‹ Le coucouChapitre 5 sur 10 · CHANSON D'AVRIL · texte numérisé non relu

CHANSON D'AVRIL

Lui :

Mignonne à qui je fais ma cour, le frais muguet, à toutes cloches, tinte à des violettes proches que le soleil est de retour.

Souffre, belle, que je butine les baisers jadis mendiés.

Sur nous neigent les amandiers ; pour Toi refleurit l'églantine.

Viens, ma chère : aux bois embaumés le printemps ouvre ses corolles.

Mésanges et fauvettes folles chantent pour les amants pâmés.

En de longs baisers virtuoses, les yeux humides de désir, entr'ouvre ma bouche au plaisir, à la langue que tu oses.

N'est-ce pas, jamais ton baiser n'emprisonnera d'autres lèvres?

L'avril en nous arde ses fièvres ; de parfums veux-tu nous griser ?

Puisque les fleurs viennent d'éclor*, cueillons-les dès le blanc matin:

de leur robe le frais satin se fane à la suivante aurore.

Je couvrirai de baisers fous les trésors de ta beauté blonde, et rien ne sera plus au monde Que nous, — et le reste on s'en fout.

Le ciel, de son immense joie, fait troublants les lys et l'envers des feuilles a des reflets pervers, où l'or du renouveau flamboie.

Elle :

Mes seins offerts, tes maims autour.

(W LE CDOCOÙ

tat:

Tout dans les mAins, rieii dans les peckes, je suis riche) cat tu t'apt^roches plus près, maîtresse, et TAmour, venu datis le printemps, butine la fleur dé ta bouche rfititftte :

une autre Fleur AUra sofi tour.

Éîie .*

Le printemps rit. Au carrefour, volent, dans la brise câline^ des papillons aventuriers.

Parmi la neige des pommiers et les pétales d'aubépine, un désir dans nos yeux chemine.

Lui :

Au gentil bois, la mousse est fine.

Les dernières notes de la chanson d'avril s'envolaient lentemëiil perlées, ftlêléèô âU frisselis des feuilles; Marthe s'était levée sans bruit; aceoudée sur Fappui de la fenêtre, le profil perdu dans Tombre du dehote, tandis que ses yeux seuls brîHàîêût, èft ^ëgàrdàht le musicien qui fiûissait de fatrè ôhatcftêt' les touches, vibrant de Fèmotion tendre et pas* sionnée de la poésie et de la musique.

Jean s'était tu.

Marthe n'osait pâfïer, ne sachant pas quelles

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phrasés pourraient être dites, éftiùe profondément, elle âùsài, dé (jètte déclaration artiste et osêè. Les mots hè vénaténi |)oint à ses lèvréà, doiit elle pouf^ràii lé retnelrdief», et cepéhdaht, elle eût voulu exprimer là joie âincère qu'il lui avait causée, malgré la pèiir de rencoui*ager à des hardiesses qu'elle redoutait et désirait peùi-ètrè en riiêmé téfnj)à, ïhconsèîéntè du grand amour qui avait gertnê à là foiâ en elle et au cœiir de Jean.

Certes, elle osait s'avotièt la profonde affection qiie lui avàii inâpîrèe ce rêveur délicat, simple à la fois et d*ésprit recherché, sehsitif jùèqu*à la souffrance, douloureuse d'autant plus qu'il en pouvait pîuâ difficilement démêler là cause.

Volontiers elle eût partagé sa vie, s'il lé lui avait proposé. Elle aurait voulu être réellement ifidépéhdanié, à Tabri du soupçon d'intérêt que pouvaient faire ùaitre sa pauvreté d'ouvrière ôrplieline, l'aisance de t)ayèl et sa grandissanté réputation.

Elle avait, dès le cômmencemeht, réfléchi à cette issue, sentant que Jean Paimait depuis le premier jour qu'il l'avait vue et que, seule, sa tîmîclité, sa crainte d'éloigner à jamais l'amie dévenue nécessaire à sa vie, l'empêchait de la solliciter d'amour, dé se livï'er à elle — perplexe de sa réponse, redoutant par-dessus tout

de la perdre à jamais, si elle ne Taimait pas.

Elle s'était souvent reproché aussi d'instinctives petites cruautés, des mots ambigus, railleurs un peu, que parfois elle lui avait décochés, à des moments de malice; elle n'était pas coquette et ne l'avait point encouragé. Elle avait accueilli cette journalière camaraderie, parce qu'elle avait vu la sincérité de l'artiste, son émotion dès le début de leur amitié ; elle n'avait pas voulu le rebuter, peureuse de causer une souffrance réelle, aussi parce qu'il lui était infiniment sympathique, parce qu'il accordait ses pensées avec les siennes, dans une perpétuelle union d'âmes longtemps séparées, et que le hasard aurait réunies.

