‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 87 sur 193 · LA SUISSE · texte numérisé non relu

LA SUISSE

Quand on parle de l'industrie suisse, il convient d'abord d'en bien fixer le domaine. Des vingt-deux cantons dont la confédération se compose, cinq ou six seulement renferment les types de grandes exploitations ; pour le coton ce sont ceux de Zurich, Saint-Gall, Appenzel, Thurgovie, Argovie et, dans un rang plus secondaire, Glaris. C'est dans le Nord-Est que ce travail se concentre et sur une population d'environ sept cent mille Ames qu'il se répartit. Sur cet espace et avec les bras qui s'y sont formés, douze millions de kilogrammes de matière sont chaque année filés, tissés et imprimés; il en sort onze millions de kilogrammes de tissus dont le tiers s'applique à la consommation locale, et dont les deux autres tiers s'écoulent sur les marchés du dehors jusqu'à la concurrence d'une valeur de quatre-vingts millions de francs. Ce contingent dans le débouché extérieur est le signe d'une constitution vigoureuse; l'Angleterre seule présente une proportion plus forte. De toutes les rivalités qu'a rencontrées sur son chemin cette grande puissance industrielle, aucune n'a été plus sérieuse, plus per-

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sistanle que celle de la confédération helvétique, et lorsqu'on voit sur un point du continent de tels effets se produire avec des moyens si restreints, on est forcément amené à en rechercher les causes.

Ce n'est certes pas, chacun le sait, à l'abri de ses tarifs de douane que la Suisse a pu créer, maintenir, agrandir cette situation qui lui est particulière. Longtemps ses frontières restèrent entièrement ouvertes aux provenances du dehors, et les droits fédéraux, récemment établis, ne sont qu'une charge insignifiante, sans aucun caractère de protection. Ce droit est, pour les cotons filés et tissés, de 2fr. par 50 kilogrammes, simple droit de balance n'ayant pas d'influence sensible sur les prix. Ce n'est pas non plus à son assiette que la Suisse est redevable du développement que le travail industriel a pris dans ses cantons du Nord. Aucun État de l'Europe n'est plus strictement enclavé, ni moins accessible; pour les achats comme pour les ventes l'activité des habitants rencontre l'obstacle des distances; ' c'est à deux cents lieues que la fabrique s'approvisionne, à des milliers de lieues qu'elle se fraye des débouchés. Rien n'est à sa portée ; l'aliment et les fruits de son travail restent à la merci d'intermédiaires ; elle a tout contre elle, les transports onéreux, les délais et les avaries, les formalités ombrageuses d'un transit. Quand on réfléchit à ces embarras et à ces préjudices, on s étonne qu'une industrie aussi entravée ait encore le goût et la faculté de se mouvoir et n'ait pas senti son courage fléchir devant ces difficultés conjurées. Elle a vécu pourtant, quoiqu'elle n'eût pas de raison pour naître. Son propre marché était très-restreint, les marchés voisins lui étaient rigoureusement interdits; elle ne pouvait que glaner au loin. Par quel secret, par quelle grâce d'état est-elle encore debout et affermie?

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Plusieurs causes y ont concouru, une surtout, la volonté; elle a duré parce quelle l'a fortement voulu. En étudiant son terrain elle a reconnu qu'à côté des désavantages qui y sont inhérents il existait quelques compensations. C'est dans ces compensations qu'elle a pris sa revanche contre les conditions défectueuses de son assiette.

Le principal ressort de l'activité suisse est dans les institutions qui régissent le pays; pour la bien juger il faut remonter à cette source. Nulle part la commune ne s'administre plus librement et ne relève plus directement d'elle-même. Tout se passe en famille, entre bourgeois, comme ils se nomment, égaux en droits, et dans une certaine mesure responsables les uns vis-à-vis des autres. L'action du canton sur la commune, celle delà confédération sur le canton, se réduisent aux attributions qui par leur nature doivent être déléguées et échappent à la main communale. La commune n'abandonne que ce qu'elle ne pourrait retenir sans dommage pour le bon ordre du canton et la sûreté de l'Etat. C'est la commune qui s'impose et répartit son impôt, fait sa police et secourt ses indigents. Cette organisation exclut les rouages inutiles, les tutelles gênantes et les charges qui en résultent. Aussi sur aucun point de l'Europe n'y a-t-il plus d'allégement dans les sacrifices qu'exigent les services publics; leur quotité, qui ailleurs dépasse 50 fr. par tête, descend ici jusqu'à 4 et 5 fr. pour les petits cantons et n'excède guère 10 à 15 fr. pour ceux qui, avec plus de fortune, ont plus de besoins. Qu'on y ajoute une vie simple, de bonnes mœurs, des habitudes régulières, et l'on aura une idée de l'énergie que l'épargne peut tirer de toutes ces conditions réunies. Ce régime a un autre effet non moins précieux, qui est de ne pas forcer , les prix des objets de consommation par les combinaisons

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