L ORAGE QUI MONTE
par tempérament, nos ladicaux, sous l'empire de la nécessité, se sont résignés à rejeter au second plan
— cet effort durcra-t-il beaucoup plus d'un semestre ?
— leur politique électorale dont les deux termes sont l'aHticléricalisme et le socialisme d'Etat. La République a fait de la préparation militaire. Elle s'aperçoit peut-être qu'il importe de penser à la préparation morale. L'idée de la guerre possible est au fond de tout cela.
Seulement on cultive en même temps l'idée de la guerre impossible, et comme c'est une idée qui flatte singulièrement les esprits paresseux et qui dispense de prévoir et d'agir, elle a toujours beaucoup de succès. « Oui, assurément, la guerre... Il faut y penser... Il faut être prêt... Mais on ne la fera pas. » Et pourquoi ne la ferait-on pas ? Oh 1 pour beaucoup de raisons, dont certaines ont bonne apparence, mais dont aucune ne résiste à l'examen. Nous persistons à croire indispensable de ne pas entretenir le public dans les illusions que nourrit autant que la presse de gauche, la presse de droite vulgaire. Illusions sur nos forces, illusions sur nos amitiés et nos alliances, sur les concours et sympathies que nous pouvons espérer, illusions sur les dispositions de l'adversaire, c'est tout un.
Examinons les arguments qui nous sont présentés en faveur de la guerre impossible.
Le plus sérieux, sans conteste, c'est que le système de la paix armée exclut, on peut dire par définition, le choc et le recours aux armes. Le système a été,
f\^. AVANT ET Ar'KKS Af;\l)lll
au printemps dernier, expose en fort bons termes, à la tribune du Rcicbslafr, j^ar ^I. de Bethmann- Ilolhveg. Eiï soHicitaut un peu la pensée du cbancelier-pbilosopbe, voici ce qu'on y trouve : pour un iiiand empire comme l'Empire germanique, les accroissements incessants de force militaire ne sont pas seulement une politique. C'est un calcul, presque une spéculation. L'Allemagne, à l'abri d'une armée puissante, poursuivra son grand effort d'expansion industrielle. Le nombre et l'entraînement de ses régiments seront l'adjuvant de ses ambitions de conquête économique. Une aimée redoutable ne garantit pas seulcmcTil la prospérité, elle la procure. Elle est le signe sous lequel l'industrie et le commerce d'une nation sont vainqueurs de la concurrence : les commandes vont naturellement aux plus forts. Ain:M la puissance militaire, c'est une source de crédit, c'est un (( élément d'actif », c'est un capital comme un autre. Et quelle chance y a-t-il qu'on aille exposer follement ce capital aux risques d'un conflit P Jamais on n'est sûr de la victoire, — Bismarck l'a dit bien souvent, — et si l'on peut obtenir à peu près tout ce dont on a envie ou besoin par le seul fait qu'on possède beaucoup de soldats, il est invraisemblable qu'on gaspille sur les champs de bataille cette précieuse monnaie. Les grenadiers prussiens figureraient ainsi ce que représentent les milliards en louis d'or qui dorment aux caves de la Banque de France : une réserve suprême à laquelle on ne touche jamais et qui donne au commerce prestige et facilité.
l/oRVr.E Ql I MOME f\Q
Il est vrai que dans ce même discours du 22 avril 191 2, dout uous venons de préciser et d'aniplifier la thèse, M. de Bethmann-Holhveg prévoyait axissi le cas où les soldats figuratifs entreraient en jeu. (( Les nations, disait-il, étendent de plus en plus leur influence sur la terre tout entière. Cette extension augmente assurément les possibilités de paix, mais il faut reconnaître que la concurrence des intérêts matériels crée de nouvelles sources de conflits. » D'autre part, ajoutait le chancelier-philosophe, quand même les gouvernements seraient fermement résolus à conserver la paix, convaincus que la paix armée est bien plus lucrative qu'une chère victoire, il faut compter avec les peuples qui veulent à tout prix la guerre. Gare aux mouvements d'opinion et de propagande ! C'est un danger qui est « peut-être plus grand aujourd'hui qu'autrefois ». Et le chancelier indiquait ainsi la double menace pour la paix que recèle le système de la paix armée : d'abord lorsqu'un peuple a la certitude de posséder un instrument militaire de premier ordre, il est toujours exposé à succomber à la tentation de s'en servir. Tentation qui a pour contre-partie l'envie d'en finir que cause aux autres nations une menace perpétuellement suspendue sur leur tête. On a fort bien compris, à BerUn, que la politique d'intimidation et de chantage à laquelle, depuis Tanger jusqu'à Agadir, on s'est livré vis-à-vis de la France, sans désir sérieux d'en venir aux mains, risquait d'énerver le peuple français au point de l'amener à désirer un bon
règlement de comptes. Mais, d'autre part, si l'Allemagne considère son efTort militaire comme un placement, il faut bien que ce placement rapporte. Et il ne peut rapporter que par pression, intimidation, chantage... L'équilibre résultant de la paix armée n'est qu'un équilibre instable.
