Chapitre II
Suffren, rentrant en France, avait fait transporter, sur son vaisseau , quelques balles de coton , et avait engagé des ouvriers indiens, des deux sexes, à le suivre. Arrivés en France , ces ouvriers se mirent en devoir de fabriquer, avec le coton de leur pays, et suivant leur méthode, quelques pièces de mousseline. Bien que le coton eût été choisi le meilleur, et que les ouvriers fassent fort habiles dans leur métier, ils ne purent, malgré les précautions qu'ils prirent, parvenir à faire d'aussi belles mousselines que celles qu'on confectionnait dans le pays même. On attribue cette différence à l'atmosphère et à l'eau de la France , qui ne sont pas complètement semblables dans la presqu'île indienne.
Quoique les cotons de l'Inde anglaise, omras, broachs, etc., soient employés pour les filés communs, cependant l'Exposition de 1878 a fait voir, venant de ce pays, des tissus de la plus grande beauté, et d'une finesse inimitable. « Si les mousselines de Dacca , dit « F. Chaulnes, dans son rapport sur les colonies franc çaises, ne sont plus, comme au temps de Jéhangir, € légères comme les brouillards du matin, en voici des « pièces qui ne pèsent pas plus qu'un colibri, et passe- € raient aisément dans Panneau du doigt d'une femme; « en d'autres termes, pourpres ou noires, brodées d'or, « à Benarès, ou imprimées de fleurs d'argent, à Jéyt pur ou Hydérabad, qui sont souples et douces comme € un flocon d'écume. »
L'Inde a exposé encore des tissus de soie mêlés de coton, destinés aux musulmans, à qui leur religion ne
permet pas dé porter de la soie pure. Il y en a deux espèces, le morhru, qui se compose d'une chaîne ou d'un revers en coton, avec une trame en soie douce, lustrée comme le satin, et le sufi glacé. Ges tissus, unis ou façonnés , sont fabriqués à Hydérabad , dans le Pendjab; dans le Sind, à, Trichinopoly.
Notre colonie française n'a pas été en arrit'^re des colonies anglaises, et les fils blancs, nankins, bleus et rouges, les pièces de guinée, de mousseline, les tapis, châles et pagnes de coton, n'étaient point, à l'Exposition, inférieurs à ceux de nos voisins.
Le cotonnier en arbre croît de préféren<îe dans les montagnes de l'Hindoustan; dans l'Himalaya, on le cultive à une altitude de 9,000 pieds; les espèces plus herbacées affectionnent les plaines et le voisinage de la mer. La province de Delhi, que fertilise un canal de 240 kilomètres de longueur, fournit une partie du coton qui est dirigé sur Calcutta et Bombay, et transporté ensuite en Angleterre.
A Surate, Bombay, Maduré, sur la côte du Malabar et de Coromandel, à Madras, Masulipatam, Granjam, Calcutta, Benarès, on récolte du coton, et on fabrique les tissus dont nous avons parlé.
La ville de Bombay seule exporte, année moyenne, pour 250 millions de francs de coton. Ce chiffre est très variable, suivant que l'année est sèche ou pluvieuse.
Dans la province de Syndhy, à l'embouchure de l'Indus, le coton est l'objet d'un commerce qui remonte aux temps les plus reculés, ce qui explique le mot
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mdony qui signifie étoffe faite avec du coton (0.
D'après un travail publié en Angleterre, Y Économiste français fait connaître qu'à la fin de 1876, on comptait dans l'Inde entière, 47 collon-mills , employant 9,989 métiers, avec 1,231,254 broches, et mettant en œuvre 760,000 quintaux de matière première (2). Bombay a 120,000 broches; dans la présidence de Calcutta, on compte plusieurs filatures de 100,000 broches; à Madras, on fait les plus grands efforts pour développer cette industrie; aussi, les Indes expédient-elles de leurs produits de coton au Japon, en Perse, en<]lhine, etc. (Rapport de M. Pounier, des Vosges), ce qui n'empêche pas Manchester d'en envoyer- des quantités considérables; pendant l'exercice 1877-1878, l'augmentation a été de plus de 54 millions pour Calcutta. Ce chiffre suffit pour donner une idée du mouvement commercial de la capitale des Indes anglaises.
Il existe à l'état sauvage, aux environs de Pondichéry, deux espèces de cotonniers, le Goss. nigrum et le Goss. indicum (Wight et Arnott), qui produisent de beau coton. On en cultive, dans les jardins, une troisième espèce, le Goss, religiosum, des mêmes auteurs. Celui-ci s'élève à une hauteur de 25 pieds, et forme presque un arbre, mais il produit peu de capsules. Le colon est très
(1) Malte-Brun, Asie, Inde ou Hindoustan. 2tv§wv, en grec, signifie linge fin, mousseline et, par extension, linceul.
(2) Pour nos colonies françaises, on pourra consulter divers articles publiés dans la Revue maritime et colqniale, années 1862 et 1863.
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long, d'une blancheur remarquable, et se détache de la graine, avec une grande facilité. Le Goss, nigrum produit aussi, dans l'Inde, du coton de bellç qualité, qui adhère faiblement à la graine. La soie en est longue, fine, et d'une grande blancheur; mais il s'établit, sous la capsule, au moment delà maturité, une tjuantité de petites punaises ailées et puantes, qui rendent la cueillette désagréable.
Il paraît que les sources qui se trouvent sur le territoire de Pondichéry fournissent des eaux excellentes pour la teinture, et que les villes environnantes y envoient des toiles blanches pour y être teintes eu bleu.
Notons en passant que le coton de l'Inde donne un déchet double de celui d'Amérique, ce qui tient à la manière défectueuse dont se fait la récolte.
Le coton du Gossypium indicum adhère fortement à la graine, à tel point qu'on ne parvient jamais à s'en débarrasser complètement. La soie cependant en est longue et très tenace; elle est d'un blanc sale et mat. Cette espèce est la plus généralement cultivée ; la raison en est qu'elle produit beaucoup et prospère dans tous les terrains, sans soins pour ainsi dire 0).
En 1825, on cultivait, dans le jardin botanique de Pondichéry, quatre espèces de cotonniers, les Goss.indi-
(1) Mémoire de Perrotet, botaniste voyageur (Arm. mm., part, non off., 1838); on pourra consulter avec fruit à ce sujet le Manuel de V agriculture du coton dans la présidence de Madras , par Wheeler. Londres , Virten frères.