‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 4 sur 75 · LV PAIX · texte numérisé non relu

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avait débuté avec le ferme propos de ne pa&- troubler les rapports des peuples, refusant même d'appuyer le mouvement d'affranchissement belge, comme la i('volutionde i848 refusera de soutenir le mouvement de libération de l'Italie. Pourtant, trois ans plus tard, la Révolution française ouvrait les hostilités. El, avant ]is Constituants, qui donc avait affirmé qu'il voulait (( établir avec justice une tranquillité durable en Europe P » C'était Louis XV. iSe remontons pas plus loin...

Nous sommes précisément à l'un de ces moments où le pacifisme peut rêver tout haut, parce que personne n'aperçoit nettement le comment et le pourquoi d'une guerre. Lorsque Prévost-Paradol, en 1868, montrait la France et la Prusse lancées Tune contre l'autre et destinées à un choc fatal, comme deux locomotives sur le même rail, un esprit clairvoyant, embrassant l'étendue des fautes commises par l'Empire, les conséquences de SadoAva, le développement de la politique bismarckicnne, pouvait annoncer avec certitude le heurt des nations. Il y avait, à ce moment-là, un enjeu de premier ordre, d'une importance telle qu'il s'en présente à peine un semblajjle par siècle dans l'histoire politique, un de ces enjeux pour lesquels les peuples se ruent aux combats, car du sort de telles parties dépend tout leur avenir : la question était de savoir si l'Allemagne renaîtrait comme État, sortirait de son impuissance et de sa division, compterait de nouveau en Europe. Et lorsque d'aussi grands pro-

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blêmes que ceux-là sont posés, lorsqu'il s'agit pour les nations de mort ou de vie, c'est alors qu'on peut annoncer sans redouter le démenti des faits; que des fleuves de sang sont prêts de couler.

Il est bien évident qu'une telle situation n'est pas, à l'heure où nous sommes, celle de l'Occident européen. M. Edouaid Drumont a cent fois raison de soutenir que Guillaume II n'a pas le goût de l'aventure et que par conséquent la France aurait tort de s'en laisser imposer par sa politique d'intimidation. CuilJaume II, chef d'u7i pays arrivé, d'un Etat qui a réussi, n'est pas pressé de mettre ses victoires en question. L'Allemagne digère, et même avec quoique difTicullé, ses conquêtes. Elle jouit de sa nouvelle fortune. Et la fortune crée un état d'esprit conservateur. C'est à peu près la seule garantie que nous ayons que l'Allemagne n'abusera pas de sa force.

De tout temps, la question de la paix ou de la guerre a été affaire d'appréciation des gains et des risques. Un peuple comme l'Italie du xix'' siècle, qui veut échapper au plus grand des maux, à l'esclavage et au règne de l'étranger, recommence sans se lasserl; des luttes même malheureuses. Ce ne sont pas des^s* cas fréquents, mais ce sont des cas qui peuvent se revoir. Personne ne doute que l'Orient, tôt ou? tard, ne soit le théâtre de grands conflits de natio^Vnalités. Si même les peuples du Danube et desj Balkans étaient livrés à eux-mêmes, au lieu d'être conduits par des princes économes, prudents, politi- ^

ques, plus confiants dans leur habileté dipkiuiatique que dans le hasard des batailles, Dieu sait combien d'occasions déjà les fournitures de Krupp et du Creusot auraient eues de s'employer ' !

Cependant, l'Orient a été calme tant que le conquérant turc y a fait la loi. Que l'hégémonie allemande soit acceptée par l'Europe de demain comme par l'Europe d'hier, et c'est une ère « pacifique » à ])eu près semblable que nous continuerons de traverser. Reste à savoir si le vieux monde paraîtra toujours habitable aux peuples qui subissent la domination de l'Allemand. Car la malice des choses est telle que l'on ne peut même pas espérer que tout ait été réglé, arrangé et harmonisé par nos défaites de 1871 et le traité de Francfort, comme c'est au fond l'idée de quelques « anti-chauvins » et particulièrement de M. Jaurès. L'.Vllemagne et l'Italie unifiées, leur unité et leur alliance reconnues et acceptées par la France, ce n'est pas encore tout, ce n'est pas encore assez pour suppiimer les rivalités et les risques de guerre — à moins que ce ne soit trop ! 187 1 a pu doimer un statut à l'Occident pour quarante, cinquante, soixante ans, peut-être plus. Mais pour toujours ? Qui donc le croira ^ Les grands

