‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 144 sur 193 · MANCHESTER. - DIVISION DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

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est la poursuite constante de la manufacture anglaise. Autrefois un homme était attaché à chaque métier à tisser; une femme en conduit aujourd'hui jusqu'à quatre. Il va de soi que les salaires s'en sont accrus ; la part du lion une fois faite, il est resté aux ouvriers quelques débris. J'ai pu, à Manchester mieux qu'ailleurs, vériGer jusqu'à quel point cet assujettissement à une tâche exclusive, dont les machines augmentent l'étendue, répugne à leurs goûts et influe sur leurs facultés mentales. Si en effet la division du travail en parcelles conduit à une souffrance du corps ou de l'esprit, nulle part cette souffrance ne devrait être plus sensible que dans un pays où cette division a été poussée jusqu'à ses dernières limites. Mes recherches n'ont pas abouti à cette conclusion. Ni à Manchester ni dans le groupe qui en dépend, la population ne semble affectée de la division du travail par petites parcelles. Comparé aux industries où la tache est moins divisée, le personnel des manufactures soutient très-bien et de toutes les manières le rapprochement; les hommes sont moins robustes que dans les ouvrages de force; il en est partout ainsi; la vigueur relative se maintient, etquant à l'intelligence, elle serait plutôt supérieure à celle des classes vouées à des métiers plus pénibles. Les ouvriers que j'ai interrogés làdessus ont été unanimes dans leurs réponses. Leur préférence est pour la tâche à laquelle ils sont formés ; elle devient pour eux comme une seconde nature; ils la font d'instinct; ils gagnent à s'y perfectionner; ils craindraient de se gâter la main en la variant. Il ne faut pas croire d'ailleurs que les œuvres de force échappent à cette garantie d'une bonne exécution. Un jour je parcourais à Oldham l'un des plus grands ateliers de machines qui soient au monde, celui de M. Piatt, qui m'en faisait les

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honneurs avec beaucoup de bonne grâce ; nous causions précisément de cette division du travail. — « Mais, me ditil, c'est notre force; c'est seulement ainsi que nous échappons aux malfaçons. Regardez^en combien de mains passe une pièce avant d'être en état; ici on la dégrossit, là on la réduit au tour, plus loin on l'alèse; dans la pièce voisine on la perce, dans une autre on l'ajuste et on la monte. Et j'abrège encore; il n'y a pas une vis, un écrou, une dent d'engrenage qui n'ait son ouvrier. » 11 me les montrait en môme temps un à un et s'cxerçant tous sur un détail. J'élevai l'objection ordinaire, c'est-à-dire l'inconvénient d'une tâche uniforme divisée à l'infini. — o N'ayez pas de ces soucis, me répondit-il, cela ne trouble ni leur estomac ni leur cerveau. Voici un échantillon ; voyez comment ils se portent. » Nous étions arrivés près d'un établi où un garçon vigoureux, de trente ans environ, travaillait à un ajustage ; un coup d'œil suffisait pour reconnaître que c'était en effet un beau type de santé; j'allais passer outre; le fabricant ne me tint pas quitte. — « Vous pouvez l'examiner à l'aise, reprit-il, il n'est pas curieux; il ne prendra seulement pas garde à nous. C'est sa roue dentée qui l'occupe; personne ne la ferait mieux que lui ; voici dix ans bientôt qu'il la refait ; il n'en a jamais manqué aucune; j'irais loin pour trouver son pareil. Voulez-vous savoir pourquoi il la fait si bien? C'est qu'il est à son affaire, et qu'avec un millimètre de plus ou moins, c'est une pièce manquée ou à retoucher. Je ne dis pas que de loin en loin il ne songe aux trente-cinq shillings qu'il gagne par semaine et à l'emploi qu'il en fera. Cette pensée ne nuit pas à l'ouvrage. Il se peut aussi qu'il songe à sa femme et à ses enfants qui l'attendent dans une petite maison payée de ses épargnes, et qu'entoure un jardin qu'il trouve le temps

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