MANCHESTER. - DÉVELOPPEMENTS
s'empara de ces ouvriers réfractaires, les associa à son activité et aux bénéfices de ses inventions. Quels furent les effets de ce patronage? Personne ne l'ignore; pour en trouver l'équivalent il faut recourir à la fable. Des légions d'hommes en sortirent comme des dents du dragon, tantôt unis pour l'œuvre commune, tantôt disposés h s'entretuer. Ces villages devinrent des villes considérables qui sont pour la cité mère autant d'annexés et de faubourgs: Oldham avec 80,000 habitants; Bury, Rochdale, Halifax, Iluddersfield avec 30 ou 35,000 habitants chaque ; Bolton avec 05,000 âmes ; Preston et Chorley, 80,000 ; Stockport 55,000; Staley-Bridge et Ahston-sur-Lyne formant un groupe de 40,000 âmes; Warrington et Wigam de 25 à 30,000 toutes deux ; enfin, dana des rayons un peu plus éloignés et des conditions d'existence plus indépendantes, Macclesfield et Bradford, l'une avec 40,000, l'autre avec 1 10,000 âmes. Manchester, tout en faisant un prodigieux effort sur lui-même, se doublait ainsi par des agrégations relevant de sa commandite et que les chemins de fer mettaient à une heure, à deux heures au plus de ses portes. En même temps que le travail s'étendait, il se divisait et se classait, ici la filature, là le tissage, ailleurs la teinture et l'apprêt; chaque ville, et dans chaque ville chaque fabrique, et dans chaque fabrique chaque catégorie d'ouvriers avaient leur fonction assignée; rien d'arbitraire dans ce partage; les lieux et les hommes s'appropriaient ce qu'ils traitaient le mieux. Manchester ordonnait et résumait les opérations ; il était le magasin et le comptoir de ces produits disséminés, leur donnait les dernières façons et les répandait sur tous les marchés du globe. Dans cette organisation bien simple résidait une telle énergie, qu'en trois
quarts de siècle le mouvement annuel des affaires s'est
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élevé de vingt millions à onze cents millions de francs avant le temps d'arrêt causé par des circonstances récentes.
H n'est point d'exemple, dans l'histoire, d'une fortune semblable, échue en si peu de temps et concentrée sur un si petit espace, d'une action douée de tant de vertu et poussée à un pareil degré. Qu'on y concoure ou qu'on y assiste, ce spectacle est plein de vertiges; un sentiment de crainte se mêle aux éblouissements qu'il donne. Il y a" là de fortes ombres au milieu de beaucoup de lumière. Le beau côté est cette confiance fondée de pourvoir aux besoins quelque part qu'ils se montrent, unie au soin de les éveiller là où ils ne sont qu'un vague instinct, l'ardeur à se frayer des voies dans des contrées que la civilisation européenne n'a point visitées ou n'a qu'incomplètement assujetties; l'honneur de porter le nom et de montrer le drapeau d'un état partout où un commerce peut s'étendre, d'être et de rester le plus grand établissement de fournitures que le monde ancien et moderne aient jamais connu. Le côté sombre est le maintien d'un travail sans relâche et le souci des existences qui y sont attachées ; la responsabilité de la condition d'un demi-million d'individus engagés au service d'un seul article et pour lesquels toute diminution d'activité amène des souffrances correspondantes. Comment envisager sans trouble l'énormité de cette charge? Il s'agit, pour le groupe de Manchester, de trois cent cinquante millions de francs par an en traitements et en salaires. Dans cette limite, c'est l'aisance, la satisfaction des besoins et la faculté de quelques réserves; cvec un quart en moins, c'est la gêne , et les réserves s'épuisent; avec la moitié en moins, la misère prévaut et s'aggrave par les réductions qui surviennent. Ce n'est pas