‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 148 sur 193 · MANCHESTER. - ÉCOLES D'OUVRIERS · texte numérisé non relu

MANCHESTER. - ÉCOLES D'OUVRIERS

peines sont attachées à l'inobservance de ces diverses prescriptions. Voilà l'ensemble de ces lois ; elles n'admettent ni réserves, ni excuses ; tous les enfants qu'elle désigne doivent aller prendre dans les écoles leurs brevets d'admission dans les ateliers. Il n'a manqué à ces lois qu'une sanction pour qu'elles pussent servir de modèles ; c'est un moyen de contrôle sérieux. Des inspecteurs sont bien indiqués comme devant, par des délégations étendues, s'assurer de l'exécution des clauses relatives à cet enseignement; la chambre des communes y avait ajouté le pouvoir de vérifier si l'école remplissait son objet et si les certificats délivrés n'étaient pas une formalité dérisoire, avec la faculté au besoin de changer l'instituteurquand son incapacité serait démontrée, le local de l'école s'il était insalubre ou insuffisant. Des dispositions si sages ne trouvèrent pas grâce devant la chambre des lords, qui recula devant la puissance et la dépense de cette inspection et trouva expédient d'en anéantir les effets dans une rédaction si vague qu'elle frappait les délégations d'inertie et dépouillait la surveillance d'autorité. De là cette conséquence que cette suite de lois couvre beaucoup d'illusions et que la lettre en énerve l'esprit. Beaucoup de ces écoles n'en ont que le nom ; les élèves qui en sortent ne sont guère plus avancés que ceux qui y entrent; un grand nombre de certificats n'ont d'autre valeur que le tribut payé par les familles aux maîtres qui les délivrent. Ces abus ont été poussés assez loin pour que l'opinion publique s'en soit émue; ils ne prennent pas facilement racine dans un pays si vigilant. De trois côtés, on pouvait, à défaut d'une inspection efficace, peser sur la bonne constitution de l'école: le conseil privé qui lui fournit des subsides, l'autorité municipale qui l'assiste parla taxe des pauvres, le fabricant qui y con-

m MANCHESTER. - INSTITUTS MÉCANIQUES.

tribuc pour chaque enfant à raison de deux deniers par semaine ou d'un penny pour chaque shilling prélevés sur les salaires, étaient également fondés à exiger que l'enseignement n'y fût pas une pure formalité, accompagnée d'une exaction. Cette triple influence s'est fait sentir et le relâchement commence à disparaître. Les moyens d'assistance ont été subordonnés aux rapports des inspecteurs, les admissions dans la manufacture sont précédées d'un examen sommaire, à l'appui du certificat; on a fait des exemples parmi les instituteurs incapables ou prévaricateurs; la profession a été épurée et relevée. Avant peu, l'instruction des enfants employés dans les manufactures sera obligatoire ailleurs que daus la loi ; elle sera un fait, un fait dominant, que les années consacreront, en y ajoutant des garanties toujours croissantes.

Les écoles élémentaires ne sont pas le seul mode d'enseignement à l'usage de ces populations industrieuses ; il y en a d'autres plus adaptées à la carrière qu'elles suivent. Telles sont les écoles que l'on désigne sous le nom d'instituts mécaniques et qui, sans exclure les enfants de douze à quinze ans, reçoivent plutôt les adultes. L'instruction qu'on y donne est déjà d'un degré supérieur; elle embrasse les arts qui relèvent de l'industrie et une partie des sciences physiques et naturelles. Ces établissements ont un grand attrait pour les ouvriers ; ils y arrivent en foule et se soumettent de très-bonne grâce aux redevances qui leur en ouvrent l'accès. Ce revenu, on le devine, ne suffirait pas pour entretenir les instituts sur le pied de luxe où on les voit. Rien n'y manque; ni les instruments coûteux pour les expériences, ni l'espace, ni les embellissements, ni le concours de bons professeurs. Il y en a qui ont des jardins attenants, des salles de récréation où les

MA.NCIlhSTEH. - COLLÈGES U'IM VRIEliS. m

élèves peuvent se réunir hors des heures des classes. Ce sont les générosités de la manufacture qui défrayent en grande partie ces raffinements et permettent à ces fondations utiles de subsister en remplissant leur objet. Un peu de calcul se mêle à ces largesses; les instituts sont la pépinière des ateliers, le cadre où se forment les sujets habiles, les bons contre-maîtres qui en feront la fortune. Aussi la vogue est-elle aujourd'hui de ce côté; on a pourtant essayé d'aller plus loin. Près des instituts mécaniques et quelquefois dans le même local, on a créé, sous le nom de collèges, des établissements destinés à l'élite des ouvriers et qui visent à un enseignement d'un ordre plus élevé. La culture des sciences et des lettres s'y trouve réunie aux notions générales des arts. L'épreuve est toute récente; on ne saurait dire encore si elle aboutira. Trois de ces collèges existent dans l'enceinte de Manchester J des contributions volontaires ont pourvu aux premières dépenses. Le collège d'Ancoats, qui est le plus ancien, compte près de trois cents élèves; moyennant 24 shillings par an, ils peuvent suivre toutes les classes, apprendre le latin, le français, les mathématiques, le dessin, la tachygraphie. Le collège de Manchester proprement dit n'est pas moins florissant; il compte cinq cents élèves au droit réduit de 6 shillings par an. Le plus récent, celui de Saldfard, a eu deux cents élèves dans les trois premiers mois de sa fondation ; ses prix varient entre 8 et 10 shillings par an, en raison de la variété de son programme, qui, aux autres facultés, joint la tenue des livres, la chimie et la déclamation. Ces tentatives pour élever les classes laborieuses à une instruction supérieure sont dignes d'encouragement ; elles font pénétrer le goût de l'étude dans des couches de plus en plus profondes. Ce qui n'est pas moins à admirer, c'est le libre

Page 1