Chapitre L
culture du coton florissait aux environs de Sétif , ancienne capitale de la Mauritanie orientale.
Vers le XIIP siècle, PArménie avait une fabrication assez étendue de très beaux tissus de coton, la Perse récoltait cette bourre précieuse, et les peuples habitant les rives de l'Indus la convertissaient en tissus merveilleux de finesse et de légèreté , dont une teinture , longtemps sans rivale, rehaussait encore le prix.
Les peuples du Céleste-Empire, vaincus par les Tartares (1368), surent dominer leur répugnance pour les tissus de coton. Qu'avaient-ils, cependant, besoin d'un nouveau tissu , alors qu'ils pouvaient se couvrir de vêtements de soie, qui éclipsaient si facilement les modestes cotonnades? Cependant cette industrie, que leur firent connaître leurs vainqueurs, ne cessa pas chez eux, lorsqu'ils eurent reconquis leur indépendance. Au XV« siècle, la culture du cotonnier était générale en Chine. Nankin même eut le privilège de livrer au commerce un tissu particulier, qui conserve encore toute sa réputation. Nous en parlerons plus loin.
Il ne paraît pas que les Chinois aient perfectionné leur mode de confection de ce tissu , qui est presque tout entier fabriqué pour l'exportation. Un peuple qui s'habille de soie ne peut avoir qu'un profond dédain pour le coton. et pour ceux qui s'en revêtent.
En Espagne, on cite, au XIV** siècle, les manufactures de Grenade, Cordoue, Séville et Valence, comme très importantes et fournissant des tissus supérieurs à ceux de l'Orient. Des cotonniers furent plantés aux environs de
cette dernière ville et donnèrent d'excellents résultais.
Traversant TAltantique, nous trouvons Saint-Domingue et le Mexique surtout, qui représentaient la civilisation du Nouveau-Monde, en possession de cette plante précieuse, et sachant en tirer le môme usage que les peuples de l'ancien continent.
Suivant la mythotogie mexicaine, sous le règne de Quetzalcoatl, ce dieu des airs, le coton s'offrait sur l'arbre, teint des plus riches couleurs. Mais, sans remonter plus loin que l'époque de la conquête, on voit Montézuma envoyer à-Cortez, parmi d'autres présents, des tissus en coton de grande valeur, pour l'engager à ne pas pénétrer plus avant dans son empire. Le coton était alors d'un usage habituel, les qippos(i) avaient été remplacés par du papier de coton , sur lequel les Aztèques traçaient leurs caractères hiéroglyphiques , et même ils s'en servaient comme de monnaie courante. Est-ce à dire qu'ils connussent l'usage des billets de banque? (2)
Corlez vit des champs- entiers couverts de cotonniers, et don Antonio de Solis, auteur de la relation de la découverte du Mexique, en faisant l'énumération des présents envoyés par Mpntézuma au roi d'Espagne , parle de manteaux , vestes, mouchoirs, courte-pointes et tapis de coton. On a trouvé des étoffes de ce genre dans les lom-
(1) Espèces de franges dont on nouait les extrémités de différentes manières , suivant ce qu'on voulait faire savoir.
(2) Cf. Prescott, Humboldt, Sloane, Michel Chevalier, etc.