Toutes ces pensées s'étaient agitées dans l'esprit de la jeune fille, mais à cette heure elle ne songeait plus à raisonner avec son sens de la vie, du haut de sa précoce expérience. Elle se laissait tomber en rêverie, heureuse de tout ce qui l'entourait, de la présence de Jean auprès d'elle, de l'amour qu'elle sentait en lui, près d'éclater, impatient de l'incertitude qui l'oppressait.

Jean s'était levé et se tenait auprès de Marthe à présent, sans rien dire. Il avait pris sa main, baisait ses doigts l'un après l'autre, comme un enfant, lentement, savoure une friandise longtemps désirée. A voix basse, il lui disait le

violent désir qui le hantait de la posséder toute, comme il savait déjà posséder son âme :

— Je vous aime, Marthe, et j'espère de vous tout le bonheur, toute la joie de ma vie. Je suis fou de vos lèvres, amie, et je veux baiser vos yeux, si ce n'est elles.

Il avait enlacé sa taille et l'attirait vers lui.

— Jean ! Oh ! Jean !

Elle se dégageait d'un geste violent de pudeur, qui révélait à Dayel son réel effroi de vierge surprise. Le désir grandissait, faisait battre ses tempes. Il se reprit à lui parler, lui expliquant son supplice et son bonheur, depuis tantôt deux mois qu'il la voyait chaque soir, sans oser lui dire comment il lui rapportait toutes ses pensées, comment il était tout entier en elle, qui le possédait sans qu'il pût se reprendre.

Elle l'écoutait, sans l'interrompre, charmée de sentir auprès d'elle cette sincérité tendre que nul encore ne lui avait témoignée. Elle se souvenait de ceux qui l'avaient recherchée auparavant et désirée, uniquement parce qu'elle était jolie, parce qu'ils jugeaient facile cette conquête à cause de sa solitaire pauvreté. Mais elle avait compris combien Dayel l'aimait profondément, d'une manière plus grave à la fois et plus passionnée, pour son corps, pour son âme. Il la voulait toute.

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tait battre son cfBxiv; la pbçlle^p ie ce printemps l'env^hiaaait, e^a^pérant ^qn pjiyie de la prendre, de la faire tienne à jamais. 1} »ei^t3j)t^ »oVs Tétqffe Jé^fèra, §e ipodjeleî" la purp ro^de^r des jeunes seins érigés ; ij flén^d^it M^rt^^ ^^ pèy^Sjée;^ éipçryeijlé, par avance.

11 l'entraînait, haletai^te, i\ dégrafait }e corsage, la robe, ipal^çif^it^Jn^nt? — Ie9 doigts fqus, trepblanlte, irrités des pbj^taQle^, E|i yoilà qi^e, dan^ il ne savait qiqielle l)ardie3,3A subite, il Ta vait portée si^r le lit et Tayait étendue, vaincue à prévient, toutes les frayeurs de la jeune fille évanouies dans le rêve passionné qu) }a terrassait à son tpur et lui fennai|; les yeux, — pour laisser f^ire.

Dayel, fou de désir^ pillai^ d^s i^aiiis et des lèvres les trésors de l'aimée, dont la fig^rp se détaek^itj délicat€|ment rpsée, siir Je fqn4 d'or des cheveijx 4éfaits ;

4'en bas, njainjienant'i

il adïnirai|i — én^eryeillé, éperdu 4e tenr

dresse, goulu d'amour blond — les seins petits et fermes, érigés ' et turgescents, coupelles d'auiQur? — le cQu, chair lactée, — le mentpp» en oye délicat, les yeu^, à présent grands Quv€|rts, étincelles de jais 4aRS la blancheur de la figure frêle — et Tare, tout frissonnant^ de la

bouche, comme plissé par instants de douloureuse volupté.

Il remonta cueillir les fraises pourpres des seins; il butinait de ci, de là, cette merveilleuse statuette, si blanche et si blonde, immaculée, radieusement nue. Marthe avait refermé les yeux, et, sans réserve, elle s'abandonna ainsi à Fétreinte de Pâmant, à son adoration suprême et pénétrante, — elle s'abandonna de tout son consentement heureux, incapable d'un mouvement.

— Ne te semble-t-il pas, petite Marthe, à certains jours, que tout prend une couleur plus intense ou plus terne sans doute que la réalité ? Aujourd'hui il me semble que toutes les choses, les feuilles des arbres, Teau miroitante, les fleurs, sont piquées d'étincelles ; et ces maisons, là-bas, semblent baigner dans la lumière.

— C'est la couleur de nos pensées, Jean.

Depuis que je te connais, moi, — même autrefois, avant, — je n'ai plus jamais songé que j'étais seule. Quand tu étais parti, il y avait quelque chose de toi qui me suivait, et je causais encore avec ton esprit quand tu m'avais quittée.

— Je voudrais, Marthe, ne te laisser plus jamais, à présent ; la vie avec toi me paraît une perpétuelle chanson, dont la mélodie cache

les misères, mes tristesses de jadis me semblent lointaines dans le passé, se rappellent à moi comme un fond de mélancolie, gris, à la joie présente. Et j'ai dans la tête des refrains renouvelés sans cesse.

