L'IDÉE RÉPUBLICAINE ET L'EUROPE
Le siècle des rois.
Sur nos idées, qui sont celles du bon sens, on s'obstine vainement à se taire. Un jour vient où le (( bâillon libéral » ne résiste plus à la force du vrai. La même presse qui s'ingénie à ignorer la monarchie et la pensée royaliste a dû, à propos de Léopold JI et de son successeur, analyser la fonction royale, rechercher les conditions de la prospérité des peuples, reconnaître les bienfaits de l'autorité et de l'hérédité. Hier c'était M. Loubet, en proie à la nostalgie des cours, et qui, dans un hilarant chapitre des présidents en exil, décernait des brevets de Capacité à ses anciens confrères couronnés.
Maurras l'a dit souvent : nous serons bientôt les Sarcey de la politique. Et si le fait de professer des opinions royalistes pouvait constituer naguère une originalité, il est clair que c'est bien fini. Si par hasard — et pour mon compte je n'en connais pas d'exemple — il se glissait dans nos rangs des esthètes,
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des maniaques de littérature à la recherche d'une pose nouvelle et d'une étiquette singulière, il faudrait tout de suite prévenir le snobisme qu'il se fourvoie. Il y a eu jadis un légitimisme flamboyant et romantique. Chateaubriand se plaisait à jouer les Blondel. Ces distractions sont surannées, ces préoccupations étrangères au royaliste dû xx^ siècle. Quand on n'était pas Chateaubriand, qu'on n'était pas idolâtre de sa propre attitude et qu'on possédait peu d'imagination, il était infiniment noble et louable, il devait être infiniment diiïicile, voilà quarante ou cinquante ans, de rester et surtout de devenir monarchiste. Il y fallait la plus rare fermeté de l'intelligence. Les royalistes qui ne se laissaient tenter ni ])ar l'éclat du second Empire, ni par les promesses de la troisième République, prouvaient la pénétration de leur vue et la solidité de leurs principes. Si l'éloge n'était pas toujours de trop quand il s'adresse à la fidélité, on pourrait dire que cette fidélité-là fut méritoire entre toutes.
Il y a trente, quarante et cinquante ans, des observateurs superficiels pouvaient croire, en effet, que la cause de la Monarchie était perdue dans le monde. Tant de rois se le persuadaient, comment les peuples ne l'auraient-ils pas cru ? M. de Tocqueville, qui n'était pas encore un personnage de comédie, passait pour l'oracle des temps nouveaux. Et M. de Tocqueville avait prédit l'avènement fatal, universel, (( providentiel » des démocraties. Partout où subsistaient des trônes, la Constitution les menaçait. Les