‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 37 sur 193 · MULHOUSE. - ÉTABLISSEMENTS DE LA MONTAGN · texte numérisé non relu

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rieur dans le cœur des montagnes. Là l'ouvrier est généralement propriétaire d'un petit champ ; très-souvent sa chaumière lui appartient. Il a plus de ressources et moins de charges ; il peut consentir à des prix qui seraient inacceptables pour l'ouvrier urbain. C'est ainsi que le tissage à la main a pu persister dans quelques vallées et môme dans le pays plat, malgré la concurrence écrasante* que lui faisaient les métiers mécaniques. Il y a dans les Vosges des tisserands à bras qui se contentent de 50 à GO c. par jour. C'est la rétribution courante pour les tissus communs, et elle ne s'élève que pour les tissus plus fins ou pour les tissus en fils de couleur, comme dans les environs de la petite ville de Saintc-Marie-aux-Mines. Rien n'est plus digne d'intérêt que cette localité; son industrie tranche sur celle du reste de l'Alsace. Par la variété des dessins et le mélange des matières, elle crée et renouvelle des étoffes de fantaisie qui ont une réputation bien établie sur tous les marchés; elle y balance Roubaix souvent avec avantage. Le tissage à la main s'y maintiendra par la meilleure des défenses, la supériorité d'exécution combinée avec une modération relative dans la main-d'œuvre. . Non pas que sur ce dernier point il n'y ait progrès : les prix que constatait, en 1 830, M. Villermé, sont de beaucoup dépassés. Un bon tisseur gagne aujourd'hui 2 fr. et 2 fr. 25 c, au lieu de 1 fr. 50; la moyenne pour les ouvriers formés est de \ fr. 75 c. Une aisance plus grande a répondu à ce surcroît de paye sans que la famille ait eu à en souffrir; l'équilibre a été rétabli par des perfectionnements nouveaux, plus de délicatesse, plus de grâce dans le produit. L'industrie dans ce coin des Vosges se relève par un certain génie et une entente parfaite des procédés de fabrication. Un fait curieux à signaler, c'est que la

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petite ville centre de ce mouvement renferme une population mixte dont un cours d'eau sépare les cultes : l'une des rives est habitée par les catholiques, l'autre par les protestants. Cette singularité religieuse n'est pas la seule que présente cette chaîne de montagnes, plus négligées que les Alpes et dont les beautés, quoique moins sévères, ont un charme incomparable. Dans ses profondeurs et sur des sommets à peine frayés existent des colonies de Vaudois qui, au seizième siècle, y avaient cherché un abri contre les persécutions et qui s'y sont maintenues depuis lors dans un séquestre à peu près absolu, avec des lois, des mœurs, des rites qui semblent empruntés aux civilisations patriarcales.

Les grands établissements placés soit aux débouchés, soit au cœur môme de ces pays pastoraux, ont trouvé dans ces populations dociles et laborieuses un réservoir de bons ouvriers. On peut dire que pour les salaires, au début surtout, les entrepreneurs faisaient la loi. Disséminés de distance en distance, à Turckheim, à Munster, à Guebwillcr, à Wesserling, à Plainfaing, à Giromagny, à Massevaux, les grands ateliers avaient pour ainsi dire leur rayon réservé, et à cause de leur éloignement, ne pouvaient établir entre eux de concurrence sérieuse pour le prix des services. Il en était du mouvement des ouvriers comme il en est de celui des eaux, dont les pentes déterminent la direction. De là une différence sensible entre le salaire des plaines et le salaire des montagnes. Cette différence, il est vrai, décroît chaque jour; mais en l'évaluant à 20 p. 100 on est plutôt en deçà qu'au delà des réalités. À Saulxures, en pleines Vosges, les salaires des fileurs mécaniques sont de 2 fr. 50 c, ceux des tisserands de i fr. 80 c, contre 3 fr. 50 c. et 2 fr. 25 c, qui sont les

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prix de Mulhouse. Pour cette dernière ville, la balance se rétablit par d'autres avantages. Il ne faut pas croire d'ailleurs que les ouvriers des montagnes soient moins heureux pour être moins payés. L'argent dans leur main a une valeur plus grande que dans celles de leurs camarades des villes; non-seulement il a moins d'occasions de s'en échapper, mais le prix des denrées en ménage mieux l'emploi. On peut vivre dans la montagne avec 30 et 35 c. par jour ; dans les villes il y faut mettre 65 et 70 pour obtenir l'équivalent. En résumé, ces établissements, en tirant parti de leur position, profitaient en même temps à la contrée ; ils ont concouru au bien commun ^n travaillant à leur propre bien. Ils ont été en outre et à leur grand honneur gouvernés de la manière la plus humaine. Nulle part les caisses d'épargne et de secours mutuels n'ont eu plus de succès qu'à Wesserling ; les premières cités d'ouvriers ont été fondées à Guebwiller ; les institutions ingénieuses et généreuses abondent à Giromagny ; on les retrouve à Munster, au Logelbach, à Masse vaux, à Plainfaing. Partout on a multiplié les efforts et les sacrifices pour que l'ouvrier, sous le régime du travail collectif, devînt plus heureux, plus prévoyant, plus instruit, plus moral. L'émulation qui, dans le cercle des affaires, ne se porte ordinairement que sur le produit, ici s'est également portée sur les hommes. Chacun a tenu à ce que parmi ses ressortissants il y eût le moins de misère et le plus de bien-être possible. On s'est copié à l'envi pour des œuvres de bienfaisance, qui n'attribuaient à personne le droit d'invention et étaient pour tous ouvertes aux perfectionnements. Ces habitudes de tutelle éclairée ont donc désormais des racines parmi nous, et l'Alsace, après en avoir donné l'exemple, en maintient et en étend l'in-

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