Chapitre VL
Comme complément à ces indications , nous pouvons faire connaître les termes de la note de MM. Steinheil et Ernest Zuber, au sujet de la force motrice employée aux États-Unis, par l'industrie cotonnière (i). « La cité in- « dustrielle de Holyoke, dans le Massachusetts, est « née, il y a trente ans, sur une chute d'eau admira- « blement ménagée, qui lui assure une force de « 30,000 chevaux. Elle n'en utilise encore que 11,000, (( répartis en une cinquantaine d'établissements; elle « compte 17,000 habitants, et sa prospérité ne fait que c( croître d'année en année. Il n'est point rare de ren- « contrer des établissements empruntant à une chute « d'eau 10 à 15,000 chevaux. y>
Pour donner une idée générale du rôle important que les forces hydrauliques jouent aux États-Unis, nous citerons la statistique officielle de 1870 , suivant laquelle l'industrie dece pays employait alors uae force totale de 2,346,000 chevaux, dont 1,300,000 étaient dus à des chutes d'eau. Quelle immense économie de combustible ! .Comment combattre la prépondérance d'un pays sur le sol duquel pousse la matière première , et qui peut la mettre en œuvre avec les forces que la nature met si abondamment à sa disposition?
Il est regrettable que les habitants de nos colonies orientales ne comprennent pas mieux l'avantage des métiers mécaniques. La production si abondante du
(1) Exposition de Philadelphie , 1876.
cotonnier, dans lé sud de l'Asie, rendrait le mouvement industriel et commercial bien plus important qu'il n'est actuellement. On constatait cependant, en 1877, un chiffre d'opérations de plus de 3 millions de francs, et l'emploi de plus de 40,000 ouvriers.
Tout, ici-bas, a son bon et son mauvais côté. Proudhon, dans ses Contradictions économiques, le fait voir à chaque instant. Dans un chapitre de ce livre original, il traite de la substitution, dans l'industrie, des machines à vapeur aux métiers à bras, et développe , d'une part, les conséquences malheureuses qui en résultent pour l'ouvrier; mais, d'autre part, il explique les immenses avantages de l'introduction de ces machines dans l'industrie, et principalement dans l'industrie textile.
En examinant, avec impartialité, les inconvénients et les avantages qui ont résulté de la modification de l'ancien état de choses, on est forcé de convenir que l'ouvrier y a gagné , et sous le rapport sanitaire et sous celui du gain. Quelle différence, en effet, entre ces établissements vastes et aérés, où fonctionnent les machines, à filer et à tisser le coton, et ces pièces sombres, humides et malsaines , où l'on était jadis obligé d'installer les métiers , pour avoir le degré d'humidité nécessaire au lissage. Quelle différence encore entre le maigre salaire de 1 fr. par jour, que gagnait le tisserand, assis à son banc pendant quinze heures de la journée , et la solde que reçoivent maintenant les ouvriers attachés à une filature ou à un établissement de tissage. Des intérêts privés ont pu être froissés , lors de la substitution