MULHOUSE. — INSTRUCTION PUBLIQUE
Sans doule la situation avait bien changé depuis trente ans. On avait remédié à plusieurs des maux que signalait le docteur Villcrmé dans sou remarquable ouvrage. Les ateliers avaient été agrandis, assainis, ventilés; les logements étaient meilleurs; la hausse croissante des salaires avait permis une nourriture plus substantielle.
On avait eu tort, d'ailleurs, d'accuser l'industrie de ces maux : elle ne les avait pas corrigés, il est vrai, mais elle ne les avait pas créés. En élevant ces ateliers, elle y avait reçu des populations misérables que la pauvreté, la faim, la maladie, l'ignorance lui amenaient de tous les points de l'horizon. Klle n'avait songé qu'à leur donner du pain et s'était tenue quitte du reste. Elle a compris plus tard qu'il y avait mieux a faire; elle l'a fait. Elle les a relevées à leurs propres yeux, elle les a civilisées pour ainsi dire, et ce sera son plus grand mérite d'avoir senti que l'ouvrier est avant tout un homme
La révolution de 18*8 ramena l'attention sur les questions sociales; on se mit à réfléchir et à étudier ces graves problèmes, mais sans grand résultat pratique.
La première exposition de Londres, en 18;il, fut l'occasion d'un grand mouvement en faveur de l'amélioration du sort des classes ouvrières. On parla de logements d'ouvriers, on examina les maisons modèles que le prince Albert avait fait construire; on songea à encourager l'épargne, à propager davantage l'instruction.
L'industrie alsacienne se mit à l'œuvre avec sa résolution et sa ténacité ordinaires. La Société industrielle de Mulhouse dirigea cet élan et centralisa les efforts isolés qui se faisaient de divers côtés. Quelques hommes généreux se mirent à la téte de ce mouvement, et bientôt l'on vit surgir l'une après l'autre des institutions dont les bienfaisants résultats se font sentir de plus en plus à mesure qu'une expérience plus prolongée leur donne une sanction plus décisive.
Cette sollicitude pour les ouvriers se manifesta notamment par les soins qu'on prit pour faire diminuer et prévenir les accidents de fabrique. A la suite de rapports qui lui furent présentés sur cette question importante, la Société industrielle proposa des médailles pour les établissements qui auraient le plus complètement appliqué à leurs machines les dispositions nécessaires pour éviter
Ut MULHOUSE. - PATRONAGE?.
les accidents. Quoiqu'une seule maison se soit présente au concours, ces mesures amenèrent néanmoins une grande amélioration. Les accidents ont notablement diminué, et îécemmenl encore une médaille fut décernée à M. Herland, inventeur d'un appareil monte-courroies qui permet de remonter sans péril une courroie sur une transmission en mouvement.
I n autre fléau plus grave encore et plus fréquent vient souvent s'abattre sur la classe ouvrière : c'est la maladie.
Les caisses de secours mutuels, qui sont en grand nombre (sept autorisées et une quinzaine non autorisées) et qui sont généralement administrées par les ouvriers eux-mêmes, ont apporté un grand remède, en tant que la maladie ne se prolonge pas trop longtemps.
L'hrtpital de la ville vient aussi efficacement au secours des malades. Mais l'institution qui a rendu les plus grands services est la création récente des patronages.
Patronages.
La ville de Mulhouse est divisée en plusieurs quartiers, dont rnacun a son patronage spécial, composé d'un comité de dames. Chacune de ces dernières se charge de patronner deux ou trois familles que. la maladie, le manque d'ouvrage ou toute autre cause ont mise dans une gène momentanée. Elle doit chercher
leur procurer des secours, des médicaments et surtout du travail; en un mot les mettre à même le plus tôt possible de se tirer d'affaire, car on veut éviler qu'une tutelle trop soigneuse ne dispense le pauvre de recourir avant tout à ses propres forces.
Le patronage n'a d'autre but que de le relever, de l'encourager, de lui donner des conseils dans un moment où ses propres efforts ne suffiraient pas.
Ce n'est que dans les années de disette ou de crise que la charité privée trouve de son devoir de venir en aide à l'ou\ricr d'une manière plus directe par la distribution, sur une grande échelle, d'aliments, de vêlements, etc.
A chaque patronage se trouvent attachés un médecin qui donne gratuitement des consultations dans un local loué à cet effet , et