NORD DE LA FRANCE. — APTITUDE PROFESSIONNELLE
aurait peu de fierté dans cet aveu ; mais cela n'est pas, la conscience publique l'atteste. De semblables exagérations tombent d'elles-mêmes ; pour en avoir raison, il suffit de les signaler. Cependant il y a là une nature d'arguments qu'au fond il est utile d'examiner. Nul doute qu'entre un peuple qui a une pratique acquise et un autre peuple qui a une pratique à acquérir, des différences notables n'existent dans la manière dont un travail s'exécute. C'est une éducation à faire, et jusqu'à ce qu'elle soit achevée un écart se maintient, il diminue avec le temps et doit cesser quand l'instruction est complète. Ici pourtant se présente une autre question. Il y a entre les races des variétés d'aptitudes qui les placent les unes à l'égard des autres à l'état d'infériorité ou de supériorité permanentes et qui, quelque effort que l'on fasse, laisseront toujours une distance entre les plus favorisées et celles qui le sont moins. La nature n'a pas départi ses dons ici-bas d'une manière égale ; tel peuple excelle dans la guerre, tel autre dans les arts ; aucun n'arrive en toute chose au premier rang. Serait-il donc vrai qu'en ce qui concerne l'industrie, il faut nous contenter du second, et que prétendre au delà serait excéder les bornes d'une ambition raisonnable? Serions-nous sur ce point frappés d'une incapacité originelle qui nous permet de végéter plutôt que de vivre, qui tient au tempérament plus qu'au régime et dont aucun efTort sur nousmêmes ne nous laisse de chance de nous relever? On le dit, on le répète, et avec une insistance telle, un tel concert dans les opinions, qu'un certain courage est nécessaire pour dominer le bruit et raisonner de sang-froid.
Il y a d'abord une demande à se faire. Est-il constant que, dans ce que les industries ont de plus délicat, nos ouvriers aient montré une habileté de main, une intelli-