WADDINGTON OU DECAZES III
chances d'être (( 1 lioonèlc courtier » de toutes les futures opérations de la diplomatie.
En admettant même qu'il ne tombe pas auparavant du pouvoir, comme un simple duc Decazes, M. Poincaré, s'il représente la France à quelque Congrès de Berlin, n'y sera peut-être pas aussi aveugle, aussi sourd ni aussi muet que M. Waddington, mais il y sera peut-être encore un peu moins maître de ses mouvements.
as octobre 191 2.
V angoisse de M. Poincaré.
M. Poincaré, à Nantes, a exposé la politique qu'il a suivie en Orient depuis la déclaration de guerre. Le journalisme contemporain joignant l'image à la parole, la photographie nous a aidé à mieux entendre les parties secrètes de ce discours. L'objectif a saisi le président du conseil au moment où cet avertissement trop intelligible, oii ces paroles bien claires sortaient de sa bouche : « La concorde républicaine s'impose donc à nous pour demain ; elle s'impose à nous pour l'avenir; mais jamais, il faut bien que je le répèle, elle n'a été plus indispensable qu'aujourd'hui. Un gouvernement affaibli à l'intérieur par les divisions de sa majorité perdrait la meilleure part de son crédit vis-à-vis du monde. »
Il y avait, autour de ces quelques mots, une atmosphère d'insécurité et d'inquiétude. Mais la photographie a fait mieux. Elle a cruellement rendu l'expression d'angoisse qui se peignait sur le visage de M. Poincaré, au moment où il mettait le doigt sur la plaie que fait à la France le régime électif et parlementaire, où il découvrait la cause d'infériorité et de faiblesse qui réside pour la nation dans le gouvernement des partis. Ce n'était pas assez qu'un accent de profonde tristesse dominât le discours de Nantes. L'image renforce cette impression alarmante.
L A>GOIS.SE DE M. POIXCARE IIO
Elle accuse le désespoir intime d'un ministre de bonne volonté qui se sent trahi, et trahi beaucoup moins par les hommes que par les institutions.
Au dire des personnes qui l'ont approché et qui le connaissent autrement que par sa vie publique, l'intelligence, chez M. Poincaré, l'emporte de beaucoup sur la volonté et le caractère. Le président du conseil a l'esprit clair. Il est curieux d'apprendre et il est informé. Son horizon s'étend plus loin que le Parlement et le Palais. Certainement, M. Poincaré possède le degré de clairvoyance nécessaire pour comprendre que la situation présente est décisive et qu'à une heure où presque tout est mis en question en Europe, la France — comme tous les au très grands pays — a une grosse partie à jouer, de l'issue de laquelle, et pour de longues années, peut dépendre tout son avenir. Il n'ignore pas que, selon le mot fameux, u les Balkans et la flèche de Strasbourg dominent la politique européenne)). Il est visiblement hanté par le précédent de 1877-1878 et du Congrès de Berlin, où furent déterminées, pour plus de trente ans, les conditions de vie des puissances. Des événements qu'il a, mais en vain, essayé de retenir sur la pente, poussent notre pays à ce qu'il faut appeler, si banale que soit la locution, un tournant de son histoire. Cela, M. Poincaré le sait. Il voit aussi que la France est mal préparée à affronter le risque, mal engagée pour ce daligcreux virage. Il lui faut compter avec les Chambres qui se réuniront demain, où "ses adversaires le frapperont dans le dos avec la