‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 16 sur 75 · DE LINQIIETIDE AUX ALARMES 7I · texte numérisé non relu

DE LINQIIETIDE AUX ALARMES 7I

de mois que la vie nationale est suspendue là-bas. Il n'est plus temps de se rappeler aujourd'hui l'avertissement de lord Rosebery, libéral repenti : « La Chambre des Lords est notre grand secours contre le socialisme. » La Chambre des Lords est tombée, s'est rendue parce qu'en réalité c'était la vieille fiction du parlementarisme anglais qui n'avait que trop duré et qui se dissipait enfin. Et, là dedans, le plus regrettable, c'est que nous ayons été les alliés de l'Angleterre au moment précis où succombait l'oligarchie qui s'était, par miracle, mainteime à travers le xix" siècle à peu près telle qu'elle était au xviii", lorsqu'elle faisait l'admiration de Voltaire et de Montesquieu. Il était clair que ce palais des illusions ne tiendrait pas toujours, que la Chambre basse devait finir par dévorer la Chambre haute, qu'une poussée de rien suffirait pour détruire tout cet ingénieux système de contrepoids. Cette heure-là était écrite au destin de la Mère des Parlements. Encore une fois, il est fâcheux que nous marchions la main dans la main avec l'Angleterre au moment où elle traverse une crise politique et sociale d'où, la monarchie étant intacte, sortira un ordre nouveau, nous en sommes convaincus, mais qui, pour le moment, n'en laisse pas moins notre amie cruellement désemparée.

Vous direz que la République n'est pas responsable de cet accident-là ;* Encore aurait-elle pu se faire moins d'illusions. J'ai collectionné quelques articles qui datent des premiers jours d'aviil 1908,

lorsque ce détestable brouillon de sir Henry Campbell Bannerniann quitta le pouvoir. Alors, on nous chantait sur tous les tons que M. Asquith était un autre homme que sir Henry. M. Asquith? Un opportuniste, un réaliste, unliomme d'action pratique, un radical d'adaptation, un radical « nouveau jeu». Rien à redouter, avec ce premier ministre sérieux, des dangers qui, évidemment, avec un exalté comme sir Henry, étaient un peu à craindre. Or, sous Asquith, c'est un autre Cam})ljell Bannermaïui qui a dirigé et démoli sous le nom de Lloyd George. Le gouvernement de la République s'était tropipé ou nous avait trompés, et cela, nous avons le droit de le lui reprochei-. Quant à la Russie, c'est pire. Elle s'est relevée du désordre dans lequel l'avaient plongée les aventures qu'elle avait été courir en Extrême-Orient, aventures dont un allié sagacc et sachant parler à propos aurait pu la détourner. Guerre avec le Japon, révolution, ces plaies, aujourd'hui, sont à peu près |)ansées. La Russie traverse même une ère de piospérité matérielle sans |)récédent. Va-t-ellc nous doinier réparation du tort que soji éclipse de 1906 nous a fait subir, lors de Tanger et d'Algésiras ? Se préoccupe-t-on, à Paris, de resserrer nos liens avec inie Russie réconfortée ? On voudrait le croire. Mais voilà que M. Georges Louis (ce diplomate que le quai d'Orsay regarde comme indispensable) est reparti précipitamment pour Pétersbourg. On craint, d'après des symptômes inquiétants, une intrigue à trois têtes (Russie, Aulriche, Italie) derrière

UE LlNQLtETLDE ALX ALARMES

laquelle serait rAUemagne. L'eutreviie de Nicolas II et de Victor Emmanuel III à Racconigi (célébrée comme une victoire anli-lri|ilicienne par une partie de la presse française, lantlis cpie nous, nous y soupçonnions l'origine d'un imbroglio) aurait ainsi annoncé une déviation inattendue, un glissement des alliances d'où l'ou paraît ne rien attendre de bon ù Paris que des complications nouvelles.

Pour empéclicr la Russie d'aller au-devant des aventures d'Orient, pour lui représenter le péril, la République alliée a-t-ellc fail davantage que jadis, quand toute la force russe coulait vers la Mandcbourie ^ ? Oh! il est plus facile de célébrer, dans les discours officiels, le « faisceau de nos amitiés et de nos alliances » que tl'cn liier parti. El si, en C3 moment d'alarme, le légime peut plaider que les circonstances ne l'ont pas toujours bien servi, il reste à sa charge bien de l'imprévoyance, et aussi bien peu d'aptitudes à profiter des occasions. El puis, on peut demander aux régimes la condition qu'exi- \ geait Bonaparte : « Est-il heureux ? » Les Français sont fatigués d'un système de gouvernement à qui, ni au dedans, ni au dehors, rien ne réussit jamais.

20 mars 1912.

l.En pleine crise orientale nous avons vu la Russie, annexant la Mongolie, retomber dans son péché asiatique. A peine la presse française a-t-elle prêté attention à cet événement considérable que r Action française a signalé sans trêve ni lassitude et qui n'a pas été étranger aux succès que la Triplice, à la Conférence de Londres, a remportés sur la Triple Entente. [Noie de 1913.)

L'A/iijlcIcrrc cl nous.

Un article ullra-optimisle de M. Denys Cochin * sur la situation de la France en Europe nous a plongé dans un étonncment dont nous ne sommes pas encore revenu.

Comment disait donc M. Denys Cochin ? Il comparait la Triple Alliance à une vieille armure rouillée, prête à tomber en morceaux ; au con traire, il montrait la Triple Entente, brillante tle jeunesse et de vigueur, ayant devant elle un avenir d'autant plus sûr el d'autant plus beau qu'elle travaille pour l'humanité et pour la liberté. qu'elle est plus désintéressée et plus généreuse. Et ces choses ébouriffantes — qu'on me passe le mot, il traduit exactement l'impression que j'ai reçue — se lisaient dans Y Echo de Paris, qui naguère dénonçait la crise de l'alliance russe et révélait l'incident Louis-Isvolki. Que doit penser la clientèle patriote de ce journal, soumise à un tel régime de chaud et de froid ?

Au même endroit, M. deMun s'est chargé, avanthier, de répondre à son collègue, — collègue h la Chambre, collègue à l'Académie, collègue de droite en ces deux maisons. M. de Mun a énoncé, du reste, à cette occasion, des vérités fort utiles, mais qui n'ont ."

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