MANCHESTER. - TRADES' UNIONS. 3C
Ce retour à une justice naturelle, dragée de formalités, est de date récente; il n'a pas eu lieu sans que les expédients contraires aient été mis à l'essai. Pendant un demisiècle Manchester a offert le spectacle d'agitations qui souvent dégénéraient en violences ; la fabrique ne vivait que sur un pied défensif, et des révoltes à main armée exigeaient l'emploi de la force publique. Le prétexte de ces troubles était dans les circonstances; le fond reposait sur un état mal défini et des empiétements réciproques, qui tantôt s'imposaient par la contrainte, tantôt se couvraient de déguisements ingénieux. De ce nombre était un système de trocs (truck-system) qui tient une place dans l'histoire de cette industrie. Au lieu de payer les ouvriers en argent, quelques fabricants avaient imaginé de les payer en nature et de tenir un assortiment d'objets à leur usage, au moyen desquels ils opéraient les compensations. A l'origine, l'idée était bonne; il s'agissait d'affranchir les consommations du tribut que prélèvent les intermédiaires; mais il fallait, pour que l'échange gardât son mérite, qu'il fût d'une part loyalement rempli, de l'autre librement accepté. Ces deux conditions ne furent pas toujours réunies; l'abus s'en mêla, et dans plusieurs établissements, on ht une obligation de ce qui devait rester une faculté. De la une coalition formidable qui prit le titre d'Union des commerces (trades y union), et qui ne devait désarmer que devant l'abandon du système des trocs. 11 est inutite d'insister sur ces dissensions désormais éteintes; l'expédient est condamné sans retour; il n'a laissé que des souvenirs douloureux. On a vu quels dangers il y a au fond d'une ingérence trop directe sur la condition de l'ouvrier, et à quels écarts on s'expose en laissant à la cupidité privée l'interprétation des formes du bien, qu'on veut lui faire.