SUISSE. — HISTOIRE DE LA BRODERIE
soit d'usage commun et s'adresse à toutes les classes. Les étoffes les plus simples sont ces mousselines lamées d'or ou d'argent dont l'Inde a gardé la tradition, et qui à l'origine ne servaient qu'aux bayadères des temples. L'industrie se concentre dans quelques destinations d'apparat. On la retrouve telle au moyen âge, où elle ne franchit pas l'enceinte des églises. Il est vrai qu'elle y déploie une richesse et un éclat incomparables. Tous les arts de l'Asie avaient trouvé dans Byzance, quand elle fut fondée, une voie naturelle pour pénétrer en Europe et un champ d'essai pour un goût tempéré par le mélange des races. Les objets du culte ne tardèrent pas à se ressentir du voisinage de l'Orient; à la simplicité des premiers âges chrétiens succéda une certaine magnificence ; il n'e*st pas jusqu'aux formes qui ne participassent de ces emprunts. En vain l'église latine, qu'animait une croyance plus austère, résistait-elle encore ; un jour vint où elle céda et dépassa le luxe de l'église grecque après s'en être longtemps défendue. Si l'on veut savoir ce que devient la broderie entré le ix e et le xvi" siècle , c'est dans les églises qu'il faut en chercher les plus beaux échantillons. Tout ce que la main de l'homme peut créer de plus somptueux était étendu sur les autels ou renfermé dans les vestiaires. Dans nos jours de tourmente, beaucoup de ces monuments de patience et d'art ont disparu; ce qu'il en reste d'intact donne une idée de ce qu'ils devaient être. Ainsi l'on cite une chasuble conservée à Saint-Rambert sur Loire, et une nappebrodée en orque possède l'église deSaint-Étienne,àLyon, toutes deux remontant à l'époque carlovingienne et se distinguant par la délicatesse du travail ; mais de ces legs du passé le plus précieux est une dalmatique du xn* siècle que l'on montre à Saint-Pierre de Rome et qui est évidemment
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sortie des mains d'ouvriers byzantins. Rien de plus magnifique que cette pièce, qui représente la glorification du Christ. Elle se compose de quatre sujets principaux et do soixante figures brodées en or et en soie, sur un fond de soie bleue orné de rinceaux d'or. La bibliothèque impériale en a un dessin colorié. Il est impossible de pousser pins loin la vigueur du relief et l'harmonie des tons : ce sont de vrais tableaux sur lesquels semble avoir passé un souffle religieux.
Jusque-là nous restons dans le domaine «l'une industrie réservée qui n'abandonne pas ce caractère quand du service des temples elle s'étend à des services civils. Dans les républiques italiennes, qui y excellèrent, elle n'est qu'à la porté des grands ; en France elle n'est, sous Louis XI, qu'à l'usage des princes du sang royal ; plus tard on la voit, malgré les édits de Louis XIII et de Louis XIV, gagner les hautes classes et s'emparer de destinations nouvelles, les habits, les uniformes, les étendards, les meubles, les housses de cheval. Elle s'agrandit donc, mais sans déroger; la cherté des façons, le prix des matières s'y opposent ; elle n'emploie guère que l'or et l'argent, les paillettes et les paillons, la soie dans un petit nombre de cas. Pour pénétrer dans la consommation générale, elle a encore un pasà faire; c'est vers le milieu du xviil* siècle qu'elle le fait et devient une véritable industrie dans toute l'acception du mot. A cette date se rattachent les développements de ce que l'on nomme la broderie blanche, qui est désormais entrée dans nos habitudes. On conçoit comment celle-ci, venue après les autres, les a de plus en plus cantonnées dans un emploi restreint et s'est créé un marché auquel elles n'auraient pas pu prétendre. Par la modicité de ses prix elle étïit à la convenance de toutes les classes ; par