Chapitre VL
« qui dispose d'une quantité énorme de matières à bon « marché. >/
Mais en est-il ainsi en France? Les tissus sont de moins en moins demandés, sauf quelques spécialités; le coton en balles revient à un prix plus élevé qu'ailleurs. Le coton de l'Inde, par exemple, qui sert à faire les filés de 40,000°» et au-dessous, coûte plus cher en France qu'en Angleterre, où on va l'acheter le plus souvent. Si quelques fabriques ont pu se soutenir, grâce à des ' efforts incroyables et à de grands sacrifices d'argent, combien y en a-t-il qui ont été forcées de s'arrêter?
Afin de fixer le lecteur sur la question si intéressante du développement de la filature et du tissage du coton aux États-Unis, nous empruntons quelques détails au rapport de M. Waddington, délégué de la Chambre de commerce de Rouen, devant la Commission d'enquête, sur la souffrance du commerce et de l'industrie. « Le « développement de la filature et du tissage en Amé- (' rique, dit-il, est énorme depuis quelques années; « grâce au système protecteur, les broches se sont éle- <L vées du chiffre de 6,700,000 en 1869 à plus de 10 mil- « lions en 1876, et aujourd'hui on met en avant un « chiffre supérieur. J'ai entendu parlé de 11 à 12 millions « comme chiffre actuel. Le nombre des métiers à tisser
« s.'est élevé de 8,220 à 187,000 » EtM. Eug. Dolfus,
dans son rapport à la Société de Mulhouse : « Il y a, dans « l'État de la Nouvelle -Angleterre, un établissement (( appartenant à h Compagnie Spragg, qui compte « 240,000 broches et 400 métiers. Il y en a un autre ,
« Paciflc-MIlls, à Lowel, qui compte 400,000 broches « et 3,500 métiers à tisser. Dans beaucoup d'établissevt ments, le coton entre en balles et sort imprimé , c'esta à-dire que vous avez, dans le môme établissement, la « filature, le tissage et l'impression. Aussi, cette in- « dustrie , qui ne trouve plus un débouché suffisant dans « l'intérieur des États-Unis, qui comptent cependant « 40 millions de consommateurs , tend à exporter con^ (i sidérablement. 5> On peut citer encore Merimack- Manufactory.
Les derniers documents venus de New-York, nous prouvent ce qu'exposait si clairement M. Dolfus, c'està-dire que la fabrication des tissus, aux États-Unis, va en augmentant chaque année, et que l'exportation prend des proportions inquiétantes pour la France et pour l'Angleterre.
Il résulte, en effet, des statistiques, que les États- Unis ont exporté, du l®' juillet au 30 juin 1878, pour 11,435,628 dollars, soit plus de 57 millions de tissus de colon , tant en articles imprimés qu'en articles blanc écru, et ces statistiques constatent une différence, en plus, de 1,354,644 dollars, sur l'année précédente.
Ces mêmes documents donnent, pour l'existant dans ce pays, 10,500,000 broches, dont 600,000 dans le Sud, et 9,900,000 dans les États du Nord, et,à Fall- River seulement, le Manchester du Nouveau-Monde, 1.300,000 broches (1).
(1) Journal officiel du 25 octobre 1878.