‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 84 sur 193 · M. Pouyer-Quertier, enquête de · texte numérisé non relu

M. Pouyer-Quertier, enquête de

converties en mares d'où s'exhalent des odeurs pestilentielles. L'accès deceslogem.nts, entassés sur une hauteur de plusieurs étages, consiste en un escalier en spirale sans garde-fou, sans ouverture, siège d'une humidité et de ténèbres constantes. Sur chaque . carré s'ouvrent deux ou trois portes mal jointes, mal fermées, conduisant à des chambres où le dénûment et l'incurie se montrent dans leurs plus mauvaises conditions. Point d'autre mobilier que quelques ustensiles de cuisine, un ou deux pots de bois ou de grès, et une litière effondrée, sans draps et quelquefois sans couverture. Les enfants les plus jeunes couchent sur des sacs de cendres, le reste de la famille se partage cette litière, qui n'est prsque jamais renouvelée. Encore est-ce là un luxe aux yeux des ouvriers qui n'ont pour se reposer que le plancher de leur chambre ou l'aire humide d'une cave : « Je ne suis pas riche, moi, disait une vieille femme aux personnes qui venaient la visiter; mais j'ai ma botte de 'paille, Dieu merci! »

Il y a pourtant des exceptions à ces misères. Dans quelques faubourgs de Rouen, j'ai vu des habitations d'ouvriers , qui ont meilleure apparence. En général elles sont occupées par des tisserands propriétaires de leurs métiers. C'est dans la cave que l'instrument se monte ; le rez-dechaussée contient les lits, et, par une porte de derrière, aboutit à un morceau de terre où poussent quelques légumes. Mais à ce surcroît d'aisance correspond un luyer plus élevé. Le prix des logements où les ouvriers sont comme parqués descend de 2 fr. à 2 fr. 50 c. par mois et par tète, et, si petite que soit cette redevance, elle est encore frappée de non-valeurs. Il faut toute la diligence des propriétaires ou de leurs agents pour assurer les rentrées, et elles soufïriraien. plus encore sans la menace

perpétuelle d'un déguerpissement. Tel n'est pas le cas vis-à-vis des tisserands urbains travaillant sur leurs propres métiers ; ils peuvent supporter des loyers plus forts, et ils les payent d'une manière plus exacte. Leur outillage est leur caution ; ils ont d'ailleurs, par la nature même de leurs occupations, des habitudes plus sédentaires et, par suite, de meilleures mœurs. Les loyers se mettent alors de niveau avec le produit des salaires, 80, 100 et jusqu'à 150 fr. par ménage, suivant l'habileté de la main et la qualité de l'article fabriqué. Plus cet article se raffine, soit comme dessin, soit comme couleur, plus il* rend à l'ouvrier en façons, et plus il le met à même de donner à son intérieur cet air d'ordre qui est presque toujours le signe d'une conduite régulière.

Au prix où sont les salaires , ces bons exemples devraient être plus communs. Pendant les cinq dernières, années le prix de la main-d'œuvre n'a cessé de monter; les circonstances qui en arrêtent aujourd'hui l'essor sont communes à toute l'Europe. Pour ne citer que les chefs de fonctions, un bon fileur en était arrivé à Rouen et dans les vallées à gagner 4 et 4 fr. 50c. par jour; un bon imprimeur 4 et 5 fr. ; le tissage donnait aux femmes et aux jeunes filles entre 1 fr. 65 c. et 2 fr. 75 c. par jour. C'était donc pour les fileurs de 1,200 à 1,350 fr. ; pour les imprimeurs de 1,200 à 1,500 fr., et pour les ouvrières du tissage entre 500 et 725 fr. par an. De nos régions livrées au travail du coton, la Normandie était donc celle qui payait le plus largement les bras de l'homme; l'Alsace se tenait à 15 p. 100 plus bas, la Flandre française à 10 p. 100. Nulle part en France les salaires ne se rapprochaient davantage des salaires anglais que dans les ateliers communs de Rouen et de ses vallées. Le prix des subsistances et des

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