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Chapitre IV

des couleurs les pWs riches et les plus variées, et d'un dessin correct, qui servaient à la parure des riches et à la tenture des palais et des temples. Cette industrie occupait beaucoup de bras; ses produits firent sensation en Europe. *

Nous avons vu à Honolulu, capitale de Tarchipel des Sandwich, le^ roi de ces îles recouvert du manteau royal, composé de plumes jaunes d'un oiseau très rare. Ce vêtement avait-il été confectionné dans le pays, je ne saurais le dire.

La fabrique de bazin établie à Lyon en 1580, avait été installée par des ouvriers venus du Piémont et du Milanais; elle devait se pourvoir de fil de coton filé au rouet. Ainsi en était-il des manufactures dont on signale l'existence au XVII* siècle, à Marseille et dans diverses villes de Flandre.

Les premiers métiers, venus d'Italie, furent établis à Lyon, dans les bâtiments occupés par la communauté des Dames de Saint-Pierre, aujourd'hui le palais de Saint-Pierre, sur la belle place des Terreaux. On y avait cependant, comme en Suisse, introduit une modification qui consistait à faire, marcher 6 à 8 métiers au moyen d'une barre mue par un homme. Ce système fut appelé métier à la barre ou à la zurichoise y parce qu'il en fut fait application principalement ou primitivement dans la ville de Zurich.

Lewis-Robert Dawson, dans son Traité du Commerce, publié en 1641 , fait mention de l'industrie cotonnière en Angleterre, au XV*' siècle, et cite comme villes où

Ton fabriquait du coton, Manchester^et quelques autres. Ce fait est appuyé par ce qu'Âikins rapporte des premières balles de coton venues en* Angleterre au commencement du XI V^ siècle; des navires vénitien^ et génois avaient été chargés du transport. Notons ici une particularité 5 c'est que les premiers cotons importés ne servirent qu'à faire des mèches. Ce ne fut qu'en 1430, que des tisserands de Manchester et de Lancastre eurent l'idée dB faire dés futaines avec ce coton. L'essai ayant l'éussi, des armateurs de Londres et de Bristol envoyèrent chercher du coton dans le Levant..

Vers 1730, un fabricant de métiers à tisser, John Hay, de Colchester, inventait la navette volante (fly shuttle). Cette invention fut mal accueillie par les ouvriers, qui craignirent de voir réduire leur nombre. Ils brisèrent ses métiers et menacèrent sa vie. Les fabricants, par contre, s'emparèrent de sa découverte et en profltèrent, au mépris de ses droits.

L'Angleterre avait trouvé une nouvelle source d'industrie, et le gouvernement de ce pays favorisa, le développement de telle façon, qu'au milieu du XVII° siècle, il n'y avait presque pas de petite paroisse qui ne possédât, pour occuper les agriculteurs pendant la mauvaise saison, un certain nombre de métiers.

Le tissage mécanique des tissus unis a été créé en France en 1678. Un officier de marine, du nom de Sennes, présenta à l'Académie des sciences « une ma- « chine pour faire de la toile, sans le secours d'aucun a ouvrier. f> On peut en lire la description dans les

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Transactions philosophiques. C'était un premier pas fait dans la voie des découvertes. Cet inventeur avait été précédé par Claude Dangon, en 1606, pour les tissus façonnés, et les métiers d'alors étaient successivement améliorés par Garon, 1707; Bouchon, 1725; Falcon, 1728; Poinçon, 1775; Verrier, 1790; enfin, Jacquart, rilhistre Jacquart, dont nous parlerons plus loin (0.

Jusqu'en 1765, les métiers à tisser étaient mus par la force humaine; ni l'eau ni la vapeur n'avaient encore été mis à contribution. Cet honneur revient à un fabricant de Manchester, Garsides, qui, le premier, essaya de faire marcher au moyen de l'eau un métier à faire des tissus.

La voie était ouverte ; dix ans-après , un autre industriel anglais, le docteur Cartwright (1775) perfectionna l'invention de son compatriote en substituant à la roue hydraulique, la vapeur, dont la production est si peu dispendieuse sur le sol houiller de l'Angleterre; il donna à sa nouvelle machine le nom de Power-Loom {ilS^)(^^),

Cartwright était à la fois ministre protestant, littérateur et poète; il dépensa, pour faire connaître son invention, la somme énorme de 750,000 fr., qui constituait toute sa fortune. Comme tous les hommes de génie, il n'avait pas compté avec lui-même, et s'il n'est pas mort

(1) V. le Moniteur dés Soies, publié à Lyon.

(2) Loora (prononcez loùni) en anglais signilic métier de tisserand , e( power-loom, métier mécanique à vapeur.

