‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 136 sur 193 · MANCHESTER. - ASPECT DE LA VILLE · texte numérisé non relu

MANCHESTER. - ASPECT DE LA VILLE

dernier, l'Association pour l'avancement des sciences, que présidait un correspondant de notre Institut, M. Fairbairn, se réunità Manchester, qui avait été désigné pour la tenue de sa session annuelle. La ville donna aux savants éminents qui composent l'association une hospitalité digne d'eux. "Elle ne se borna pas à un enthousiasme «dont on est d'autant plus prodiguequ'il est moins coûteux, elle témoigna le prix qu'elle attachait à l'honneur qui lui était éclui dans une forme qui peut n'être pas du goût de tout le monde, mais dont on ne saurait nier la consistance. Le droit d'entrée avait été fixé à une livre sterling pour les personnes qui désiraient s'associer aux travaux du congrès. Truis mille cent trente-neuf personnes s'inscrivirent, et dans le nombre dix-huit cents dames. C'était une recette de 80,000 fr. pour la caisse de l'association. Ces trois mille souscripteurs se montrèrent assidus aux séances, et beaucoup d'entre eux prirent part aux discussions. Dans aucune ville de France , sans en excepter Paris, on ne trouverait , je ne dis pas l'équivalent d'un concours ainsi certifié, mais rien qui en approche. Notre excuse est que ces façons d'agir ne sont ni dans nos habitudes, ni dans nos mœurs, et que le désintéressement devient, pour certaines carrières, un titre de noblesse auquel on ne doit pas déroger. Personne plus que moi ne respecte ce scrupule, dûton en abuser contre ceux qui l'éprouvent; mais, en dehors de la dignité des savants, il y a les dispositions du public ; et lequel vaut mieux de celui qui attribue une valeur aux choses sérieuses ou de celui qui ne sait payer que les frivolités du théâtre et du roman?

La vie extérieure à Manchester ne se montre que par accès, suivis de repos plus apparents que réels. Le matin, au moment où les fabriques s'ouvrent, les rues se remplis-

:l5i MANCHESTER — POUCE DES MŒURS.

sent d'ouvriers et d'ouvrières qui vont reprendre leur tâche ; c'est un flot qui s'écoule promptement et après lequel le vide se fait. Le soir, quand les ateliers se ferment, ce flot revient en sens inverse avec moins de violence et des courants variés. La partie rangée de cette population, et c'est la grande masse, regagne le toit delà famille ; le reste, moins lié par le devoir, prend des directions plus arbitraires; les uns vont vers la taverne qui leur sert en même temps de garni, les autres vers les magasins d'eau de genièvre, brillamment éclairés, où ils trouvent à se nourrir tant bien que mal avant de s'enivrer. Parmi les jeunes filles, môme partage ; un trop grand nombre cherche un supplément de salaire dans des profits abjects, tantôt clandestinement, tantôt de la manière la plus effrontée. La nuit venue, les quartiers du centre en sont inondées, et on conçoit, à les traverser, pour quel motif les habitants honnêtes de Manchester désertent leur propre ville. Les autorités mêmes désarment devant ces licences ; elles aiment mieux s'éloigner que sévir; la police souffre ce qui ne prend pas le caractère d'un délit. Aussi n'y a-t-il de vie pendant quelques heures que dans ce domaine abandonné aux mauvaises mœurs et aux industries qui les exploitent, cabarets, tripots, maisons de prostitution, concerts populaires, réunions dansantes, que signalent les reflets du gaz, prodigué du rez-de-chaussée jusqu'au faîte. Tout ce qui a un nom, une position, même un mandat, s'est éloigné au soleil couché pour ne reparaître que le lendemain. Les petits bourgeois, la classe des commis, plus sédentaires par nécessité, protestent à leur manière, se renferment chez eux, se visitent entre voisins, ou vont aux prêches qui restent ouverts le soir, comme un préservatif contre les mauvaises influences. De la part d'un peuple sensé, ce dé-

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