I. Quinze mois plus tard, les rois de Bulgarie, de Serbie, de Grèce et de ^lonténcgro donnaient satisfaction au vœu de leurs peuples. Et ils avaient eu soin, au préalable, de s'assurer la victoire par une bonne préparation de la guerre, le cbois des lirconstances, et la conclusion d'une alliance entre eux. iyote de 1913.)

politiques, les habiles négociateurs, les tliéoricler et même les métaphysiciens de l'équilibre et de la justice internationale qui avaient rédigé et conclu les traités de A^estphalie après des années de réflexions cl d'étude, avaient cru, eux aussi, bâtir ])Our l'éternité en donnant pour garantie à la paivla disparition de la puissance polilique du Saint- Empire, Et leurs successeuis de i8i5 s'étaient flattés-pareillement de rendre à un calme durable la maison européenne. Il serait bien étonnant que la combiiiaisoTi nouvelle qui date de l'entrée des Italiens à Rome, de la ])roclamation de rEm])ire allemand et de l'annexion de l'Alsace-Lorraine, et qui repose sur le principe barbare de la concurrence des armements, fût capable de satisfaire à jamais les peuples européens.

(Nous ne parlons pas, au surplus, de l'antagonisme anglo-allemand, qui voudrait un examen particulier.)

Tout ce qui ]irécède revient à dire qu'aussi longtemps que la France et les autres nations européennes accepteront et endureront de vivre dans ce vieux monde tel que les victoires de la Prusse l'ont fait, on ne distingue aucun motif impérieux de guerre. Ce qui épouvante seulement un ])eu, quand on se penche sur l'histoire et que l'on compare l'état présent de la société euro])éenne à quelques-uns de ses étals antérieurs, c'est que certains de nos contemporains aient [)u arriver à cette conviction que la destinée des peuples se soit fixée et le genre humain

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cristallisé dans les formations qui sont issufs d'une des plus graves atteintes qu'une politique, brutale ait portées à la vénérable idée de la justice européenne et de l'équilibre international. Se persuader que les rapports des peuples entre eux ont atteint aujourd'hui leur point de perfection, c'est une pensée dont ne se fussent avisés, par exemple, ni Proudhon ni Leibniz. Ces grands esprits voyaient à l'Europe un autre avenir que celui d'une paix ayant pour condition la prééminence du caporalisme prussien.

2 juillet 191 1.

Au momeiil où nous corrigions les épreuves de cet article^ dans la soirée du i" juillet i91i, la nouvelle du « coup d'Agadir » nous élail apprise par les agences. LA llemagne iniervenail de nouveau au Maroc, tenant pour nul son désistement, déchirant elle-nicme « Ventente » quelle .avait signée avec la France en février 1009. El nous ajoutions ce post-scriptum :

P. -S. — Comme on le verra plus loin, l'Allemagne envoie un de ses navires au Maroc, renouvelle le coup brutal de l'affront de Tanger, continue sa politique de menaces. C'est un de ces abus de la force auxquels elle prend un goût croissant. Ceux qui trouvent que cet état de choses est bon ou simplement tolérable n'ont pas le don de la prévoyance.

(( Cela se ijàle » .

Sons le second Eni[)ire, la liberlé de la presse il'exislail pas, el le citoyen IVaiirais en élail réduit à lire les jouruaux belges s'il tenait à se rendre conij)le de la manière dont marchaient les affaires de son pays. Et l'incpiiétude du citoyen français était fondée, car nos affaires marchaieiit ou plutôt elles cornaient au désastre... Aujourd'hui, la liberlé de la presse est inscrite dans les lois. Mais une organisation savante remplace les prohibitions de naguère, mainlieni dans toute sa beauté l'optimisme officiel. Sous la troisième République comme sous le second Empire, il est bon que le citoyen français lise de temps à autre les journaux du dehors s'il veut savoir où nous en sommes et où nous allons.

Je ne conseillerai pourtant pas la lecture des organes belges. La Belgicpie traverse en ce moment une i)éiiode de crise qui retient son attention sur elle-même. Le parlementaiisme a fini par y corrom|)re une portion des éléments conservaleuis, en sorte qu'on assiste à ce spectacle : des catholiques qui inclineraient, par esprit de parti, vers l'idée républicaine, tandis que les libéraux et les socialistes renforcent leur adhésion à la monarchie. L'autre jour, la citéouviière de Charleroi a fait au roi Albert un accueil enthousiaste et inoubliable. Tous ces 1

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