SUISSE. - BRODERIE DE SA 1NT-GALL
coûte, et il est naturel que, tout en le faisant, nos fabricants cherchent en atténuer l'effet. La Suisse, disent-ils, est à notre niveau, mais à une condition, qui est de nous copier; elle nous emprunte nos formes et nos ornements; le secret de sa vogue est dans la complicité des marchands de Paris, qui la tiennent au courant des nouveautés et lui envoient môme des patrons et des dessins échantillonnés sur des tissus français. Cela peut arriver dans quelques cas; mais je dois pourtant à Saint-Gall ce témoignage que j'y ai vu des ateliers de dessinateurs nés dans le pays et qui étaient trop largement payés pour n'être que des copistes. Il ne m'a pas semblé qu'ils obéissent a d'autres inspirations que les leurs, ni qu'ils fussent embarrassés de trouver des combinaisons originales. Il suffit d'ailleurs de parcourir les comptoirs de la fabrique pour y reconnaître un grand établissement qui vit de son propre fonds et ne dépend que de. lui-même. Quand, les mercredis et les samedis, les commissionnaires descendent de la montagne pour rendre l'ouvrage fait ou emporter l'ouvrage à faire, il règne dans la ville un courant d'activité auquel le spectateur le plus indifférent ne peut se 'soustraire. Les rues sont sillonnées de ces petits chars particuliers à la Suisse; les hAtels sont pleins, les magasins encombrés; on se sent comme emporté par cette foule qui va à ses affaires, ne perd ni une minute ni une parole, ne frappe qu'aux portes où elle a un intérêt à régler. En moins de quelques heures il s'est opéré un mouvement qui, si on pouvait le fixer, se résumerait en une somme considérable. Ces signes sont de ceux qui trompent le moins. Évidemment ce n'est pas là une industrie de seconde main, attendant un mot d'ordre; cette séve, cette vie sont le caractère le plus irrécusable d'une industrie qui s'appartient.