Jean Dayel et Marthe Liveil avaient fui Paris, ce dimanche ; comme les amoureux des romances, ils avaient soif de solitude à deux dans la lumière du soleil et l'ombre des arbres dont le remuement de feuillages berçait leur causerie.

Jean l'avait emmenée aux bords de la Marne, au delà de Chennevières, à travers un paysage d'idylle que ne troublaient que de rares promeneurs. Et c'avait été une grande joie pour la jeune fille, cette équipée campagnarde d'un jour de liberté : c'était la réalisation d'un rêve, cette promenade avec Jean, qu'elle aimait et qui l'aimait sincèrement, elle en était bien sûre.

— Tu feras quelque nouvelle chanson où se trouveront les paysages que nous voyons, Jean, et, comme ça, je serai sûre que tu n'auras pas perdu ta journée pour moi.

— Oh ! Marthe, tu le sais bien, que tes paroles, tes gestes, tes lèvres et tes yeux m'inspirent.

— Dis, Jean, quand nous serons riches, nous irons à la campagne; nous aurons notre maison où nous habiterons, rien que tous les

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deux, et beaucoup de fleuri d^QS poire jardin. Je travaillerai» tu verras, j'apprendrai h musique; tu îu'aiderafl et je pourrai jpuer les jolies choeee que tu a» faitei*.

Jean songeait que ce serait peutrêtre le grand bonheur, cette vie calfpe qu'elle rievait çpïïipie lui. rrrz L'idée de cette ^olitud^ ne l'effrayait pas, *vep elle, fatigué qu-il était 4^ la vie bruyante, froissé, eu ça seu^itive déUcaJe^ge, des compromisaion^ obligée» du mQpdie où il vivait, des méchancetés et des hypocrii?ie§, d^ la iièvre aussi de la vie dout il avait souffert juaqu'alore,

Loreiqu'il avait reucoutré Marthe, il se trouvait justement dans uue période d^ lassitude, de ces monaents où il évitait dq rencputrer sea camarades, se claustrait eu des n^élanpQliea et s'y délectait, misauthrope pQur un t^nip^»

paresseux de vivre. Quelques jours s'étaient écoulés depuis la aqirée oft il avait ppssédé îdarthe, et tout Jui semblait avoir changé autour de lui : il s'étonnait de se rappejpr qn'jl avait vécu seul, s'était aventuré dan^ dej intrigues et des amours décevantes autrefois, trompé toujours en son espoir d'atteindre Ip bonheur, par la volupté.

Cette fois, il se sentait, au coutraire, comme blotti dans de la teudres^e ; ij était sûr d'elle déjà; il se figurait par moments qu'elle était sa

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femïfle, i'qdqp^e^ depuis ^es^ s^^néps. Marthe g'était 4oî>pée franpjjenjent, toi|ti entière, cert^iîie d'être aimée, et c'était entre eu?: ur^e confiance d'aiy^is^ ^n échange perpétuel d^e Jeure pe^^ée^ foi^^ijes m WQ ^eiife, qni aurait été faite 4^ ï'ânae dp Je(ip et d^ pelje d<? M^rth^-

rr- 0\\ ! Je^?>, des» fJv^urs ! Q]i>l)j3s 3ont jolies !

MiartbP désignait de 1^ nj^in q^eIq^e^ iris d\eau, fleuris Q^tr^ le$ rqgeaux de ]^. riyp, ej; ^eaft^ de 1^ berge, chercl^ait h l^s atteindre, cassaut le^ tiges uue à ui^e. }l avait dés.épjnglé le pb^peau de spn ami© et ^e plaisait, assis auprps d'elle, à njê|er 1^9 corplles pi^iiives et l)lancl^^^ d^jis Tqr ^e ses cheveux, w^lgré qu'elle prptes.tàt en riaj^t, l'apcus^^t de Ja décoiffer :

— Q^e penseront }ps gen^ à notre retour, de me voir tout ébouriffée ? Voyous, Je^ji.

Lui Fembrassait, cueillait son nom sur ses lèvre^, délicieuseipe^^t pénjétrp de }a chaleijr de sa chair sprrép cpîjtre ^a poitrine. Jl pouyrait SQU cou, 9p^ yeu^, 4^ petits baisers lents, ^'attard^it au coin des lèyres, pris d'uue subite fringale de caresses.

Ils se tçiisftieut ^ présent, enveloppés de la méljancolie du soir qui tQ|3i))ait, rosantle ciel où sepablait ^e dérpulpr une gaze tr^fti^pi^rente, lumineuse, de carmin mêlé de J^leu, qui faisais

le firmament violet, par bandes alternées. L'eau s'assombrissait par endroits, moirée d'or, de bleu, de vert — en nuances dégradées — elle devenait toute mauve, plissée de fines rides- Les bois, de l'autre côté de la rivière, au flanc des coteaux de Noisy, se bleutaient, troués de lueurs d'incendie bientôt éteintes dans le crépuscule.

