LES TYRANS
faveur, complaisance et amitié. Très bien, cette commission du Reichstag où les partis se coalisent contre les conservateurs pour desserrer l'étau de l'Alsace- Lorraine. Fameux, cet essai de constitution d'un Bloc, à la manière de Combes, où se grouperont toutes les forces de gauche. Mous souhaitons au Bloc allemand bon succès pour les prochaines élections -('nérales. II est possible d'ailleurs qu'après la disparition des chefs du socialisme historique, — Bebel reste, mais Singer est déjà parti, — une bonne moitié de la social-démocratie ne rencontre plus d'obstacle pour s'unir, selon ses affinités, aux partis bourgeois de gauche. Le socialisme cesserait alors d'être un épouvantail, une opposition utile au gouvernement pour alarmer l'électeur, obliger tous les groupes constitutionnels à faire front contre les ennemis de la société. On pourrait entrevoir une Allemagne un peu moins unie, un peu moins forte. Et ce serait une heureuse aventure qui n'a rien d'invraisemblable. Car si l'Allemand, comme Heine en faisait plaisamment la remarque, a la bosse du respect, il a aussi, il a au plus haut point, la bosse de la révolte. Il a la manie de la discussion et la manie du schisme. Voyez ce qui se passe en ce moment pour le serment anti-moderniste. On s'est soumis partout. C'est dans les facultés de théologie allemandes qu'on fait des objections et des diOTicultés... Il n'y a même pas besoin de souhaiter la République à l'Allemagne, ce qui serait la fin de tout, car la République pro- «"lamée à Berlin, par exemple, ce serait la destruc-
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tion du pacte fédéral, chacun des Etats reprenant sa liberté. Nous n'en demandons pas tant, et il nous suffirait très bien d'une application intégrale du régime parlementaire qui énerverait très sérieusement l'énergie de l'Allemagne au dedans et son action politique au dehors.
Nous nous excusons auprès du lecteur d'exprimer une fois de plus ces vœux d'un affaiblissement de l'Allemagne par elle-même : vœux qu'ils ont trouvés quelquefois ici. Mais c'est bien, pour le moment, la seule chance sur laquelleil soit permis décompter en face du péril grandissant que l'Allemagne constitue, pour nous d'abord, pour une bonne moitié de l'Europe ensuite.
Ce qui est très curieux, ce qui n'attire vraiment pas assez l'attention chez nous, ce qui paraîtra certainement digne d'étude à l'historien de l'avenir, c'est que cette Allemagne impériale, militaire, conquérante, qui a fait rétrograder le monde, qui lui impose le service universel, les armements ruineux, qui devrait être haïe de tous les Européens civilisés, est justement la plus épargnée par les révolutionnaires de tous les pays. Guillaume II ne recueille pas la moitié des blasphèmes dont Alphonse XIII et Nicolas de Russie sont favorisés. Pourtant ni le roi d'Espagne ni le tsar n'ont, à beaucoup près, autant de responsabilité que l'empereur d'Allemagne dans la situation présente de l'Europe. S'il y avait