NORMANDIE. - ÉTAT SOUS L'EMPIRE
courant d'eau ou par une pompe à feu, servent à décarder, à filer, à tisser, à apprêter, à blanchir, et lesjennt/S', petits instruments par lesquels une femme peut filer jusqu'à quatre-vingts fils, remplacent les rouets dans les villages. Les moyens de conserver aux fabriques de cette généralité la concurrc *: a qu' leur échappe sont do: c : 1° de s'occuper de la recherche et de l'exploitation des mines de charbon de terre, dont l'existence est indiquée en plusieurs endroits de la province ; 2° de diminuer les frais de la main-d'œuvre sur le coton en adoptant l'usage de ces machines qui donnent à l'industrie de nos rivaux un ascendant si ruineux pour la nôtre. Non-seulement il en existe un modèle dans la collection que le gouvernement a formée à Paris, mais nous en possédons déjà une exécutée en grand, près de Louviers, par le zèle et le courage de plusieurs négociants. »
Ne dirait-on pas que cette page a été écrite d'hier? A peine serait-il besoin de changer quelques chiffres et quelques mots pour qu'elle pût s'appliquer à la situation présente. En ramenant la tonne de charbon entre 28 et 30 fr. pour Rouen et 7 à 8 shillings pour Manchester; en remplaçant les jennys par les renvideurs, on retrouverait en 1862 les mêmes difficultés qui étaient signalées en 1787, et il n'y aurait rien de mieux à faire qu'à y opposer les mêmes remèdes et les mêmes conseils. •
Malgré ces périodes d'épreuves, l'industrie du coton n'en avait pas moins marché, et on évaluait à 50 millions de francs la production annuelle au moment où la révolution éclata. On devine quelles furent les conséquences de cet événement. Toutes les sources du travail s'en ressentirent; à peine resta-t-il une place pour les fabrications élémentaires; le vide se fit dans toutes celles où, à un degré
NORMANDIE. — ÉTAT SOUS L'EMPIRE. i65
quelconque, le luxe entrait comme élément. Aussi les documents manquent-ils sur l'ère républicaine, et môme sur l'empire ils n'abondent pas. Il n'y eut guère alors que des lueurs artificielles suivies de déclins. Comment en eût-il été autrement? La fortune des industries tient surtout à l'abondance et au bas prix des matières qu'elles emploient. Or, avec des mers fermées, les matières ne pouvaient être que rares et chères. Le coton Fernambouc qui, en (806, se vendait à raison de 3 fr. 50 c. le kilogramme, taux déjà excessif, s'éleva en 1807 et 1808 à 4, 6, 8 et jusqu'à 12 fr. Cette hausse réduisit des deux tiers la fabrication qui commençait à renaître et fit descendre à 60,000 pièces par an le travail des métiers, qui avait atteint un instant 180,000 pièces. 11 n'y eut de reprise sérieuse qu'en 1816 et à la seconde paix. Ce fut l'âge d'or de la rouennerie; beaucoup de .grandes fortunes datent de ce temps. Pour gagner il suffisait de produire ; le débouché sollicitait le travail ; à peine pouvait-on satisfaire aux demandes; on cite des maisons qui, dans leur inventaire d'une année, trouvèrent en bénéfice cinq fois le montant de leur capital. Le succès arrivé à ce point cause toujours des vertiges ; c'est ce qui eut lieu. On abusa de la chance au lieu de la ménager ; on engagea comme enjeu l'honneur môme de la ' fabrique. Jusque-là, en effet, Rouen avait apporté un soin extrême dans la préparation de ses teintures ; ses étoffes se distinguaient par ce que l'on nomme le grand teint, c'est-à-dire des couleurs solides et résistantes. Pour aller plus vite et s'en tirer à moins de frais, on se départit de ces tradit ons tutélaires; on lésina sur les substances colorantes, on eut recours à des procédés expéditifs. De là des étoffes où tout est donné à l'apparence et qu'on désigne dans le commerce sous le nom de petit teint. Elles raar-