MANCHESTER. - ÉCOLES DE FEMMES
mouvement qui les enfante. Sans le concours des engagements volontaires, il serait impossible de songer à des priv de pension de 6, 8 et môme 24 shillings. Quelques souscripteurs ont fait plus encore ; ils se sont offerts comme professeurs à titre gratuit. Chacun de ces collèges a ses comités, ses membres honoraires, qui en administrent les détails, règlent et contrôlent les dépenses et président aux distributions des prix, en les accompagnant de discours appropriés à leur auditoire. Et qu'on se souvienne que ces administrateurs sont les hommes les plus occupés du monde, avares de leur temps et qui n'en distrayent rien pour des choses frivoles ; ils ne le ménagent pas, tout précieux qu'il est, pour des œuvres vraiment profitables, où leur consscience est engagée.
L'éducation des femmes n'est pas négligée non plus. Dans le bas âge seulement, il y a des écoles mixtes ; audessus de sept ou huit ans le mélange n'a plus lieu. Ici la matière de l'enseignement change et le personnel devient visiblement meilleur. Tandis que l'instituteur élémentaire est, en général, un ouvrier mal dégrossi qui ne peut donner aux garçons plus de manières et de notions qu'il n'en a, les institutrices sortent plutôt de la classe moyenne, en imposent davantage, ont plus de tenue, un savoir plus sûr, une action plus grande. La différence frappe quand on compare l'aspect des classes et la manière dont les leçons se distribuent. Ce n'est pas que ces institutrices prétendent à faire de ces jeunes filles autre chose que ce qu'elles doivent être, ni à leur inspirer le goût de sortir de leur condition ; toute leur ambition est qu'elles deviennent de bonnes ménagères et des ouvrières de choix. Le mot ne leur répugne pas plus que la chose. Je causais avec l'une d'elles, distinguée à tous égards, et naturelle-
MANCHESTER. - TRAVAIL Dt LA KK.MMK. • 375
ment l'entretien porta sur l'avantage qu'il y aurait à soustraire les femmes au travail de la manufacture pour les rendre à leurs maisons. Elle ne me sembla pas partager les préventions qui régnent là-dessus, ni disposée à s'associer sans réserve aux protestations éloquentes d'un trèsbeau livre de M. Jules Simon Elle ne niait pas les abus, quelque soin qu'on mette à les combattre; elle demandait seulement que l'on vit les choses sous tous les aspects. Si le travail domestique était encore possible, il n'y aurait pas à hésiter ; c'est le plus sain pour les mœurs , celui qui offre le plus de garanties. Mais le choix n'est plus permis, et plus on va, moins il l'est; la nécessité l'emporte. Dans cet état nouveau, laquelle est préférable, ou d'une absence simultanée en vue du travail, ou d'une séparation périodique qui tiendrait le mari occupé et laisserait la femme libre? L'expérience mène à conclure que cette dernière combinaison n'est pas la meilleure. Pour quelques scandales publics, souvent ampliiiés, il ne -faut pas oublier ceux qui se cachent dans l'ombre, et qui n'en sont pas moins graves pour avoir moins d'éclat. Dans ce partage des conditions pour le môme couple, il y a évidemment une ressource de moins et un danger de plus. Le contact entre les sexes peut engendrer de mauvaises mœurs; mais ce qui les engendre plus infailliblement encore, c'est la misère combinée avec l'oisiveté. 11 n'est pas vrai d'ailleurs que le logis soit désert et que les enfants soient abandonnés quand le père et la mère s'absentent; il reste presque toujours sous la garde de vieux parents qui tiennent tout en ordre et préparent les aliments pour l'heure des rentrées. J'ai vingt fois vérifié le fait et n'ai trouvé les portes fermées que