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à l'hôpital (en 1823) comme beaucoup de ses semblables, c'est grâce à une offrande du gouvernement, de la somme de 250,000 fr., qui lui permit de vivre à l'abri du besoin.

La machine fut construite dans les ateliers de Walt et BouUon. Il en fut fait une autre pour M. Robinson, dans le Noltinghamshire. Qaalre ans après, un industriel de Manchester, M. DrenwaXer, en commandait une autre; l'année suivante, les mêmes ateliers en fabriquaient une pour sir Richard Arkwrigt, et, en 1792, une semblable machine était livrée à MM. Scott et Stephenson, de Glascow.

En France, nous remontons jusqu'en 1745 pour trouver une amélioration à l'antique métier; le Mercure de France^ de novembre 1745, donne la description suivante du métier inventé par le savant mécanicien ) Vaucanson, et débute ainsi : k M. Vaucanson, célèbre « dans les mécaniques, vient de mettre au jour une « vraie merveille dé l'art, dans un objet de grande « utilité; c'est une machine avec laquelle un bœuf , « ou un âne font des étoffes bien plus belles et « bien plus parfaites que les meilleurs ouvriers en (( soie. » Ce métier mécanique n'eut pas, il est vrai, le succès de celui de Jacquart, mais cet oubli dans lequel il fut plongé presque aussitôt après son apparition tient à deux causes : l'une, c'est que les machines à filer n'ayant pas encore été inventées, la production du coton par les moyens connus était insuffisante pour alimenter le métier Vaucanson , l'autre cause d'oubli lient à la compo-

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.sition même de la machine. Construite en manière de cylindre à serinette, elle était embarrassée par de nombreuses complications, n'opérait que lentement, ses effets .étaient trop limités ; elle n'aurait pu servir que pour les dessins de deux pouces au plus, et aurait coûté 10,000 francs. On peut encore voir les restes du modèle de cette machine au Conservatoire des Arts-et- Métiers, à Paris.

La découverte de Vaucanson fut donc, sinon mise en oubli par tout le monde, du moins classée parmi ces inventions qu'on admire, mais dont on ne saurait tirer un parti avantageux. Cet homme de génie était venu trop tôt.

Auslin (1789), de Gfascow, devait aussi apporter sa pierre à l'édifice, en perfectionnant la machine Cartwright; mais la^ difficulté, pour les étoffes brochées, de faire mouvoir toutes les navettes, d'autant plus nombreuses que les couleurs étaient plus variées, existait toujours. C'était en effet un véritable travail de les mouvoir dans l'ordre exigé par le dessin. On n'y arrivait qu'en tirant ce qu'on appelait des lacs ou lacets attachés à des cordes (samples), aussi nombreux que l'exigeait la composition du dessin. Une femme ou un enfant étaient chargés de tirer ces cordons, travail très fatigant, vu la position quelquefois fort gênante de la tireuse de lacs ou liseuse de dessins. C'est ce qu'on appelait le métier à la tire.

Dans un métier ordinaire , les lisses sont les pièces mobiles au moyen desquelles, à l'aide d'une pédale, on

fail ouvrir les chaînes d'un tissu pour faire passer la navette qui porte la duite ou le fil de lairame. Pour le tissage ordinaire, il ne faut que deux lisses, parce que les fils de la trame alternent d'une manière régulière avec les fils de la chaîne.

Mais, lorsqu'il s'agit de tissus croisés ou brochés, le nombre de lisses augmente en raison de la complication du dessin. Il était alors nécessaire de recourir à une main étrangère pour lever en temps opportun la lisse^ qui devait laisser passer la navette.

Outre la fatigue de la tireuse de lacs, ce système avait encore l'inconvénient de no pas garantir la régularité du travail ; pour peu qu'un cordon eût été tiré pour un autre , une couleur se présentait là où un autre aurait dû paraître, et l'harmonie du dessin était détruite.

Pour diminuer cette chance d'erreur, un mécanicien, Robertseau, avait inventé ce qu'il appelait la boîte à coulisse, qui portait trois navettes chargées de fils de couleurs différentes, et que l'ouvrier employait suivant les exigences du dessin ; mais la difficulté du tissage à plusieurs, couleurs n'était pas enlevée par cette légère modification. Un simple ouvrier s'en chargea et eut, le bonheur de la résoudre.

Jacquart, employé dans une fabrique de Lyon, génie doué d'une aptitude toute particulière pour la mécaique, avait réfléchi pendant bien longtemps à l'inconvénient du système en usage. Il avait aussi examiné l'invention de Vaucanson. Au bout de quinze années d'études et d'essais souvent infructueux, pensant jour

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