SUISSE. — ÉCONOMIE DES INDUSTRIES
d'une fiscalité ingénieuse. L'art de saisir et de taxer les produits partout où ils se montrent à découvert est encore peu avancé en Suisse. L'État n'y a pas non plus l'œil constamment dirigé vers les fortunes particulières pour savoir quelle rançon il pourra leur infliger et par quel côté elles se prêteront à une exaction plus savante. Tous ces calculs, tous ces raffinements sont étrangers à ces régions pastorales. On y jouit assez paisiblement de ce qu'on a et l'on y paye les choses à peu près ce qu'elles valent.
Dans un pays qui se gouverne ainsi, il est évident que le travail manuel s'exerce à d'autres conditions que dans ceux où les prélèvements sur les facultés des citoyens se multiplient sous toutes les formes. Là où les besoins sont satisfaits à moins de frais, le salaire peut être réduit sans que le bien-être de l'ouvrier en soit afFecté. Tel a été pour l'industrie suisse le principal fondement de son succès ; tous les inconvénients de sa position ont été balancés par la modération des prix de la main-d'œuvre. Cette modération n'exclut pas une certaine aisance; à parcourir ces campagnes on s'en assure promptement. Dans la physionomie des hommes, dans l'aspect des lieux, dans l'état des cultures on reconnaît un territoire qui ne le cède en rien aux plus favorisés, une race qui tire des ressources de la nature tout ce qu'on en peut tirer et sait la dompter quand elle est rebelle. Point de mendicité avouée ou honteuse; la coutume et la loi en éloignent le spectacle. Les misères sont secourues sur le fonds commun, dans des formes et avec des ménagements qui ne blessent pas la dignité de l'assisté. A ces rapports, à ces actes se mêlent un respect pour les caractères, des égards pour les personnes qui des classes aisées s'étendent aux plus humbles membres de la communauté et en sont le lien le plus puissant.