L'Ouvrière, 1 vol., chez Hachette
376 MANCHEîsTKH. - SALAIRES.
dans des cas très-rares et qui avaient une excuse légitime. Quand les vieux parents manquent, on s'aide entre voisins*, ce n'est pas une si grande affaire que de veiller sur quelques marmots ou de ranger un modeste mobilier. Ce qui serait une grande affaire, ce serait de réduire les ressources de la maison des 42 ou 15 shillings que la femme gagne par semaine. Une amélioration de ce genre serait une ruine et ne serait pas une garantie ; aucune ne vaut un travail réglé, qui est le plus avantageux comme le plus sûr des préservatifs.
La condition de ces classes est en somme satisfaisante ; elles sont libéralement pourvues des moyens de s'instruire ; pour les autres besoins les salaires suffiraient largement sans les vicissitudes du travail. Un document récent publié par M. Chadwick, secrétaire de la mairie de Saldford, en a fixé les bases, que j'ai trouvées conformes à mes vérifications. De 1848 à 1860, les salaires se sont accrus, dans le comté de Lancastre, de vingt-cinq pour cent, un peu par la force des choses, un peu parce que les chefs des unions d'ouvriers y ont tenu la main. Ils étaient à la dernière de ces dates de 20 shillings par semaine pour la moyenne des hommes, dans les trois services delà filature, du tissage et de l'impression ; les ouvriers de choix gagnaient de 30 à 35 shillings par semaine. Pour les femmes la moyenne était de 42 shillings, pour les jeunes garçons de 7, pour les jeunes filles de 5. En aucun pays du continent on n'est arrivé à des proportions aussi élevées. Un ménage avec trois enfants, en les supposant occupés, pourrait réunir 40 shillings ou 50 francs par semaine, c'est-à-dire 2,600 francs par an. C'est là, il est vrai, une limite qui n'est atteinte que par exception. Il faut ajouter que les dépenses correspondent à ces larges recettes. Les
MANCHESTER. - BUDGET DES OUVRIERS. Ml
logements sont chers et l'abondance règne snr les tables ; on aime à être bien vêtu, bien chauffé, bien abreuvé ; il y a en outre quelques taxes à payer; c'est la loi commune. M. Chadwick calcule que ce môme ménage qui réunit 40 shillings par semaine doit en appliquer 34 à ses besoins, c'est-à-dire 2,210 francs par an Ces évaluations sont d'ailleurs très-variables; elles diffèrent suivant les positions. Tel ménage sera chargé d'enfants en bas âge, tel autre aura des malades ou des infirmes. En revanche un jeune garçon point encore établi aura, avec ses 20 shillings par semaine, de quoi faire une large part ou à ses épargnes ou à ses plaisirs. Beaucoup de ces écarts qui affligent n'ont pas d'aut re source. Ce n'est pas impunément que l'on verse chaque année trois cents millions de salaires sur un espace resserré ; cet argent reçoit un bon ou un mauvais emploi; il est un appât pour les métiers qui spéculent sur les égarements de l'homme et mettent leur génie à les exciter. Une grande partie de ces sommes se dissipe chez les taverniers, dans les magasins de genièvre et les maisons suspectes. Cependant les caisses d'épargne en recueillent quelques débris, et en 1860, on y comptait pour trente millions de francs de dépôts, presque tous faits par des ouvriers. Je ne saurais dire quel est aujourd'hui le décompte à faire sur ce chiffre; il doit être considérable ; les salaires doivent aussi être bien amoindris, non dans leur taux, auquel il n'a pas été touché, mais dans le nombre des heures employées, ce qui n'est qu'une forme déguisée du rabais dans le prix du travail.
Les autres établissements du Royaume-Uni où l'industrie du coton domine sont des exemples affaiblis de ce que
1. Voirie tableau d'un ménage d'ouvriers aui pièces justificatives,