Chapitre VL
Ces deux transformations se font le plus 'souvent sur place, ce qui exige une plus forte dépense en bâtiments, outillage, et oblige l'industriel qui ne dispose que d'un chiffre restreint de capitaux à réduire ses opérations de confection à un petit nombre d'espèces.
D'un autre côté, à mesure que les connaissances techniques se développent dans chaque pays, les échanges deviennent de plus en plus faibles; il arrivera forcément un moment où l'on n'aura rien à demander à son voisin, qui rendra la réciproque. L'Angleterre, qui fournissait des tissus au monde entier, voit ses commandes réduites d'une manière désastreuse pour les fabricants. Les Américains, ses plus forts tributaires, ont la matière première et l'agent moteur; il ne leur manquait que Poutillage : ils le fabriquent maintenant et produisent à meilleur marché qu'aucun autre pays* Depuis 1872, le chiffre de leur production a presque doublé. A cette date, il était de 11,704,979 yacds; en 1875, il s'élevait à 28,817,347 yards (D.
En 1876, M. Ozenne, ancien secrétaire général au ministère de l'agriculture et du commerce, s'exprimait ainsi en résumant la situation : (c Tous les peuples se « font manufacturiers et deviennent ipso facto les con- < currents des industriels français, qui jusque-là ali- « mentaient les marchés exotiques. y>
On consomme actuellement dans le monde entier
(1) Le yard anglais ou américain vaut O^SO cent.
8 millions de balles de coton, au lieu de 5, qui suffisaient, il y a dix ans. La cause de cet excédant est t04]te simple; le tissu de coton est bien moins cher que celui de laine, et telle famille de paysans qui, jadis , se contentait d'un vêtement de laine , dont le prix était plus élevé, en achète maintenant un de coton, qui coûte moins, il est vrai, mais qui dure bien moins longtemps.
Un des princes de l'industrie cotonnière en Angleterre ne pourrait plus dire avec autant de vérité ce qu'il affirmait avec orgueil il y a quelques années : « Qu'on « nous ouvre l'accès d'une planète, et nous nous charce geons d'en vêtir ses habitants î »
Nous avons cité l'Amérique, c'est-à-dire les États- Unis, comme tendant à s'affranchir du tribut payé à l'étranger, en tirant de son sol et de son industrie les étoffes de coton qu'elle consomme. Nous pourrions signaler la même tendance dans plusieurs autres pays. Il faut donc que partout où l'on se livre à la transformation du coton, la production n'excède pas la consommation soit intérieure, soit extérieure, autrement il y aura des chômages, stagnation dans les affaires, accumulation de produits confectionnés, et, par suite, des faillites et toutes les conséquences de la suspension du travail d'une population ouvrière et de capitaux immobilisés.
La commission permanente des valeurs de douane disait, en 1876 : « On a rarement vu le coton à un si « bon marché. On comprend aisément la prospérité v( d'une industrie dont les produits sont demandés, et