Ainsi ce n'est pas à la faveur de cet argument qu'on trouvera des raisons solides de se rassurer à tout prix. Ce n'est pas non plus dans le sentiment public et les dispositions pacifiques de l'Allemagne qu'il faut se réfugier. Rien n'est changeant comme des dispositions pareilles: nous avons pu l'éprouver jDar nous-mêmes, et il suffît de se rappeler comment, après Fachoda, après Agadir, l'opinion française devint subitement belliqueuse. 11 n'est mouton si paisible qui ne soit capable de devenir enragé.
Qn dira que les Allemands emploient volontiers à notre adresse un langage plein de ménagements. Croyons-nous, dans le monde, aux protestations d'amitié qui sont la monnaie courante de la politesse ? Le projet de dévorer son prochain n'est pas de ceux qui s'avouent. Entre les peuples comme entre les individus, il règne une certaine pudeur, un semblant de respect humain. Le Figaro a entrepris une enquête sur l'état d'esprit qui règne en Allemagne. C'est im concert d'amabilités et de douceurs où une seule des personnalités interrogées a fait exception et dissonance. M. Alfred Kerr a dit des choses nettes et crues à M. Bourdon. Il l'a engagé à ne pas se fier aux bonnes paroles ni aux
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protestations de sympathie. Il l'a assuré que l'idée profonde de l'Allemagne était de réaliser sur nous un bénéfice sérieux en nous saignant, après une campagne victorieuse, d'un grand nombre de milliards. Pour lui, le seul mobile qui détermine l'Allemand d'aujourd'hui, c'est l'idée du lucre et du gain. L'avenir dira si l'avertissement de M. Alfred Kerr, qui, nous assure-t-on, est juif, valait les conseils prophétiques qui furent donnés jadis à la France par Henri Heine.
Si le sentiment public de l'Allemagne n'offre qu'une garantie de paix limitée, que dire de la thèse selon laquelle l'Allemagne est trop pauvre pour faire la guerre ? Nous l'avons réfutée cent fois avec cette grande preuve à l'appui que le « blocus de l'or » sur lequel on comptait, en septembre 191 1, pour faire capituler l'Allemagne, ne nous a pas empêchés de perdre le Congo en novembre. Et quand on nous dit aussi — c'est un cliché — que les horreurs de la guerre moderne sont un obstacle insurmontable qui retiendra toujours les hommes d'Etat avant d'ouvrir les hostilités, on ne réfléchit pas qu'il peut y avoir des guerres fort courtes, ou fort localisées (Russes et Japonais ne se sont pas battus chez eux) et que l'idée de l'agresseur (Prusse en 1870, ou Italie en Tripolitaine) est ordinairement qu'il sera facile d'en finir vite en frappant un grand coup. D'ailleurs, on n'a jamais fait de guerre européenne , avec l'organisation gigantesque des armées modernes. On ne sait pas au juste comment se passeraient
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les choses. Nous vivons sur le souvenir tic 1870 qui fut une guerre longue et ruineuse parce que nous ne nous étions pas déclarés vaincus après Sedan. Il fut pénible pour les Prussiens d'avoir à occuper noire pays jusqu'au Mans, jusqu'à la Loire. Mais les élals-majors ont le droit d'estimer que toutes les campagnes ne sont pas nécessairement aussi dures : après Sadowa, l'Aulriche ayant signé le revers et accepté la situation que lui faisait la défaite, les soldats des deu\ armées ne tardèrent pas à rentrer dans leurs foyers. Sans doute on ne sait jamais si une guerre ne sera pas longue et cruelle. On peut ton- • jours espérer qu'elle ne le sera pas.
Ce serait encore œuvre de salut public que de j décourager les illusions que se font beaucoup de j personnes sur le rôle des diplomates. Pour les lec- : teurs de nos journaux mondains, un and^assadeur n'est pas du tout le « monsieur» que définissait Bis- \:, marck et qui est envoyé à l'étranger pour mentir dans l'intérêt de son pays : c'est un pcrsomiage très bien élevé, très décoratif dans les réceptioîis, qui dîne en ville et qui dépose des cartes. Les ambassadeurs des grandes monarchies européennes, les .,. Tittoni. les Marschall de Biebcrslein, ne répondent i^j pas à ce modèle. Ils sont inventifs, ils sont remuants, .îl et Dieu sait tout ce qu'ils sont capables d'entre-., prendre. Ils portent la paix et la guerre dans la poche de leur frac chamarré.
