NORMANDIE. — HALLE DE ROUEN. 2G
rétribution du travail déroge à ses conditions ordinaires. Ce tissage des campagnes, qui ne rend que 90 centimes par jour, ce sont des hommes qui s'y livrent; le tissage mécanique est abandonné aux femmes et aux jeunes filles, qui y trouvent des journées de i fr. 25 c. à 2 fr. 50 c. par jour. On peut dire qu'à tous les points de vue la révolution est complète. •
Pour la valeur d'ensemble de toutes les rouenneries, les calculs ne peuvent rien avoir de bien rigoureux. L'un des fabricants, qui s'est occupé de cette recherche, estime à i ,350,000 le nombre des pièces qui sortent chaque année des métiers et à 85 millions leur valeur vénale. Un autre fabricant, partant d'une base différente, commence par établir que la production moyenne d'un ouvrier est d'une chaîne par mois, ce qui donne pour l'année un total de 109 millions de mètres. C'est à la halle de Rouen que l'on peut prendre une idée de la manière dont ces quantités s'écoulent. Ses immenses salles suffisent à peine pour recevoir ce qu'y envoient le pays de Caux et la contrée de Neubourg. Plus de250,000 pièces d'étoffes y passent dans le courant de l'année, quand le travail a son plein essor. Deux fois par semaine acheteurs et vendeurs s'y trouvent en présence. La marchandise est empilée sur les tables et soumise à la vérification du chaland. Des propositions s'échangent, les intermédiaires s'en mêlent, et quand une affaire est conclue, ils l'inscrivent sur leurs carnets. Il règne dans tout cela un mouvement, une chaleur qui gagne les plus indifférents ; des montagnes d'étoffes sont converties en argent dans le cours de quelques heures. Encore n'est-ce là qu'une partie des opérations auxquelles le- tissus donnent lieu et assurément la plus petite. Au dehors chaque comptoir de fabricant est une succursale de