LA FRANCE ET LA GUERRE DES BALKANS
rant libéral et démocratique de la Révolution, est un plus grand péril pour la paix que toutes les ambitions des conquérants. Le sentiment populaire, qui est impulsif et irréfléchi, est cent fois moins pacifique que le calcul des gouvernants. Des publicistes républicains comme M. Jean Herbette, comme M. Pierre Baudin aussi, s'aperçoivent aujourd'hui de ces évidences. Les voilà qui crient au feu, au feu dont les démocraties menacent d'embraser le monde.
Le temps n'est plus où les rois passaient pour des tigres altérés de sang. Edouard Drumont plaisante à merveille ce préjugé ancien, chaque fois qu'il raille Guillaume II, chef d'une armée formidable, qui change d'uniforme quatre fois par jour, qui parle à tout inslant d'épée aiguisée et de poudre sèche etqui jamais ne met flamberge au vent. On a tant dit que les rois et les empereurs ne pensaient qu'à la guerre qu'on leur en veut presque de ne pas la faire à l'aventure. La vérité est que les dynasties bien assises de l'Europe moderne, qui sont en mesure de résister aux mouvements de nervosité de leurs peuples, — ce qui n'est pas le cas de toutes les dynasties balkaniques, — sont le plus sûr garant de la paix. Un Guillaume II temporisera longtemps, voudra avoir mis toutes les chances de son côté avant de risquer une grande guerre maritime ou continentale, dont la nécessité du reste ne se fait nullement sentir pour l'Allemagne. En 1866. en 1870, il y avait pour elle un superbe enjeu dans la partie : son unité, son existence. Aujourd'hui, le risque serait plus gros pour
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elle que le profit. Le temps d'ailleurs travaille pour l'Allemagne et elle peut prétendre à l'hégémonie complète par sa croissance naturelle. Guillaume II est trop bon calculateur, son sens de la grande politique est trop développé pour qu'il ne se rende pas compte de cela.
Mais son peuple ? Son peuple, tout allemand et tout placide qu'il soit, est sujet aux coups de sang. Si le gouvernement impérial venait à disparaître ou à faiblir, si la démocratie germanique avait la parole; oh ! c'est alors que la paix serait compromise ! Les observateurs de l'Allemagne contemporaine (je citerai M. Georges Blondel, M. Pierre Comert) s'accordent à reconnaître que les masses populaires allemandes sont beaucoup plus sensibles aux excitations des Ligues navales et militaires et des associations patriotiques qu'aux raisonnements impeccables de M. de Bethmann-Holhveg, le chancelier-philosophe. Que l'opinion publique impose sa volonté en Allemagne, et c'est alors que l'on pourra craindre une guerre générale au premier mouvement de mauvaise humeur comme celui qui monta le « Michel » allemand contre les Anglais, après Agadir, pour quelques mots prononcés par M. Winston Churchill ou par M. Lloyd George.
On commence à ne plus ignorer ces vérités premières, à savoir que les rois font la guerre pour un objet déterminé et pour servir un grand intérêt national, tandis que les peuples se laissent aller à leurs colères et à leurs passions, ce qui est autrement dan-