Les passereaux piaillaient, sautelant dans les branches, et s'appelaient de cris étourdissants, s'égosillant comme s'ils avaient voulu se venger du silence prochain de la nuit, de l'obscurité qui allait venir, dans la dernière heure de lumière. Aux oreilles de Jean et de son amie, chantaient toutes les voix, pour eux seuls, leur semblait-il — dans cette fête. Et c'était la même chanson, la même mélodie qui résonnait en eux, doucement triste d'une mélancolie de tendresse.

Le long de la rive, plantée de saules par places, dont les images tremblaient, reflétées dans l'eau, ils marchaient, Dayel tenant la main de son amie, tête nue, les fleurs embaumant les cheveux blonds proches de ses lèvres. Une hirondelle étourdie les frôla et fit pousser à Marthe surprise un cri ; puis elle rit de la voir, efifarouchée, s'enfuir en rasant la rivière, cueillant un insecte à fleur d'eau.

Vers l'auberge du diner ils s'en allaient silencieux, l'un près de l'autre, pareils — dans la brume violette qui voilait à présent les bois, les coteaux, — à ces couples des tableaux anciens, marchant solitaires en des paysages de rêve.

Avec les iris dans l'or de ses cheveux, Marthe, mignonne, évoquait à Jean l'image à la fois d'une courtisane et d'une sainte; il murmura, de sa voix fervente d'adorant extasié :

— Marthe, tu ressembles à ta sœur d'autrefois, — Marie de Magdala, — patronne des aimées blondes.

Jean avait décidé Marthe à venir demeurer avec lui; et ce fut une joie, cette installation pleine de rires. Gela se fît très vite, et, profitant de la journée de congé obtenue, Marthe voulut avec Dayel parcourir son lie, se promener au milieu des travaux de la berge, heureuse de tout ce qu'elle voyait, en ce paysage qu'elle avait cent fois traversé sans y prendre garde.

Elle écoutait le musicien lui conter l'histoire des vieilles maisons, les amours célèbres que certaines avaient abritées. Il parlait pour elle comme il aurait chanté, célébrant les vieux balcons de fer forgé, ventrus, où s'étaient enlacés, dans la douceur des soirs d'été, les seigneurs d'autrefois et les belles dames. Il évoquait les salons illuminés où, sous les girandoles, passèrent les couples d'antan, les grâces

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des itiëtitrèti^ et dëà piavaiiës; il faisait défiler devâtit lèS yeiii de àôti amie les carï^osdes sompfttieux et les vàletà sdlènnels daùs leurs livrées chafnarrtes, soùâ leurs pei^ruqties poudrées à frihiàè; ël le gt^tiillètoent étiiicèlant deis chaises à porteurs de gala, aux panneaux ornéâ de péihtureè galantes d'où descendaient les pëtites-maît^esë^es craintives des contacta de la tue.

A cette heure où se taisait là rumeur des fabriques, l'illusion prenait coï*pâ pour tous deui; il leuî» Semblait -t*e vivre parmi ce luie, dane des élégances etquîses où tout tendait à ràiùxjfur délicatement exprihié. — De l'aûti^e côté du pont Sully, il conta à Marthe Thiàtoire dé la dattle de la Valette, qui, tout le lorig des joûrô, f^stait ààsise danè Viin des faUteuilà de pierre Sculptée de la fkçade de son pàlaîô, guettant ïè mèâsàgèt* qtd liii apporterait là ttotivelle de là mort otl du salut du sire soil époui> prisronnier des îrifidèlés.

Le Soleil frappait le perron du palais, irisant lés vitres des hautes fèrtêtres surmontées de trophées et de màscarons héroïqueé, câscjués de pie^]^è. Les colonnes fleuries de guirlandes de piettë se dressaient, encadrant le haut portail, chîffféeâ det initiales des rois de France sous des Côttf'otitièà fertiiéeâ. Les gt-oupes d'enfants posés sur les balustres de la terrasse du pre-

mier étage, verts de mousses, semblaient rire. Puis c'était la magnificence des draperies de pierre, d'un balcon italien, comme jetées audessus des ornements de la façade surchargée.

Au sommet du palais couraient les pilastres massifs entre lesquels se jouent les rayons, transparaissait le ciel baignant d'or et de bleu l'édifice effrité. Marthe et Jean s'en revinrent dans l'île et s'arrêtèrent à la proue de sa nef, pour contempler encore l'ombre immense de Notre-Dame de Paris, de la cathédrale, étendant sur eux la protection des cent bras que lui font ses arcs-boutants et les monstrueuses gargouilles, spectatrices bénévoles des idylles de la cité.

Marthe et Dayel ne savaient plus autre chose à présent de la vie présente que leur mutuelle affection et la douceur de leurs baisers parmi des souvenirs d'amours tragiques ou tendres, l'atmosphère de piété et de tendresse qu'exhalaient pour eux les vieilles pierres et le fleuve placide, au cœur du vieux Paris des légendes.

