Chapitre L
L'usage si répandu de ce textile, dans ce pays, venait de l'horreur que ses habitants avaient des étoffes de laine. Cette répulsion, motivée sans doute pai^ les inconvénients qui pouvaient résulter de son usage, dans une contrée aussi chaude que l'Egypte , était telle qu'il était défendu de s'en servir, même pour ensevelir les morts. C'est ce qui peut expliquer pourquoi toutes les bandelettes, tous les linceuls trouvés, dans les cercueils, autour des momies, sont en coton.
Xes prêtres égyptiens, pour honorer cette plante, s'habillaient de coton imprimé W; mais si ce tissu était si estimé en Egypte, il n'en était pas de môme dans l'Inde. Les lois qui sont attribuées à Zoroastre, et qui sont encore suivies dans quelques parties de l'Indoustan, condamnent celui qui aura mis sciemment sur un mort un vêtement neuf de coton ou de poil d'animal, à recevoir mille cQups de courroie de peau de cheval ou de peau de chameau (2).
Le Zend'Avesta fait mention du coton, Pembehi^), chez les anciens Persans. Il est signalé dans les Instituts de Manou, ouvrage écrit huit siècles avant Jésus-Christ.
Nous avons déjà cité Hérodote. Au livre III, chapitre cvi de son Histoire^ il s'exprime ainsi au sujet des embaumements : « On y voit (dans l'Inde) des arbres
(1) Philostrate , Vie d'Apollon , liv. Il , ch. xx.
(2) Mémorial de Chronologie, p. 262.
(3) On retrouve ce nom dans la langue Souahéli, Afrique centrale.
« sauvages qui portent pour fruits une espèce de laine, « plus belle et meilleure que celle qu'ils tirent des « brebis. Les Indiens s'habillent avec la laine qu'ils « recueillent sur ces arbres, »
Cette affirmation serait contraire à celle de Zoroastre, si Ton ne devait comprendre par le mot « Indiens » les peuples orientaux en général, à moins que le législateur hindou n'ait voulu spécifier absolument l'espèce du linceul qui devait ensevelir les morts.
Strabon, au § 10 de son livre XV% s'exprime ainsi au
sujet du coton : « Sur certains arbres croît une
(( laine dont, selon Néarque, les Indiens fabriquent « leurs toiles fines et dont les Macédoniens se faisaient « des matelas ainsi que des selles pour leurs chevaux. t> Et plus loin : « Quant aux arbres qui portent delà laine, a leurs fleurs, dit Onesicrite, portent un noyau, et, « lorsqu'il est enlevé, on carde le restant comme de la (( laine. »
La première mention du coton, considéré' comme objet de négoce, dit M. A. Blay (i), se trouve dans le précieux document sur le commerce de l'antiquité, connu sous le nom de Périple de la mer Erythrée. D'après son auteur, Arrien, qui existait vers la fin du premier siècle de l'ère chrétienne, les Indiens appelaient Tala le cotonnier (2).
(1) Dict. du Commerce et des Marchandise^^.
(2) Voir aux plantes succédanées ; palmiers , Î3orassus,