MULHOUSE. - DIVERS ESSAIS
été démocratisé; c'est par milliers de pièces qu'il s'est imprimé, ■depuis qu'il s'est vendu à un prix abordable.
A-l-on enlevé cet article à Saint-Quentin?
Non. L'ne nouvelle consommation a été créée; Saint-Quentin continue comme par le passé à faire le piqué pour la vente en blanc de dessins variés, de grains différents, que lui demande l'acheteur, et ses prix ne se sont pas beaucoup modifiés sous la concurrence des métiers mécaniques de l'Alsace.
Môme chose est arrivée pour les mousselines de laine pure qui ont été de tout temps du domaine de la Picardie.
De 1844 à 1846, Broquette, par l'invention de laques brillantes, donnait à ce tissu une vogue inouïe ! Les premiers essais de l'Alsace se firent sur des tissus du Nord ; mais, soit à raison des prix, soit à raison des qualités, les imprimeurs du Haut-Rhin durent se faire eux-mêmes tisseurs de l'article, et un seul établissement, celui de Dornach, le poussa à un tel point de perfection, qu'il en écoula jusqu'à 1/200 pièces par mois. La fortune de Saint-Quentin n'en fut point ébranlée; ce ne fut qu'un nouveau débouché ouvert au tissage à bras, mieux surveillé et mieux exécuté.
Dans une autre circonstance, Mulhouse a essayé de lutter contre Tarare, mais avec moins de bonheur.
Il y a une dizaine d'années, le goût, tout entier aux tissus façonnés, semblait devoir se porter sur lu plumetis imprimé. Ce sont simplement des mousselines, des organdis, sur lesquels on broche en écru des petits pois ou des objets détachés à intervalles égaux. Tarare tissait des plumetis parfaits, mais très-chers. Il fit plus ordinaire, mais livra tardivement, irrégulièrement, chèrement encore. Les essais de l'Alsace, soit au tissage mécanique, soit au tissage à bras, échouèrent.
Qu'en résulta-l-il? Le plumetis fut délaissé faute de pouvoir être établi dans des conditions manufacturières. Si on eût réussi à l'établir, Tarare en eût-il souffert? Nullement. La force de Tarare est moins encore dans l'habileté sans égale de ses tisserands que dans la variété inouïe des besoins du consommateur, qu'elle sait si bien satisfaire. La manufacture, si elle tentait d'y pourvoir visà-vis d'un marché qui après tout est restreint, produirait, c'est à croire, plus chèrement que l'atelier isolé, car la première condition de son existence est l'étendue du marché.