MANCHESTER. - CARACTÈRES SOCIAUX
lieux où ils se perdent pour les ramener vers les temples et les écoles, d'où ils sortent meilleurs et plus instruits. Dans cette division de l'œuvre, chacun se tient pour quitte envers lui-môme et envers les autres qmnd il a rempli la tâche qui lui est dévolue. Les résultats, il est vrai, laissent beaucoup à désirer : en peut-il <Hre autrement dans une agglomération de ciuq cent mille âmes, sur lesquelles on compte soixante-dix ouvriers par cent habitants? Le bouillonnement populaire fait nécessairement remonter l'écume à la surface. Sans doute avec plus de police on sauverait mieux les apparences; ces moyens préventifs répugnent; on préfère s'en tenir aux amendements véritables qu'obtiennent l'énergie et le dévouement privés.
A ces premiers traits il est aisé de distinguer une société qui a peu d'analogie avec la nôtre, et qui, dans sa manière de sentir et d'agir» garde son originalité. Pour la bien juger, ce contraste doit rester présent à l'esprit. Là môme où l'objet en vue est commun, des différences sensibles se montrent dans les motifs de détermination et les moyens de conduite. Il fout se souvenir en outre que, pour l'Angleterre également, ce groupe de Manchester est comme un monde à part. Il n'offre pas la variété de positions et de poursuites qui ailleurs influe sur les rapports, modifle les impressions par une pénétration mutuelle, amène des échanges volontaires ou obligés dans lesquels l'esprit se cultive et l'humeur se tempère. En réalité, il n'y a à Manchester que des manufacturiers et des ouvriers avec quelques intermédiaires pour le service de leurs fantaisies ou de leurs besoins. De là une rigidité d'efforts dans une recherche unique et cet état de contention qui accompagne les idées fixes. La fabrique est la grande, l'universelle affaire; la vie du pays y est absorbée; si la fabrique