CHAPITRE X
Nous arrivons au troisième et dernier groupe adonné en France à la fabrication du coton. Ce groupe a de l'importance et prétend à une grande ancienneté. Il semble en effetadmis, parmi les érudits de la région, quecette branche de l'industrie normande remonte aux années io33 ou 4534. A ces dates se rattachent du moins des documents précis. Pendant que l'ordonnance de 1508, rendue par Louis XJI, ne comprend que la laine, le fil et la soie dans la nomenclature des matières textiles sujettes à la taxe, des lettres-patentes, délivrées en 1524, au nom de François I er , à la communauté des passementiers de Rouen, font mention du coton comme d'un lainage d'introduction récente et qui entrait pour une part dans la confection de , futaines frangées et velues, dont le débit était surtout pour les pays étrangers. Ces lettres patentes ajoutent en termes exprès que cette sorte d'étoffe constituait alors une nouveauté et que les passementiers de Rouen en étaient les inventeurs, ce qui justifiait le privilège concédé à leur profit.
Qu'étaient ces futaines frangées et velues, faites de fil et
de colon? A quel usage servaient-elles? Rien ne le constate; mais sur l'autorité des faits généraux, on peut affirmer que le coton, dans la première moitié du xvi* siècle, ne pouvait être, pour nos contrées de l'Ouest, qu'une consommation de fantaisie. Les grands emplois de cette matière n'étaient pas encore fixés, et le courant de l'approvisionnement n'avait pas pris la direction que les cultures américaines devaient plus tard lui imprimer. Le peu de coton que recevait alors l'Europe lui était fourni par les Indes orientales, l'Asie Mineure et les îles de l'Archipel grec ; la meilleure part aboutissait aux ports de l'Italie où cette industrie était florissante; le reste arrivait dans nos ports de Provence pour se répandre de là dans l'intérieur du royaume. Il dut en résulter et il en résulta que l'ouvraison s'établit d'abord dans le rayon du lieu où la marchandise était portée et que son premier siège fut le midi de la France. Pour qu'elle gagnât vers le nord, il fallut deux circonstances : la première, c'est que l'usage des tissus de coton devint plus général ; la seconde, c'est que la convenance de la main-d'œuvre couvrit le surcroît de charges qu'occasionnait un transport à dé plus longues distances. Des siècles devaient s'écouler avant que ce déplacement d'activité devînt sensible.
Il n'y a donc lieu de voir dans ce document, à la date de 1 534, qu'une simple mention sans effet sérieux et plutôt du domaine de l'érudition que du ressort de l'économie in- B dustrielle. La preuve en est dans le silence qui remplit la période suivante. S'il y est encore question de coton, c'est vaguement et toujours pour des mélanges. En 1552, les deux communautés des toiliers et des passementiers, qui continuaient à être confondues, ne comptent que 80 maîtres occupant 240 métiers, lesquels pouvaient produire