Marthe avait voulu dîner chez eux : tête nue, serrée dans son corsage, elle avait voulu faire ses menues emplettes, joyeuse de compléter, par des achats modestes, ce qui manquait au petit ménage du musicien insoucieux de détails, sans importance au temps où il était seul.

Marthe riait sans cesse des maladresses de

Jean, des distractions qu'il avait à cause d'elle ; elle jouait à la ménagère entendue, entassait des projets de sage tendresse où se blottirait leur amour. Elle gardait pour lui une admiration, à cause des belles chansons qu'il avait écrites et que tous et toutes répétaient, dans la rue, à l'atelier.

— Je te connaissais depuis longtemps, mon Jean, quand nous nous sommes rencontrés. Je t'avais deviné comme tu es, avec tes moustaches blondes et tes yeux tristes... Hou! C'est très vilain d'avoir les yeux tristes. Mais c'est fini ! tu riras tout le temps, je t'y forcerai bien ! Et puis, tu me chanteras tout ce que tu feras, avant que les autres en sachent rien; n'est-ce pas, Jean? Tu m'as eue, le premier; je veux t'avoir toujours à présent... la première.

Il promettait, — heureux de cette gaité qui le réconfortait, de la chaleur douce qu'apportait en sa vie cette présence de femme, heureuse, elle, d'un rayon de soleil, d'un mot tendre ou d'une chanson.

Ce furent chaque soir, par les soirées radieuses, des promenades lentes, où toutes les choses leur semblaient faites pour encadrer leur tendresse, où tout les saluait en un bienveillant accueil. Ils s'accoudaient longuement sur les parapets des ponts, et Marthe riait de voir les enfants des mariniers inventer des jeux

et 86 quereller sur les planches des lourds chalands, tandis que la femme et le patron devisaient, assis sur le banc adossé à la cê^bine de bois, égayée souvent de fleurs grimpantes, de liserons ou de rosiers.

Un soir, que la lune, en son pl^in, mirait dans l'eau son disque large, et que Marthe, eu la contemplant, éclatait de rire, Jean lui demanda :

— Qu'est-ce qui te réjouit ainsi, Marthe ? tu es comme les oiseaux qui chantent pour chanter ; tu ris pour écouter s'égrener ton rire.

— Non, Jean, mais la lune me regarde. Il y a des gens qui disent que la lune est mélancolique; moi, je la crois très gaie; il m'asepiblé la voir rire de sa bouche fendue jusqu'aux oreilles et elle a fait une grimace joyeuse, pour me faire rire. Tu ne crois pas ?

Elle s'intéressait aux menus détails observés, s'attendrissait et s'indignait de voir des gamins tourmenter un chat, d'un refrain s'échappant d'une fenêtre entr 'ouverte. Dayel s'amusait de ses réparties gamines et de s^s réflexions subitement sérieuses; elle Tétonnait parfois de sa précoce maturité mêlée d^enfantillages, suivant les heures, le temps qu'il faisait, Taspect du décor où elle se trouvait.

11 n'avait point cru qu'elle Tintérpsserait autant, l'avait recherchée pour sa gentillesse.

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s?msi se jiopter qi^e Vstffeptioii svibitemept inspirée gepff^erfi^ît — tenace -7- daps sa chm P* 4aiis spw âipe.

Dep^is 4î^ JQ^r^ qu^i durait leur yie popir mupe^ il ïi'avs^it poii^t res^e^^ti pe^e lassitude que tant 4'»ut,reQ ay^ient fait mi^X^ ^^ l^j après quelque^ bewes oh q^elqiije^ jp^r^j.

Un autre soir, ils avaient dîné dans, un modeste cabaret 4'é1iu(ii?nt§, pviis, a^r la ppopqsitiqii 4e P^ypl? ils étaiept allé^ s^u Gym^F^sie 014 l'op jouait une coji^pdie de mœurs mé4iocres, mais ox\ étaient épingles de^ mpts acérés, 4e jolis détails- ïl avait été frappé du ^ileuce de la jeuue fille 4Hrwt le ppectaele { il lui savait gré 4e ne s'être pa8 répau4we en eutbousiasmes quelconques Qu pots, d'avoir été sphre 4e critiques et de cpiumeutairep. Con^me, cependant, il la ppus^ait à dire sa pensée sur la pièce, au retour, elle avait répopdu •

— J'aifpe mieux ype l^PPne chauppu, ooiun^e les tieuu^a - p'cst plus vrai,

]ytarthe avait vpulu revenir ^ pie4, par les

faufequrg^ et les pputp qu'elle aimait à traverser, — la nnit, — pour regarder t'eap noire où dapsaieut les millp lumières des rues et des feuftres. fîlle aimait le frissQU de quasi-pew

que lui 4QHïîmt la Tflas^e upire 4p h c;athé4rale 5 elle 4isait raiïppr ^% la craindre k h ^m cpmme

une mystérieuse Protectrice, si puissante qu'PQ

raffectionne sans oser rapprocher. L'ombre de Tédifice semblait à tous deux maternelle à leur amour; malgré la peur que Marthe ressentait parfois de la masse imposante, accroupie, et dont les gargouilles, en regardant l'immense ville, semblent causer entre elles, aux crépuscules et dans les claires ténèbres des belles nuits.

