MANCHESTER. — POLICE DES MŒURS
sistement est de nature à surprendre ; il enlève à la cité le bénéfice des bons exemples et en bannit la réserve que commande le voisinage d'une société polie ; il est pour le voyageur qui passe un sujet d'étonnement, si ce n'est de dégoût. A quoi tient cette conduite? Est-ce un calcul? Est-ce une condescendance pour des entraînements populaires? C'est moins cela, à mon sens, qu'une des formes qu'affecte généralement la vie anglaise. La famille en est le fondement : tout en part et tout y revient ; les plus grandes, les plus sûres jouissances s'y concentrent. On s'étudie à la rendre douce et commode, en écartant avec soin ce qui pourrait la troubler. On ne se refuse pas à des distractions extérieures; on ne les recherche, on ne les multiplie pas. Un concert, une représentation au théâtre sont une diversion, presque un événement; ils ne deviennent ni un besoin, ni une habitude. Encore moins sort-on de chez soi sans but, au hasard , pour courir les lieux publics et employer les heures oisives. Ces raffinements de la sociabilité ne sont point encore à l'usage des classes aisées du nord de l'Angleterre. Le temps que les affaires ne réclament pas, on le donne aux siens, à quelques réunions de parents et d'amis ; on n'est pas tourmenté du désir d'aller, de se montrer, de se répandre. La maison n'a rien qui pèse ; elle repose, charme, et au besoin console. Ainsi s'explique cette sorte d'oubli et d'indifférence pour ce qui en dépasse l'enceinte. Au fond, il y a là un certain égoïsme qui se mêle à de bonnes règles de conduite et n'en tire pas une excuse suffisante. A côté et au-dessus des devoirs domestiqués existent d'autres devoirs non moins impérieux. Cette légion d'ouvriers, dont on dispose comme d'un instrument de fortune , est elle-même une famille qu'on ne peut, sans responsabilité, livrer à tous