MANCHESTER. - APPROVISIONNEMENT. 3Î
sacrifié leurs épargnes et jusqu'à leur mobilier plutôt que de se voir inscrits sur la liste des pauvres. Ce langage n'est pas sans amertume et peut-ôtre l'industrie du groupe en est-elle à comprendre qu'en abusant de la concentration, elle a bâti sur des barils de poudre l'édifice de sa prospérité.
Quant à la dépendance à peu près exclusive où il s'était placé pour l'aliment de son travail, depuis quelques années, Manchester en avait la conscience et le souci. Il craignait un coup de foudre, sans se rendre compte de quel côté la foudre éclaterait. Dans l'Amérique du Nord existait une concurrence manufacturière qui détournait de plus en plus à son profit les ressources de l'approvisionnement ; Manchester en suivait la marche avec ombrage. Il ne lui échappait pas non plu/ que l'assujettissement commercial auquel il était condamné dégénérait pour le pays en un embarras politique, exposait l'un des deux États en présence à des condescendances indignes de son rang, entretenait dans l'autre État des habitudes et des prétentions abusives, de telle sorte qu'après de petites offenses souffertes et des conflits la! orieusement prévenus, on en arriverait forcément à cette limite où il faut rompre sous peine de déchoir. Ces faits, ces conjectures tenaient Manchester en éveil. Ce qu'il prévoyait moins, c'est le déchirement auquel nous assistons, le partage violent de la grande république américaine en deux tronçons, gardant une vie propre et si acharnés l'un contre l'autre qu'ils semblent décidés à achever par le suicide ce que les chances du duel auront laissé d'intact. Voilà ce qui a été, pour le monde entier, une surprise, et pour Manchester le châtiment d'une dépendance trop étroite. De toutes les éprçuves aucune ne pouvait être pire. Dans une rupture