Chacune des pierres pourrait conter les idylles de Paris durant tant de siècles. Des rendez-vous donnés à son abri, des baisers échangés auprès d'elle, la vieille église a gardé, malgré sa sévérité apparente, quelque chose des tendresses dont elle fut spectatrice ; elle est imprégnée de volupté comme ces vieux meubles retrouvés au hasard des brocantes et qu'on devine avoir été d'amoureux objets, parce qu'ils gardent le parfum des lettres et des souvenirs qu'ils recelèrent.

De l'aspect de la Cathédrale aux heures où elle ouvrait la fenêtre pour contempler Phorizon, Marthe tirait des présages gais ou tristes, selon que le soleil dorait les dentelles ouvragées et que les tours, la flèche s'élevaient dans un ciel radieux, laissant apercevoir les fines sculptures de l'aiguille, ou que la brume fondait mystérieusement en une majesté informe toutes les parties du monument indistinctes, parmi les presque ténèbres.

Elle et Jean, enfantinement, se créaient ainsi des sujets de joie d'observer, autour d'eux, les aspects différents des choses, et de factices mélancolies aussi, où ils se sentaient plus près l'un de l'autre, blottis en leur intimité chaude, leur crainte du dehors, aux heures grises et navrées des jours brumeux.

Marthe adorait courir avec Jean, vers des guinguettes de banlieue, dès qu'il avait quelques heures, et Dayel était heureux, en une charmante vanité, de se promener avec cette jolie fille, dont la silhouette fine lui attirait d'envieux regards. Elle avait toujours une prédilection pour les bords de la Marne, dont le calme, pendant la semaine, la charmait, dans le décor de verdure et d'eau que le soir parait d'une beauté nouvelle et floue, — si différente de la splendeur diurne, dans la grande lumière.

D'autres fois, ils remontaient à pied le faubourg, intéressés aux spectacles de la rue : et un grand orgueil envahissait l'esprit de Marthe lorsque, à quelque carrefour, d'un groupe attentif autour d'un chanteur, s'échappaient les notes d'une chanson de Dayel, ou quand de jeunes ouvriers rentrant du travail chantaient les romances de l'amant, en frôlant le couple.

C'était lui, Jean, qui avait composé toutes ces choses, dont l'âme faisait chanter tant d'âmes partout. A l'usine et dans les maisons

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richeà étpâUvreà, àùlh'êàthe et daiis k rue, on Savait son hom, et oii était reâpeclueùx del'à^tiôtè, îseiheUr de joie aux éoetit-à des humbles.

Souvent Dàyel devait âe rehdi'ë à des répétitions, Viâitér seiâ interprètes, pendant les ëntr'actes dés piêbes. Quàhd il né JiotiVàtl fehittiener son amie, elle aem'éUi*ait danà leur fchaiïibt*e et feou'sàît âôùâ là làmpé, à là nxlil véttiié, atleridaiil soti i^etouf ; ou bien, lâésë dé là j'ôUrnéé, elle ô'èviBillàit quand là élelT tôtirriàtt dans la serrure ; elle acfetièlllait toujours Son àttli d'un sourire et d'un baiser.

bien vite, souple eii Un p'éignoit clait*, elle démasquait là table oft lé dîhër élâît dr'eââé jpàrmi des fleurs; jôyetiSé, elle babillait et questionnait Jean, chferfehànt, parfois, des qlièrelles pour rire, — des préiéxles à baisers.

Dayél était bien pbUr elle lé hërbs des romances populaires, dés chansôhs qui enseignent raiiiour aux griséiles dé t^àris; il incàt'nàit l'àmaiit qu'elle imaginait autrefois, fidèle et passionné : ô^élàit lui-mêiUe qU^éllé avait rêvé — prétehdâit-elle — quand jadis elle écoutait chanter ses œuvres :

— C'est pour cela sans dôûtë que je t'ai répondu quand tu ih^as parlé, le premier jour.

Va ! je te connaissais depuis Ibngfténips sans t'avoir jamais rencontre.

tJh autre jour, ensemble coiUmè deà enfants,

ON PREND tlNÉ FEMME Ôt

gaîâ et foils ils avaient parcotirti les bois de Chavillè. Ils achevaient de dîner dans tin bosquet de traiteur villageois, quand des musiciens ierrants entrèrent dâjiâ le jardin, se mirent à jouer une valse ; puis, Tun d'eUx thanta. Et comme s'il rivait voulu rendre hommage au compositeur caché sous les arbres, auprès de son atïùë, il fchsliitait les derniers succès de Jean Dayèl, grâce auxquels il récoltait d'abonddntes oboles.

