‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 47 sur 193 · UO TARARE. - OUVRIERS · texte numérisé non relu

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Entre les ouvriers de la campagne et ceux de la ville il existe des différences qui tiennent moins à l'origine qu'à la résidence. La ville, toute récente qu'elle est, n'a pu se préserver des occasions de pervertissement inséparables d'une agglomération d'hommes. Les cabarets, les cafés s'y sont multipliés et ne manquent pas de clients qui y portent leurs épargnes. Le piège était d'autant plus dangereux que l'atelier est plus disséminé et moins assujetti à une discipline. Aussi ne peut-on compter sur les services de l'ouvrier que lorsque sa bourse est vide et que le* besoin se fait sentir. En outre, venus des champs, ces hommes ont lecorcc rude, et quand ils tournent mal, c'est vers les plaisirs les plus grossiers qu'ils inclinent. Le voisinage de Lyon y influe .beaucoup; c'est de là que viennent les mauvais conseils. Aucune fermentation de la grande ville n'est restée sans écho à Tarare; on copiait au pied de la montagne, dans un cadre réduit, ce qui se faisait sur une autre échelle au confluent du Rhône. Les coalitions, les menaces, les voies de fait y ont eu leur moment. Si aujourd'hui ces agitations sont éteintes, elles ont laissé une trace dans la disposition des esprits. Pour les amender la ville a fait quelques sacriûces; des écoles ont été fondées et encouragées par des subventions municipales; deux salles d'asile ont été créées, l'une d'elles avec les deniers et aux frais d'un fabricant de peluches, M. Jean- Baptiste Martin. Une école de dessin appliquée à l'industrie a complété ces institutions. On a eu en vue d'assurer à la génération qui arrive plus de culture intellectuelle et morale. Le fond de la race est bon; plus instruite, elle reviendra d'un égarement passager. L'honnêteté y. domine, et dans ses écarts mêmes elle se nuit plutôt qu'elle ne nuit à autrui. Quelque répandu que soit le goût des

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tavernes, l'ivrognerie est rare; c'est moins le vin que la compagnie qu'on y va chercher. L'ouvrier se sent trop seul chez lui et il y voit de trop près sa misère , il fuit la maison pour échapper à ce spectacle et à cet isolement; il cherche à s'étourdir au risque de se perdre. Puis l'exemple l'entraîne, il va où vont ses amis, ses compagnons; il ne veut faire ni plus ni moins que les autres; une fausse honte combat et domine ses bons sentiments. Triste fatalité de la condition humaine! A mesure que l'on en descend les degrés, la règle des devoirs devient plus rude et leur pratique est entourée de plus de privations. Plus on y songe, plus on est porté à l'indulgence pour les classes qui vivent péniblement de leurs mains. Non pas qu'il y ait lieu de ménager le blâme à ces ouvriers qui n'ont pas la force de s'abstenir; mais il faut se souvenir en m« x me temps de ce qu'il en coûte pour avoir cette force dans toutes les positions et dans toutes les circonstances de la vie.

L'un des motifs du succès de la fabrique de Tarare était, à l'origine, le prix modéré des salaires ; cette modération s'est maintenue, du moins d'une manière relative. Dans la ville seulement, où la vie est plus chère et où le travail demande plus de soin , l'augmentation a été sensible. Pour la mousseline unie les tisserands reçoivent de 1 fr. 60 c. à 1 fr. 75 c. par jour; pour les mousselines façonnées, 2 fr. 25 à 2 fr. 50 c. ; dans la broderie les femmes gagnent de 75 c. à 1 fr. ; celles qui vérifient et finissent les pièces i fr. 50 c. Un travail plein de trois cents jours rapporterait donc, suivant les cas, aux hommes entre 480 et 675 fr., aux femmes entre 225 et 450 fr. Mais ici comme ailleurs ce travail plein n'est qu'une exception. L'emploi des bras est subordonné à l'activité de la la-

brique. On en manque si les commandes abondent, et on en a de trop quand elles s'arrêtent. Le sort de l'ouvrier est à la merci des fluctuations du marché. En abaissant d'un quart les sommes qui précèdent, on a tout au plus l'équivalent de ces chômages forcés. L'homme reste donc avec 4 ou 500 fr. de recette nette, la femme avec 2 ou 300 fr. Il faut, avec cette ressource, se nourrir, se loger, se vêtir quand on est seul, et pourvoir aux besoins de la famille quand on est marié. Autrefois l'ouvrier l'aurait pu facilement, et, en réglant bien sa dépense, se ménager une petite réserve. Les vivres étaient à bas prix, les loyers presque insignifiants. Aujourd'hui il n'en est plus ainsi. Mieux peuplé, plus riche, Tarare a subi les inconvénients attachés à la population et à la richesse; tout y a renchéri. La même somme qui assurait, au début du siècle, une certaine aisance, n'est plus que l'équivalent des premiers besoins. Aussi les caisses d'épargne ont-elles peu de clients • parmi les ouvriers; tout au plus peut-on obtenir d'eux qu'ils se dessaisissent d'un faible appoint en faveur des sociétés de secours mutuels qui, bien administrées, se soutiennent et prospèrent au moyen des dons des membres honoraires. Une fois de plus j'ai pu vérifier ici que l'existence de ces institutions dépend du maintien et de l'étendue de ces libéralités. L'une de ces caisses, dont j'ai les états sous les yeux, se serait soldée, en 1857, par 405 fr. 45 c. de déficit si les dons particuliers ne lui étaient venus en aide. Ainsi assistée, elle a pu au contraire augmenter ses réserves au point d'avoir en dépôt 3,4 13 fr. 70 c. à la caisse d'épargne, et 7,430 fr. 70 c. à la caisse . des retraites. Aucune forme de secours n'est plus judicieuse. Mieux vaut agir ainsi que de rétablir l'équilibre entre la recette et la dépense par une cotisation plus forte

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