‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 147 sur 193 · C8 MANCHESTER. - PATRONAGE · texte numérisé non relu

C8 MANCHESTER. - PATRONAGE

On a vu également quelle force acquiert une masse d'hommes liguée contre une déni de justice et une atteinte portée aux droits qu'ils ont de disposer, comme ils l'entendent, de ce qui les touche et de ce qui leur appartient. Les chefs de ces unions étaient de véritables souverains, entourés de sujets dociles; leurs ordres étaient des arrêts auxquels on déférait sans les discuter; les ateliers se vidaient ou se remplissaient à leur voix, et quand, pour élaguer les rangs et diminuer l'offre des bras, une expatriation devenait nécessaire, ils étaient obéis. Aujourd'hui môme que les trocs ont disparu, les unions sont encore debout; leur force est entière quoique latente. J'ai causé avec plusieurs de leurs chefs ; ils se tiennent pour satisfaits et n'ont rien à répéter contre les fabricants ; la tâche, à ses divers degrés, a été réglée d'une manière équitable et avec des garanties suffisantes. Ils déclarent que la marche adoptée est la bonne. Ce sont en général des hommes judicieux, aussi peu disposés à élever des prétentions déraisonnables qu'à supporter des usurpations mal justifiées. Leur souci capital est de préserver en toute chose la dignité de l'ouvrier; ils se résigneraient plutôt à un préjudice matériel qu'à un dommage moral. Ils veulent que, les distances gardées, des égards mutuels soient maintenus et qiie, dans l'échelle des commandements, aucun acte, aucun propos ne sortent des convenances. Quand des plaintes s'élèvent, ils s'en font les intermédiaires, et ce n'est pas l'un des moindres embarras des chefs de maison ; aux révoltes ouvertes ont succédé les susceptibilités de l'esprit de corps.

Dans ces dispositions nouvelles, il reste peu de place, on le devine, pour le patronage direct et une tutelle officieuse se mêlant aux détails de la vie. Cette poésie appartient désormais à l'enfance des fabriques; elle s'efface à

Manchester. - Patronage, m$

mesure qu'elles prétendent à la virilité. On en retrouve quelques traces dans les établissements ruraux, préservés par leur isolement, àBelper, par exemple, à Quarry-Bank, à Bury, à Hyde, à Turtun. Là on voit encore des maîtres qui ne se regardent pas comme affranchis envers leurs ouvriers lorsque la tâche est faite et le salaire compté, qui les suivent dans les heures de repos, et cherchent à y rattacher ou un enseignement utile ou des distractions ingénieuses. A Manchester môme, dans plusieurs établissements, une salle reste ouverte le soir, avec des mappemondes, une bibliothèque et quelques journaux. Mais le goût de ces petites attentions se perd et le souffle pour ainsi dire s'en est retiré. On n'enchérit plus comme naguère sur l'attrait à y introduire; on les laisse tomber en désuétude. L'attitude de l'ouvrier y est pour beaucoup; hors du travail, il veut s'appartenir, respirer un autre air, prendre un peu d'espace. Ces plaisirs mêmes, dont les patrons font les frais, ont moins de charme pour lui que ceux qu'il se procure avec son argent; ils blessent sa fierté et répugnent à son indépendance. Ce sera bientôt un chapitre à retrancher de l'histoire des manufactures, et c'était de tous le plus attachant ; on aimait à voir ces liens qui se continuaient sous la meilleure des formes et tempéraient la rudesse des services par la grâce des relations personnelles. Peut-être les fabricants n'y ont-ils pas mis assez de persévérance; ils sont de la même race que leurs ouvriers, manquent de liant et n'ont pas l'instinct de la sociabilité. Eux aussi, quand la besogne est achevée, se renferment volontiers dans leurs maisons et écartent, comme des importunités, tout ce qui en dérangerait les habitudes. Dans les campagnes, où les logements des chefs d'industrie sont contigus avec les ateliers, les rapprochements

370 M A N C H KSTfcR. — LOIS 1) ES MA M' FA CT U R KS.

sont aisés; ils le sont moins dans les villes, où les distances deviennent un obstacle. Quel qu'en soit le motif, et les torts fussent-ils partagés, il y a désormais peu à attendre de ces amendements particuliers qu'amenait le contact des ouvriers et des maîtres. D'autres mœurs prévalent, un autre courant règne. Pour agir sur ces masses réfractaires, c'est par la voie d'un amendement général qu'il faut d'abord procéder; le terrain que perdent les petites institutions privées doit être regagné et au delà par les institutions publiques ; aussi tous les efforts ont-ils été reportés de ce côté, et ni la volonté ni l'argent n'ont manqué pour que ces ateliers de culture intellectuelle et morale fussent tenus dans le môme ordre et animés du même esprit que ceux de la production matérielle.

A en juger seulement par le texte des lois en vigueur, peu d'enfants dans les pays de manufactures échapperaient à l'obligation de l'enseignement. Par les actes de (833, 1844 et 1847, tout enfant employé dans les filatures et les tissages doit être muni d'un certificat qui atteste qu'il a passé trois heures par jour à l'école quand il travaille tous les jours, et cinq heures* quand il travaille de deux jours l'un. Sous peine d'amende, le manufacturier ne peut l'admettre sans cette pièce dûment légalisée ; les mêmes amendes, qui varient d'un shilling à vingt shillings, atteignent les parents qui négligent ce soin. Une exception avait d'abord été faite pour les ateliers d'impression, comme sujets à des tâches plus irrégulièrement distribuées; un acte de 1845 a comblé cette lacune, à la suite d'une enquête où des faits affligeants avaient été signalés. Cet acte dispose que les enfants, dans cet ordre de travaux, passeront à l'école cent cinquante heures dans le cours d'une demi-année et réparties sur trente jours. Les mômes

Page 1