La voix chaude et bieh timbrée plaisait, itialgrë son peu de science ; elle résonnait dans la huit où bruissaient Ifes feuilles remuées à peine, dans le silence où les oiseaux s^étaient endormis. Lès auditeurs étaient visiblement sous Pinfliiènce de Theure, de ce bhanl qui éveillait et définissait des Sensations aimées, serties de mots mièvres et jolis, ravivant en eux des souvenirs anclëiis ou des joies présentes, chantant en leur esprit les paroles ^t l'ait» des rotriaricès attendries :

Viens, ma chère, aux bois embaumés, le printemps ouvre ses coi'olles, mésanges et fauvettes folles, chantent pour les amants pâmés.

En de longs baisers virtuoses, tes yeux humides de désir, entr'ouvre ma bouche au plaisir, à la langue que tu oses.

Impressionnée de Pémotion dont vibraient les écouteurs quelconques et voyant s'illuminer leurs yeux de la volupté évoquée, Marthe murmura, au retour, tandis qu'ils marchaient un moment dans le chemin bordé de grands arbres — et de maisons estompées dans la nuit :

— Tu donnes la joie que tu chantes, mon Jean, comme les fées des contes, et tu crées de Tamour partout où tu passes .

Puis, dès le sifflement des trains, arrivant essoufflés, dans Tencombrement des quais et la bousculade, maligne et l'esprit ailleurs déjà — finie sa mélancolie d'une minute, — Marthe citait des fragments de ridicules causeries entendues et s'en moquait de sa voix de merle gouailleur, prompte à égrener des rires.

Dayel était heureux de cette gaîté, ému des mêmes passagères pensées. Il n'aurait jamais pu croire durable le caprice qui vers Marthe Pavait poussé, pour son attrait de mignarde poupée blonde; mais ses caresses Tenveloppaient maintenant d'un réseau de langueurs qu'il n'eût pu rompre sans déchirement, épris de la douceur de la jeune fille, de sa joliesse espiègle, mutine, et de ses mélancolies soudaines d'oiseau, vite enfuies sur un mot joyeux, l'offre d'un plaisir, d'un rien qui la déridait. Elle était maintenant nécessaire à sa vie jour-

nalière; son âme se serait égarée s'il s'était vu abandonné d'elle, à nouveau seul, dans sa chambre où n'aurait plus résonné sa voix, d'où son rire serait parti ; s'il n'avait su la retrouver lors des retours du soir, la sentir près de lui, silencieuse et présente pourtant, aux heures où il faisait chanter les touches, cherchant un motif indécis encore en son cerveau.

De son bonheur s'augmentait sa fécondité.

Jean croyait voir les choses sous un jour nouveau, dans l'auréole de son amour extasié; sans cesse il transposait ses joies en d'innombrables mélodies. — Et ce fut pour lui la période des succès, de la renommée grandissante autour de son nom, qu'entretenait son constant effort, plus facile à présent à réaliser, car il avait ouvert une phase nouvelle dans sa vie, à laquelle correspondrait une évolution de son talent et de son âme d'artiste.

Marthe avait exprimé souvent le désir d^aller avec Jean dans les endroits où on exécutait ses œuvres : aux bals où les couples s*extasiaient, emportés dans les accords déchaînés des cuivres accordés aux pizziéatî des cordes. Longtemps Dayel avait résisté, ënnùyé peut-être de la mener au milieu de ces fêtes pécuniaires et galantes, peureux de dissiper leur amdur; pourtant il là conduisit bientôt dans les concerts où il était joué, l'imposant à ses relations comme sienne, heureux de la voir respectée, camarade rieuse de ceux qu'elle jugeait ses amis, méfiante aux connaissances hasardeuses, fréquentes dans ce milieu à demi bohème. Et c'était une nouvelle cause d'orgueil, pour elle, d'entendre applaudir les œuvres de son amant, ses œuvres qu'il disait, — bien haut, — par elle inspirées.

ON Pkëi<l5 ÙNfe FEMME H

Six mois tettViron aprèd leur liéiison, k ôittiation de Dayel, au-dessus des vulgaires musi^ ciens de ôhaûson, s'affirmait parmi les hiattres de la musique datiéante et les compositeurs de tomanties goûtées dans tous les mondfes, pour le ôhartne qu'elles gardent tet la fraîfcheur de naïves poéisies, rehaussées de pimpants motifs ÔU dfe laUgbUrëUseS mélodies — de celles qUi savent énervef les femmes, aux heures voluptueuses.