24 septembre 19 1:^.
Le Livre jaune.
Voilà quelques années, le gouvernement belge réglait avec le gouvernement français certaines questions relatives au Congo. La Belgique exagérait un peu ses demandes, comme il se doit dans les négociations, et, à Paris, on résistait. M. Davignon, le ministre des Affaires élra?igères de Léopold II, finissait par se montrer disposé à léduire ses exigences lorsque le roi s'y opposa : « Pas du tout, dit-il à M. Davignon qui le consultait. Continuez à tenir bon. Ces gens-là (Léopold II désignait ainsi nos ministres républicains) sont habitués à céder. » Et « ces gens-là » cédèrent, en efTet.
Je n'ai jias le droit de répéter le nom de la personne par qui me fut un jour transmis ce propos. J'ajouterai seulement que je ne puis douter que ce propos ait été tenu. Il faudrait le mettre en épigraphe au récent Livre jaune sur les difficultés du Maroc que le ministère des Affaires étrangères s'est résolu à publier.
Nul n'ignore que ces recueils de documents sont presque toujours incomplets et soigneusement expurgés. Il y a dans ce gros volume d'évidentes lacunes, et si nos minisires n'avaient pas correspondu plus souvent avec notre ambassadeur à Berlin qu'il n'apparaît d'après le Livre jaune, ils auraient passé
toutes les bornes de la légèreté et de l'Incurie. C'est d'ailleurs aux bureaux du quai d'Orsay de savoir ce qu'il convient ou non de rendre public, et nous ne sommes pas de ceux qui se prononcent sur ce qu'ils ne connaissent pas — qu'il s'agisse de l'aJBTaire Dreyfus ou de l'affaire du Congo. Pour notre part, le sixième tome des pièces publiées par le gouvernement français sur les affaires marocaines suffit parfaitement à nous renseigner.
Il est tout à fait clair, en effet, que dans les négociations et conversations qui ont précédé et suivi le coup d'Agadir, le gouvernement impérial a été poussé par la même conviction tranquille qui animait déjà Léopold II. On ne risque rien à être exigeant avec les ministres de la République française. Il n'y a même qu'à gagner. Selon leur tempérament et leur caractère, nos ministres cèdent plus ou moins : le moment vient toujours où ils cèdent quelque chose. On le sait bien dans les cours étrangères. C'est une certitude commune à toutes les dynasties d'Europe, et les Saxe-Cobourg la repassent libéralement aux Hohenzollern.
On distingue fort nettement, à travers les dépêches publiées en ce Livre jaune ^ que M. de Kiderlen- Waechter n'avait qu'une idée : tirer tout ce qu'il pourrait du gouvernement de la République. La manière de M. de Kiderlen étant dépourvue de toute finesse, ce calcul était même si apparent et si grossier qu'il eût plus d'une fois été possible de mettre! ce Bismarck sans génie en posture fâcheuse. Il est I
I,E LIVRE JAl Ni:
bien altristant de ne Irouvei' trace, clans ces dépèches, ni de l'esprit français ni de la pénétration française qui eussent eu souvent si beau jeu, en face de la pesanteur du Souabe. Imaginez le petit Poucet ne pensant qu'à la grandeur, à la grosseur et à l'appétit de l'Ogre : il eût été dévoré sans faute. C'est ainsi que M. de Kiderlen a pu dîner de notre Congo.
Il en a voulu diner parce que l'Angleterre avait déjeuné de l'Egyplc et de Terre-Neuve, l'Autriche de la Bosnie, et qu'il vo}'ait l'Italie s'apprêtant à souper de la Tripolitaine. Notre « intérêt spécial » au Maroc n'était pas douteux, le Maroc devait tomber tôt ou tard sous notre protectorat. Le gouvernement de la République, pressé de réaliser le Maroc, ayant appliqué à la politique européenne la méthode qui est connue dans les adjudications sous le nom de méthode du « coup de chapeau » et par laquelle on écarte, en les désintéressant, les compétiteurs, l'Allemagne se flattait d'être un concurrent assez sérieux pour n'avoir pas le droit d'être exclue de la distribution. Quand M. Jules Cambon raconte ces entrevues de Kissigen, où il pressait si vivement (on se demande d'ailleurs pourquoi) M. de Kiderlen de formuler sa pensée, on se représente très bien le ministre allemand dans l'attitude du personnage de Molière qui ne demandait rien, mais qui tendait sa main obstinément ouverte derrière son dos.
