‹ Le Coup d'Agadir et la guerre d'orientChapitre 5 sur 75 · CELA SE GATE · texte numérisé non relu

CELA SE GATE

évéuemenls préoccupent trop les Belges potff leur permettre une entière liberté d'esprit vis-à-vis des choses de France et d'Euroj)e. C'est ]ilutôt, parmi nos voisiîis de langue fraïicaise, dans les cantons qui bordent le lac Léman que j'a])erçois des observateurs utilisables et de qui, pour des raisons diverses, les paroles peuvent être retenues. D'abord il n'y a pas, devant les conflits des grandes puissances, de témoins plus attentifs que les habitants des Etats neutres : c'est leur destinée qui se joue par-dessus leur tête et l'on comprend qu'ils regardent de tous leurs yeux où vont les coups et s'il ne s'en égare pa:>. En outic, leur situation géographique et linguistique permet aux Suisses d'être aussi bien renseignés au sujet de l'Allemagne qu'au sujet de la France : la comparaison des deux pays, de leur force comme de leur culture, s'impose naturellement aux citoyens helvèles Elle est devenue une de leurs habitudes d'esprit. Nul n'ignore enfin que la population de la républicaine Helvétie, en majorité protestante, se montre généralement favorable à notre régime républicain et n'est pas suspecte à son égard de parti pris. Pour tous ces motifs, je suis donc très disposé à croire un Suisse lorsqu'a])rès avoir mis la tète hors de ses vallées et inspecté le ciel aux quatre poijils cardinaux, il rentre à l'abri de ses montagnes en déclarant qu'un orage se forme du côté de Berlin.

C'est précisément ce que vient de faire un grand ennemi genevois de VAction française, M. Albert Bonnard. M. Albert Bonnard est une sorte de

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Joseph Pj'ud'homme parfois réjouissant, qui accable notre République des conseils d'un bon sens remarquablement épais et trivial. C'est assez dire qu'en citant un avis de M. iVlbert Bonnard, ce n'est nia ui pensée oriiiiiialc, ni à une imagination fiévreusemeût conslructive que nous faisons accueil. Notre détracleur ordinaire pour les cantons suisses de langue < française est trop bon ami des évidences qui ne font pas mal à la lète et des vérités premières pour avoir inventé quelque chose. Aussi, lorsque M. Albert Bonnard écrit dans son Journal de Genève que « cela se gâte » en Euro^ie, faut-il vraiment qu'il soit bien sûr qu'un litre pareil ne scanda-. Usera pas. .^,

« Cela se gâte », en effet, malgré l'optimisme avec" lequel on berce les Français. Depuis trois ans, comme en peut témoigner la collection de notre journal, > nous n'avons cessé de montrer comment, pourquoi! et en quoi « cela se gâtait ». La tournure qu'a prise subitement ces temps-ci l'affaire marocaine n'a pu surprendre ceux qui n'avaient pas perdu de vue le cours alarmant des choses.

L'Europe est actuellement partagée entre deux grands systèmes destinés à se faire contrepoids et équilibre : Triple Alliance germano-austro-italienû^ d'une ]3arl ; Triple Entente anglo-franco-russe di' l'autre. Or, il est clair que cet équilibre théorique n'existe même plus sur le papier depuis que les affaires d'Orient, où les deux groupements de puis-csanccs s'affrontèrent, se sont terminées par la dislœ

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