SUISSE. - BRODERIE FRANÇAISE
ves. L'usage du métier causait quelques lenteurs; on l'abandonna pour ne broder qu'à la main ; c'était sacrifier la qualité à la quantité. Le but immédiat fut atteinte on put satisfaire aux besoins de l'Amérique, qui ne voulait que des articles à bas prix ; desservir des débouchés lointains en y recueillant une ample moisson de bénéfices; mais il était aisé de voir que ces conquêtes faciles étaient payées par un déclin dans les genres les plus parfaits. L'abandon du métier mettait en péril la broderie fine, et, pendant que nous cherchions des clients au dehors, notre propre marché nous échappait. La Suisse, restée fidèle aux bonnes méthodes, s'en emparait sensiblement; les meilleurs magasins de Paris s'y approvisionnaient et s'adressaient à la contrebande, au mépris de la loi. Une prime de 8 p. \ 00 couvrait ce commerce interlope, dont les rigueurs de la douane troublaient quelquefois la marche sans en arrêter le développement. Le seul moyen de défense était d'en revenir au métier; c'est ce qu'on fit dans les Vosges, notamment à Chamberg et à Fontenoy-le-Château. Des établissements particuliers remirent en honneur les traditions un moment délaissées; les ouvrières furent astreintes à une exécution plus patiente et par conséquent plus achevée; on chercha à regagner sur la Suisse le terrain qu'on lui avait abandonné avec une certaine imprudence et dans un moment d'écart; on en rc\int à comprendre que, dans l'industrie comme dans les arts, le point essentiel est de viser et d'arriver à l'excellent; le médiocre s'y fait toujours une assez grande place et ne la garde qu'en ayant l'excellent pour appui. Les choses en sont là; un retour a eu lieu, et l'objet qu'on poursuit est trup conforme à notre génie pour qu'il nous échappe longtemps. Peut-être cette industrie se serait-elle mieux gardée si elle s'était moins fiée à