‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 21 sur 75 · L ART DES ALLIA>CES Ç · texte numérisé non relu

L ART DES ALLIA>CES Ç

près M. de Bethmann-HollAveg, M. de Kiderlen avait pris la parole pour répondre an socialiste Ledebour. Et au milieu des mouvements d'attention et des bravos de l'assemblée, M. de Kiderlen, se tournant san doute successivement vers l'Orient et vers l'Occident, vers Pétersbourg et vers Paris, a déclaré « que durant toute la crise les relations de l'Allemagne et de l'Angleterre avaient eu un caractère tout particulier de confiance » et qu'une « réjouissante intimité » s'en était suivie^. La Russie, directement menacée, dix minutes plus tôt, par M. de Bethmann-Hollweg, se réjouira beaucoup moins sans doute. A moins qu'elle ne songe à son tour à corriger les défaillances de ses alliés par une nouvelle entrevue de Potsdam.

Car pendant ce temps l'état d'esprit français se résume dans ce mot qui a fait son tour de France : « Partirons nous en guerre contre la moitié de l'Europe pour savoir si les Serbes auront un port sur l'Adriatique ? » Et cette simple petite phrase, qui est capable de paralyser de notre côté toute tentative de résistance à la Triplice, est la preuve que la République (le gouvernement libéral anglais est d'ailleurs exactement dans le même cas) s'est donné un mal superflu en recueillant la signature de ses alliés, puisqu'elle n'est pas capable de soutenir la politique de ses alliances.

1. Dans son grand discours sur les armements de l'Allemagne du 7 avril 19 1 3, M. de Bethmann-Hollweg a encore décerné à sir Edward Grey des compliments dont la pesanteur, nous n'eii doutons guère, a dû incommoder ce gentleman, {^otede igiS.)

g4 L.v ruvNci:: et ses alliances

En somme, comme nous le montrions le mois dernier, la Triple Entente n'est pas autre chose qu'une résurrection de ces grands systèmes qui se partagèrent l'Europe au wiu" siècle et doù sortirent tant de guerres générales. C'est une conception d'ancien régime. Seulement, pour ]'ap[)liquer, il faudrait posséder aussi les moyens dont l'ancien régime disposait.

Le genre de ces grandes coalitions diplomatiques une fois admis, il faut bien se dire que chaque partie est solidaire de l'ensemble et qu'on doit être résolu à répondre au premier appel de chacun des associés sons peine de subir soi-même le contre-coup de leur diminution. On finit donc par affronter le risque de guerre uniquement ])ar principe et par calcul, sans être directement menacé. On est exposé à la guerre par raisonnement, pour servir et faire respecter l'idée de l'équilibre entre les groupements de puissances. Vue très juste, qu'ont toujours comprise les monarchies et les aristocraties et qu'elles ont eu d'autant moins de peine à admettre que leurs armées étaient des armées de métier. Tout a changé avec les gouvernements d'opinion et avec le système de la nation armée. En France comme en Angleterre, non seulement les citoyens, mais surtout les partis ont des opinions particulières sur la politique extérieure. Droite et gauche, whigs et tories n'ont ni les mêmes sympathies ni la même conception des alliances : première résistance avec laquelle le gouvernement doit compter. La difficulté devient pire lorsqu'il faut déterminer des millions d'hommes à prendre les

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