SUISSE. — BRODERIE SAXONNE
une identification complète avec le tissu, elle se prêtait à tous les traitements qu'il est appeléà subir; par ses formes, elle n'excluait ni la délicatesse du dessin ni la perfection du travail ; elle était au choix ou un produit courant ou un objet de luxe. Dans les débuts les fils de lin qu'on y appliquait n'avaient pas le degré de souplesse nécessaire pour se prêter aux fantaisies de l'aiguille ; ils chargeaient trop l'étoffe et donnaient trop de mat ; ce ne fut qu'avec des fils de coton, lentement appropriés, que l'on parvint à obtenir la variété d'effets dont ce genre est susceptible, la finesse unie à la consistance, une adhérence plus parfaite de l'ornement sur le fond auquel il est adapté.
Au fond il n'y avait pas là d'invention ; ce n'était qu'un retour à un procédé connu. L'Inde et la Chine avaient une broderie blanche, et le tambour sur lequel nos ouvrières l'exécutent aujourd'hui soit au crochet, soit à l'aiguille, est lui-môme d'origine asiatique. Son introduction en Europe ne remonte pourtant qu'à 1750 ; on n'avait brodé jusqu'alors qu'au passé et à la main. La Saxe fut le premier siège de ce mode de fabrication d'où est sorti un commerce considérable ; l'essai s'en fit dans les montagnes de l'Erzgebirge et du Voigtland, où des hameaux séquestrés par les neiges restaient pendant six mois de l'année sans travail et quelquefois sans pain. Le salaire le plus modique était pour eux un bienfait. Aussi les débuts furent-ils moins une spéculation qu'un acte charitable; les mains n'étaient pas dégrossies et le débouché était à créer. Il se trouva que la pensée était bonne en même temps qu'humaine ; ce qu'on avait imaginé comme une ressource précaire devint une des richesses du pays. La broderie de Saxe prit bientôt faveur, se répandit dans les chaînes de l'Allemagne centrale, où des bras disponibles