‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 23 sur 193 · MULHOUSE. — ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS · texte numérisé non relu

MULHOUSE. — ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS

de la paille ou sur des grabats. Les cités ouvrières offrent un tout autre spectacle, et le cœur de notre savant confrère en serait réjoui comme d'un résultat auquel ses conseils auront concouru. Chaque ménage y a sa maison, son jardin qu'il embellit, parce qu'il les possède. Il y a bien encore quelques disparates, quelques exceptions; la tenue , n'est pas partout la môme; les habitudes ne se réforment pas en un jour; mais le régime domine ici les dispositions des hommes. Sa vertu est d'éliminer les mauvais éléments pour ne conserver que les bons; le contrat qui lie l'ouvrier est inconciliable avec le désordre; s'il s'oublie, il le brise; son droit s'éteint dès qu'il manque à ses engagements; son intérêt commande sa conduite, et, de tous les freins, il n'en est pas de plus sûr que ce frein volontaire.

Je ne pousserai pas plus loin le détail de çe qu'ont fait les chefs de la fabrique pour venir en aide aux agents qu'ils emploient; on peut dire en résumé qu'ils n'ont rien négligé, rien oublié, réfectoires pour leurs repas, chauffage gratuit et préparation de leurs aliments, prêt de manteaux contre les intempéries. C'est également sous leur patronage que s'est fondée une école professionnelle qui, sous des mains habiles, a formé d'excellents sujets, propres à l'exercice de tous les arts. Leur concours n'a pas été moins précieux dans les services hospitaliers qui embrassent toute la commune. Lorsqu'on 1798, les habitants de Mulhouse se réunirent à l'église en assemblée solennelle, et que, consultés par leurs magistrats, ils se décidèrent, les larmes dans les yeux, à renoncer à une existence autonome pour se donner à la France, la ville et le ressort ne comptaient pas plus de 6,000 âmes. Il se fit alors, entre les bourgeois, un partage du patrimoine municipal, vendu à l'encan, qui attribuait deux parts aux

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pères et aux mères, une part à chaque enfant et célibataire des deux sexes. Chaque part fut de 230 fr. La misère qui sévissait à la suite d'un long blocus de douanes, rendait nécessaire cette aliénation de la fortune publique. La situation des établissements hospitaliers, malgré quelques réserves à leur profit, en fut atteinte, et l'accroissement de la population qui, en un demi-siècle, s'éleva de 6,000 âmes à 40,000, porta un coup plus profond encore à l'équilibre des recettes avec les dépenses. Les dons privés, provenant presque tous de la fabrique, ont largement suppléé à cette insuffisance. Aucun appel ne l'a trouvée indifférente. Des maires qui sortaient de ses rangs ont à l'envi accru le nombre des fondations charitables en recueillant des souscriptions à la tête desquelles ils s'inscrivaient. Un nouvel hôpital a été bâti, des maisons d'orphelins ont été créées, les sociétés spéciales se sont multipliées. Les moyens de soulagement ont été tenus non-seulement au niveau, mais au-dessus des besoins : année moyenne, près de huit mille personnes ont été secourues. Quand la richesse se traduit par des bienfaits si attentifs, elle prend une signiOcation morale. H y a deux manières d'agir sur les hommes et de les pousser au bien : l'une consiste à rechercher par où ils sont vulnérables, quels oublis ils font de leurs devoirs, quels abus ils commettent quand ils ont charge d'âmes, quelle est la nature de leurs torts et quelles réparations on peut en attendre. Devant des griefs démontrés la censure est l'arme légitime; il y a lieu de les dénoncer à la puissance de la loi partout où elle s'applique, à l'influence de l'opinion pour ce qui se dérobe à l'empire de la loi. La seconde manière d'encourager le bien, c'est de le reconnaître et de le signaler quand il existe. Sur les cœurs élevés, celle-ci est la plus efficace. Les leçons portent quel-

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qucfois à faux et irritent plus qu'elles ne ramènent; un bon témoignage engage qui le reçoit; il excite les plus dignes à persévérer, les autres à se mettre au pas des plus dignes; il s'adresse à de nobles sentiments, c'est-à-dire à ceux sur lesquels on doit le plus compter dans des actes purement facultatifs.

Voilà quelle a été, à Mulhouse, l'action exercée d'en haut sur les ouvriers et ce qu'on a fait à leur intention. Il me reste à examiner ce qu'ils ont fait de leur propre gré et comment ils ont disposé d'eux-mêmes. Ce tableau offrira plus de contrastes et plus de difficultés. Dans la condition de cette classe, il me faudra dégager les deux responsabilités qui s'y confondent, celle de la destinée et celle de l'individu, distinguer ce qui doit être imputé à l'une et à l'autre, pour bien marquer la limite et rester juste envers les hommes méritants.

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