‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 32 sur 75 · EX ROUTE POUR TRENTE ANS DE REACTION I · texte numérisé non relu

EX ROUTE POUR TRENTE ANS DE REACTION I

Oh ! que voilà une doctrine qui sent la polémique et que l'expérience de l'histoire dément ! On veiit encore rapprocher les officiers jeunes- turcs du général André : comme s'il y avait commune mesure entre un coup d'Etat et le régime de la délation, comme s'il n'y avait pas aussi des coups d'Etat de bien des sortes, des coups d'Etat qui sauvent et des coups d'Etat qui tuent. Etcomme si, surtout, vaincus ou victorieux, les officiers de toutes les armées qui sont aux prises dans les Balkans n'avaient pas fait également de la politique 1

Il faut dire seulement que les officiers de l'armée victorieuse ont fait une tout autre politique que ceux de l'armée vaincue. Et s'ils en ont fait, ils en ont fait une fois de la bonne, pour ne plus être exposés à ce qu'on en fît de la mauvaise ensuite aux dépens de leur patrie.

C'était bien de la politique que faisaient les officiers bulgares lorsqu'il y a vingt-cinq ans, ils reconduisaient à la frontière, avec politesse mais avec autorité, le prince Alexandre de Battenberg, soldat courageux, chef insuffisant à leur gré. Ils n'ont pas eu tort, puisque leur coup d'Etat a eu pour effet de donner le trône à Ferdinand de Saxe-Cobourg, qui les conduit aujourd'hui à la victoire.

Et les officiers serbes, donc ! Ceux-là ont fait de la politique plus radicale encore. Ils ont même fait de la politique sanglante. Ils ne se sont pas contentés, comme leurs confrères bulgares, de reconduire leur Alexandre hors des limites du rovaume. Ils l'ont

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assassiné IVoitlenicnt. estimant que la race funeste (le Milan devait être à jamais détruite. Leur forfait est exécrable. Mais, quelques jours après, la Serbie ratifiait le cboix de Pierre Karageorgevitch, « en vertu du principe héréditaire n, comme disait un député paysan à la Skoupchtina. Et voilà aujourd'hui cette armée serbe de rébellion et de coup de force qui entre triomphalement à Uskub et à Monastir, qui reconstitue le très antique royaume d'Etienne Douchan. Alors le pronuncianiicnlo n'engendre donc pas fatalement la défaite ?

Quant à l'armée grecque, qui étonne le monde par la rapidité et l'éclat de sa revanche, son coup d'État est plus récent encore. Il ne date que dune trentaine de mois. C'est une ligue militaire qui a purgé la Grèce des partis et des factions dontla lulte éternelle épuisait le pays. C'est une ligue uiililairc qui, après avoir exercé « une terreur salutaire sur les députés récalcitrants » (l'expression est du comte de Landemont, dans son beau livre L'Europe et la politique orientale), a permis à M. Venizelos de gouverner, sous l'égide du roi Georges, par les moyens d'une bienfaisante dictature.

Grecque, serbe et bulgare, les trois armées victorieuses ont fait de la politique, tout comme en a fait l'armée ottomane. Seulement, elles ont fait de la bonne politique. Elles ont supprimé des causes de faiblesse et de trahison, anéanti des principes d'anarchie, relevé ou renforcé l'autorité, tandis que l'armée ottomane faisait exactement le contraire. Moralité : que les armées réussissent de bons coups de force

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pour que les gouvernements qui en seront issus les conduisent h la victoire.

Légères, lumineuses et rapides, ces vérités, ces évidences sont destinées à courir l'Europe. On conçoit que les républicains s'en alarment ! Et puis quand ils ne sont pas tout à fait ignorants de l'histoire, ils comprennent que nous voilà revenus à la période et à la politique des partages, que la parole appartient à des nations jeunes ou rajeunies, à des dynasties qui, anciennes ou nouvelles, se serviront, pour leur grandeur, des méthodes dont Catherine et Frédéric usaient déjà. Ils comprennent qu'en aucun cas, les idées du libéralisme et de la démocratie ne peuvent intervenir dans cette compétition impitoyable, sinon pour se faire exploiter et pour se laisser battre. Par contagion ou par développement de la vitesse acquise, l'avenir qui s'ouvre à l'Europe est réactionnaire. Pendant au moins un âge d'hommes, les peuples vont u réagir » . Ils réagiront contre les principes de l'insuccès qui sont ceux de l'anarchie, c'est-à-dire de la démocratie libérale et parlementaire. Et gare aux peuples qui s'attarderont ! L'Europe est en route pour trente années de réaction et les traînards sont condamnés d'avance.

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