S74 NORMANDIE. - ATTRIBUTIONS SPÉCIALES
consommations de première nécessité prélevait-il une part considérable sur cet excédant de ressources? Nullement. A peu de chose près, ce prix est le môme pour nos trois régions. De tableaux recueillis avec soin et qui accompagneront ce rapport, il résulte que la dépense est pour une ouvrière, entre 15 et 18 ans, de 230 fr., et entre 19 et 45 ans, de 233 fr.; pour un ouvrier de 19 à 50 ans, de 525 fr. par an. Il n'y a dans tout cela point de concession faite au superflu; ce n'est que le strict nécessaire; mais si l'on rapproche ces chiffres de ceux que les salaires ont fourni, on s'assurera" que la marge est grande et qu'elle laisse à l'épargne la faculté de s'exercer. J'ajoute à regret que ce n'est pas cette destination que prennent habituellement les sommes disponibles. Dans le dépouillement des professions qui se fait aux caisses d'épargne, l'ouvrier, qui est le premier en nombre dans le rapport avec la population, n'arrive que le cinquième ou le sixième quant à l'importance des dépôts. Les mœurs, pour trancher le mot, ne sont pas bonnes, et l'argent qui reste libre après la satisfaction des premiers besoins se dissipe dans des plaisirs grossiers ou dans ces distractions raffinées des grandes villes, qui sont autant de pièges pour la sagesse de l'ouvrier et dont il se montre de plus en plus avide.
Entre la Normandie et l'Alsace un parallèle est tout indiqué; le sujet abonde en analogies et en contrastes. L'analogie est dans l'exercice de la môme industrie et dans une habileté de main commune aux artisans des deux provinces. Les contrastes sont dans le caractère des populations, dans l'esprit do conduite, dans les méthodes d'exploitation. C'est bien toujours le môme coton qui s'allonge sur les broches, s'ourdit dans le jeu des navettes et reçoit l'empreinte d'un dessin sous des rouleaux chargés de cou-