer-Quertier dans son rapport, tarif douanier contenant des taxes s'élevant jusqu'à 80 Vo, les États-Unis sont parvenus à créer 12 millions de broches de filature, au lieu de 5 millions qu'ils avaient en 1860, et ils ont d'innombrables métiers à tisser. Leurs tissus pénètrent partout, et spécialement en Chine et au Japon.
Il faut prévenir Timportation des fils et des tissus que l'Angleterre veut nous envoyer.
La théorie de M. Méline a été l'objet de discussions très sérieuses pour et contre, de la part de MM. Rouher, Waddington, Raymond; Guillemin, qui ont étudié profondément la question des tarifs lors de la présentation du tarif général à la Chambre des députés, en juin 1880. Nous ne pouvons qu'y renvoyer.
Autrefois, la filature était indépendante du tissage; chaque établissement faisait venir la quantité de coton nécessaire, la transformait en filés et la livrait à d'autres industriels. Là se bornait son rôle. Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi; beaucoup de tisseurs se sont fait filateurs : le filage et le tissage sont solidaires l'un de l'autre.