C'iôtkit, après cettie baualitë, V Heure brève, trois marches, l'Une dédiée à Texquise souveriâinfe d'un pays allié, Iftipèrial Russe^ Courant Paris dès le premier jt)Ur de sa mise en vente ; pUiâ diês vâlsfes. Et la popularité venant avec la vog^e salonnièfe, Dayel se trouva riche, offrit à Marthe de quitter l'atelier, de rester en maîtresse du Ibgis, — à sou foyer, où sa présence perpétuelle le charmait sans lassitude.

Le caKnaval approchait. Plufeifeurs musiciens àvaieUl, depUls des années, succédé au maître de là Vàlsè parisienne, au bercieut» infatigable des fèteâ dé la grande ville, l'uu des plus aimés parmi ceux qui sèment la joie ; ttiais nul ne l'avait i:*eWplacé. Oliviel- Métra était mort depuife pas mal d'années, et l'on songea qu'un peu d<e son âme chantante était passée dans la tête de Jf'eaU Dayel. Désigné pat* sa Vogue, il hit Ubmmé chét d'orchestrie des bals de l'Opét'a.

Ce fut pour Tartiste la consécration définitive. L'avenir assuré lui permettrait de s'acharner en sa montée, de produire des œuvres — de plus en plus hautes, — à loisir*

Partout où ses occupations entraînaient Dayel, il emmenait Marthe, à présent, orgueilleux des admirations qu'elle éveillait parmi ses camarades. Très vite on fut habitué à les voir ensemble au théâtre, dans les concerts, affichant leur union admise, enviée bientôt.

Dans ce monde où des cabotins, des filles et des viveurs se mêlent aux artistes, des légendes se créèrent autour de Dayel et de son amie. — Certains tentaient d'insinuer que Marthe était une chanteuse en rupture de planches, avec laquelle le musicien s'acoquinait : elle avait su le retenir, le charmer de sa joliesse frêle, affectée, d'ingénue. D'autres affirmaient que Dayel l'avait ramenée au retour de l'une de ses tournées en province. C'était — disaient-ils — la fille d'un fonctionnaire dont les parents avaient refusé la main à l'artiste: lui, l'avait enlevée, cachée longtemps, pour éviter les ennuis que la famille aurait pu leur causer.

Le plus grand nombre, peu au courant de la vie intime de Jean Dayel, les croyait mariés en réalité, louait Marthe de sa tenue, exceptionnelle en ce milieu. On trouvait charmant ce petit ménage, ces amoureux qu'une séparation

de quelques heures eût peines, et qui ne craignaient pas de promener leur pure tendresse dans les lieux peu faits à de tels spectacles, traversant les endroits les plus hétéroclites sans prendre garde aux curiosités malveillantes, affirmant leur indépendance et leur mépris des commentaires.

Pierre Bisson, le critique théâtral, avait résumé d'un mot drôle l'opinion générale en disant :

— C'est un pinson et une fauvette qui se moquent des linots; l'un chante, l'autre fait le nid.

— Gare au coucou ! — avait riposté Montai, reportage et chronique.

Mais les papotages cessèrent au bout de peu de temps; Paris oublie vite les choses et les gens qui l'ont un moment occupé, cette fraction surtout du monde parisien dont la vie brûle les années, où de nouveaux venus passent, s'élèvent et disparaissent, où les anecdotes, les potins vont des uns aux autres, effleurent, griffent ou tuent, parmi les indignations, les rires vite éteints qui ne se peuvent défrayer longtemps d'un incident tapageur ou moindre.

Oui, l'union de Jean Dayel et de Marthe était acceptée maintenant comme une alliance régulière ; ainsi le supposaient d'ailleurs tous ceux qui les voyaient ensemble. La gentillesse du

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couple lui avait valu, très vita, de prpmpte^ et cordiales sympathia» : on les recevait (Î8P des familles d'artistes, peu pqupieux d'étiquette. Ou aimait Dayal pour sçi simpUpHé d'allure, parce qu'il ue s'était point l^i^^é gripier par ses succès, restait accueillant à se^ a^pis de bohème d'autrefois. La douceur 4? M^irtbp, sa gaîté, son absence de coquetterie et son apparent détachen^ent vis-à-vis de tout cp qui n'était pas Dayel, avaient fait taire les médi^anP^^ féminines; on Jes accueillait volontiers, sûrs que tous deu3f apportaient du bonheur p^ftqnt où ils passaient.

Au lendemain de sa nomination da c^ef d'orchestre des bals de l'Opéra, Dayel se leva très content, courut ouvrir les fenêtre^ pour laisser entrer la lumière tapant ôuîf voleta.

Ce fut rinvasion, dan^ la chan^bre, du soleil matinal : et les pris de^ niarchands ambulants montaient clairs du trottoir illuminé, méléq au bruissement des feuillep des grand&i peupliers bordant les berges, aux pbants dps n^ariniôrs aifairés sur les ponts des chalands, grattant, lavant les planchas, pi^dp n^^ dans le rniasellement de l'eau répandue-

Lf'air était plein de flpoous légers, pemence^ des arbres flottant vers d'autrep pontrée^ Pù elles deviendraient fécondes : c'était conin^P

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