M. de Kiderlen était sûr qu'on finirait par lui donner. Quoi ? Il ne savait pas au juste et, pourvu que « compensation » il y eût, il était assez indif-
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férent à la nature de l'objet. Grosse faute d'ailleurs, car là-dessus les imaginations allemandes s'enflammèrent et l'Allemagne se figura qu'elle allait sortir de la discussion avec un profit colossal. En réalité, l'affaire s'était engagée de telle sorte que les Allemands devaient espérer beaucoup. Ils jugent ce qu'ils ont finalement obtenu inégal à la capacité de leur estomac. Ce peu est encore trop à notre gré.
Elles sont très curieuses et très navrantes, les dépêches de M. Cambon avant Agadir. Impossible à l'ambassadeur français de tirer une parole de son .interlocuteur. Depuis que M. Cambon a prongincé son fameux : « On peut chercher ailleurs », M. de Kiderlen se réserve et attend. Tout ce qu'il dit de plus précis c'est : « Rapportez-nous quelque chose de Paris. » Quelque chose, on a l'impression que ce pourrait être la Champagne ou la Franche-Comté, tant le silence du Sphinx souabe impressionne nos gens. Il s'en rend si bien compte, qu'il se tait encore après Agadir, quand il a frappé du poing sur la table. (( J'ai trouvé tout d'abord, écrit M. Cambon le 10 juillet, le secrétaire d'Etat réservé et sur ses gardes. Lorsqu après les premières salutations je lui ai demandé s'il avait quelque chose à me dire, il m'a répondu « non ». // m'a posé la même question, je lui ai également répondu « non », et nous sommes restés un instant silencieux. Enfin nous rompîmes le silence... » Qui, nous ? L'un ou l'autre ? L'histoire ne le dit pas. Mais on a l'impression que ce n'est pas M. de Kiderlen qui a parlé le premier.
LE LIVRE JAUNE 5l
La situation est facile à comprendre. Du côté français, on consentait, dès l'origine, à donner quelque chose à l'Allemagne. Du côté allemand, on le savait parfaitement. Du côté français, on eût voulu que l'Allemagne formulât une demande. Du côté a:llemand, on se gardait bien d'en formuler une. On voulait énerver l'interlocuteur et l'on y réussit très bien.
Nous le répétons : la conviction que la France céderait a été la base de la politique allemande avant comme après le coup d'Agadir. M. Jules Cambon, d'ordre de ses chefs (car le Livre jaune le disculpe de l'accusation, un moment lancée par la presse de M. Caillaux, d'avoir de sa propre autorité fait des offres de territoires à l'Allemagne), finit par attirer la convoitise allemande à peu près sur tous les points du globe où nous avons des colonies. Avant de parler Congo, on parla possessions insulaires. Quelles possessions insulaires? Ce point resta dans le vague. Il fut question de l'Océan Indien et du Pacifique, et M. de Selves promit à M. Cambon une « nomenclature » des abandons possibles. Mais, un jour, M. de Kiderlen déclara qu'il ne voulait d'aucune de nos îles, à l'exception peut-être des Comores. Les Comores, c'est l'antichambre de Madagascar. On a l'impression qu'à ce moment M. de Kiderlen songea à se réserver Madagascar pour une autre occasion.
Le marchandage interminable de M. de Kiderlen n'eut aucun caractère d'élégance ni même de maîtrise. La brutalité et la grossièreté le caractéfisèrent sans
cesse. On ne peut guère, en fait d'habileté, relever que la ruse avec laquelle la cession du Togoland fut présentée comme appât pour amener « en échange » déplus grands sacrifices au Congo. Un beau matin, M. de Kiderlen reprit son Togoland, ne consentit plus à ce que le Togoland fût mis en question, et quand M. Cambon voulut lui rendre la monnaie de sa pièce et lui reprendre notre Congo, le ministre allemand joua l'étonnement, commença de crier à la mauvaise foi. C'est la seule circonstance où il ait réussi par le moyen d'une certaine finesse. Le reste du temps, l'intimidation fut son procédé unique.
Il était très sincèrement étonné lorsque se dessinait la seule ombre d'une résistance. Dans ces cas-là, il n'avait qu'une ressource : faire la grosse voix. Lorsque, le i5 octobre, M. Cambon lui exposa qu'en France l'opinion publique était hostile à la coupure du Congo, M. de Kiderlen fut suffoqué de tant d'audace. « Comme je développais cette considération, raconte notre ambassadeur, M. de Kiderlen m'arrêta et, debout^ me regardant fixement, il me dit : « Ce que vous me proposez est impossible. Il faut, si l'^ous voulez aboutir, nous laisser avoir accès au fleuve. Je ne ferai pas le diplomate avec vous, je vous le dirai simplement, j'aime mieux vous demander moins de territoire, mais je ne veux pas céder sur l'acch au Congo. » Ayant dit, il alla prendre conseil de l'Empereur et du chancelier.
On sent, n'est-il pas vrai, qu'à cet instant M. Cam-